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Stress, l’enfant de Tallinn devenu rappeur à Lausanne

INTEGRE | Alors que Christoph Blocher collectionne et apprécie Ferdinand Hodler et les toiles rurales d’Albert Anker, les jeunes punaisent sur leurs murs des photos de l’artiste numéro un de ce pays. Stress, un garçon arrivé en Suisse à l’âge de 12 ans, avec sa mère et sa sœur, sans parler un traître mot de français, et qui fait désormais partie des icônes suisses.

© FLORIAN CELLA | Enfance en Estonie, adolescence à Lausanne et vie d’adulte à Zurich, le parcours d’Andres Andrekson alias Stress ressemble à un conte de fées.

JEAN-FRÉDÉRIC DEBÉTAZ | 23.10.2008 | 00:00

De son enfance estonienne, Andres garde de bons souvenirs. Lorsqu’il est retourné à Tallinn, en février dernier, le Lausannois n’a pas reconnu le centre de la ville, mais la maison de ses premiers jeux, en périphérie, n’a pas changé d’un iota. Hormis la peinture. Une fois à l’intérieur de l’immeuble, le souvenir de l’un de ses anniversaires lui est revenu: «Ce fameux ascenseur dans lequel je suis resté coincé le jour de mes 6 ou 7 ans. Ma mère avait invité tous mes copains. A un certain moment, je suis descendu pour aller chercher un truc et l’ascenseur se bloque. J’ai eu beau crier, personne ne m’a entendu et je suis resté enfermé dans l’ascenseur quelques heures, ce qui m’a fait manquer mon anniversaire.» La parenthèse estonienne se ferme en décembre 1989 lorsque le mur de Berlin s’écroule. La mère de Stress prend ses deux enfants et part à Moscou. De Moscou, un avion emmène le trio vers Genève. Ils y restent deux ans puis déménagent à Lausanne. Lorsqu’il s’agit d’évoquer son père, Stress jongle entre mutisme et réserve: «Je sais qu’il vit toujours là-bas. Ma sœur l’a revu, moi je n’en ai pas envie.»

En Suisse romande, le jeune Andres ne peut compter que sur lui-même pour se faire des copains. «Je ne sais pas si l’on peut considérer cela comme de la chance ou de la malchance, mais le fait qu’il n’y ait pas de communauté estonienne en Suisse m’a contraint à m’adapter et à aller vers les autres pour communiquer.»

Quelques années après, il rencontre le Genevois Nega et décide de former le groupe Double Pact, en compagnie du producteur Yvan. Les trois garçons n’hésitent pas à franchir le Röstigraben pour gagner de l’expérience. En parallèle à sa carrière artistique, Stress passe ses journées sur les bancs de l’Université de Lausanne et suit la filière HEC. Il en sort avec une licence en poche et décroche un poste d’ assistant brand manager chez Procter & Gamble. Il y reste un an mais son cœur est ailleurs: «On me demande souvent pourquoi je n’ai pas poursuivi dans cette filière. En fait, je me suis aperçu que je pouvais vivre de la musique et je n’ai plus voulu de cette vie rangée qui ne m’épanouissait pas. Ce business si impersonnel ne collait pas avec ma perception intime de la musique.»

Si la licence HEC contente un directeur des RH, elle n’a aucune valeur dans le milieu du rap. «J’ai essuyé pas mal de critiques pour avoir fait des études. Il vaut mieux vanter les aspects négatifs que les bonnes actions. Au fond, dans le microcosme du rap, on glorifie l’incompétence.»

Avec un premier album, Billy Bear , en 2003, un deuxième, 25.07.03 , en 2005 et Renaissance l’an passé, Stress s’est imposé comme l’artiste suisse numéro un et l’ennemi de l’UDC. Les 70 000 exemplaires vendus de son dernier album battent largement le score de ceux de Rihanna ou de Madonna. Etabli désormais à Zurich avec son épouse Mélanie Winiger, en rotation permanente à la télévision pour sa publicité en faveur de Coop, l’ancien rappeur de Double Pact sait que son couple fait aujourd’hui partie de la catégorie people. Un aspect des choses qui ne le perturbe pas. «Elle fait un métier de représentation, il faut l’accepter. Ma réflexion est artistique et parfois je m’enferme à l’intérieur de cette réflexion et là, ma femme m’engueule pour que j’en sorte de temps en temps.» Dans l’esprit libertaire inspiré par le groupe français NTM, Stress préfère contourner les murs plutôt que de les abattre.

Sous le feu des projecteurs, Stress se retrouve également dans la ligne de mire de certains jaloux, s’empressant de casser du sucre sur son dos via internet: «Soprano ( ndlr: un rappeur Marseillais ) me disait que lorsqu’on est le seul à marcher, on est la seule cible. Ma réponse à tout cela finalement, c’est mon succès.»

 



1977 Andres Andrekson voit le jour le 25 juillet à Tallinn en Estonie.

1989 Arrivée en Suisse avec sa mère et sa sœur.

1993 Rencontre avec le Genevois Nega, avec qui il fondera Double Pact en compagnie d’Yvan.

1996 Premier mini-album de Double Pact.

2003 Le premier album solo, Billy Bear, cartonne et c’est le début du succès.

2008 Mariage avec l’ancienne Miss Suisse Mélanie Winiger. Comme son fils
(à elle) ne parle que le suisse allemand, il s’y est mis.




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