Environnement
Les champignons, ça tue énormément
Par Pierre-François Besson. Mis à jour le 12.04.2012
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«Les champignons sont comme les hommes, il y a les bons et les mauvais, assure Daniel Job, mycologue à l’Université de Neuchâtel. Et il suffit de quelques mauvais pour qu’on en fasse toute une histoire!»
Cette histoire vient cette fois de paraître dans le magazine scientifique Nature. Le britannique Matthew Fisher y publie une étude qui assimile les moisissures à un fléau pour les récoltes et la biodiversité.
Selon lui, les maladies fongiques détruisent chaque année au moins 125 millions de tonnes de riz, blé, maïs, pommes de terre et soja. Les cinq principales cultures sur notre planète.
Résultat, 60 milliards de dollars tous les ans de perte pour les seuls blé, riz et maïs. Et 600 millions de personnes que ces produits de base ne viennent pas nourrir.
Amphibiens et abeilles
L’agriculture n’est pas la seule touchée. C’est tout l’écosystème mondial qui est affecté. Plus de 500 espèces d’amphibiens, les abeilles, les tortues de mer et certains coraux sont menacés par de nouvelles mycoses.
Pire, lorsqu’une maladie infectieuse éradique une espèce vivante, c’est sept fois sur dix la faute d’une nouvelle espèce de champignon, selon Matthew Fisher.
Particulièrement résistantes, parfois sans pitié, les moisissures ont causé misère et famine au cours de l’histoire. Mais l’essor du commerce n’a fait qu’aggraver les choses, assure l’auteur.
Ce dernier n’incrimine pas le changement climatique. Il assure par contre que les maladies fongiques ont un impact sur lui. Entre 230 et 580 mégatonnes de CO2 ne sont pas absorbés par les arbres détruits par ces maladies.
«Hausse alarmante»
«La hausse alarmante de destruction de végétaux et d’animaux provoquée par de nouveaux types de maladies fongiques montre que nous allons à toute allure vers un monde où les ‘pourris’ sont les gagnants», écrit l’auteur.
Daniel Job ne doute pas de ces résultats. Mais il prend aussi la défense des champignons. Un groupe qui comprend des centaines de milliers d’espèces. «L’étude traite des pathogène virulents. C’est une partie seulement des champignons.»
Les champignons engendrent des pertes économiques, reconnaît le chercheur. Mais ils ont aussi des rôles vitaux pour la poursuite de la vie sur terre. Les chercheurs travaillent par exemple sur des espèces capables de capter le CO2.
Plus important: les champignons dégradent tout ce qui meurt sur la planète. «Le recyclage et la reconversion de la matière organique se fait grâce à eux.» Ils permettent aussi la vie de la grande majorité des plantes.
Médecine redevable
Autre élément à décharge: les moisissures sont incontournables en pharmacologie. Elles produisent par exemple des antibiotiques comme la pénicilline et la céphalosporine.
D’accord sur l’impact phytopathologique des champignons, Daniel Job avertit. «Si nous les éliminons, nous nous éliminons nous-mêmes! Attention donc à la généralisation!» (Newsnet)
Créé: 12.04.2012, 15h07
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