Imprimer Imprimez    E-mail Envoyez    Commenter Login    Partager Twitter Facebook flux rss

Le quotidien (extra) ordinaire de l'écrivain Marius Popescu

REPORTAGE | «Marius Popescu, c'est 18 heures de vie par jour!» A regarder l'auteur lausannois s'agiter frénétiquement dans tous les sens, on se dit que même la nuit, Marius Daniel Popescu doit rêver intensément. Ces temps, il y a de quoi.

© Odile Meylan | Dans le salon qui sert également de bureau, Marius Daniel Popescu amorce ses textes à la machine à écrire. Il les recopie ensuite à l'ordinateur. PRILLY, LE 8 AVRIL 2008

CÉLINE FONTANNAZ | 11.04.2008 | 16:23

«Marius Popescu, c'est 18 heures de vie par jour!» A regarder l'auteur lausannois s'agiter frénétiquement dans tous les sens, on se dit que même la nuit, Marius Daniel Popescu doit rêver intensément. Ces temps, il y a de quoi.

Son roman La symphonie du loup, paru l'automne dernier à Paris chez José Corti, est réédité pour la troisième fois. Et aujourd'hui, à Bienne, il reçoit le Prix Robert Walser. Une reconnaissance de 20 000 francs qui le rend extrêmement heureux et qui lui apportera une respiration financière. Sur le fond, elle ne changera pas grand-chose à son quotidien d'écrivain, de papa et... de chauffeur de bus, depuis dix-sept ans aux Transports publics lausannois (TL). Car il faut bien vivre. Comme (presque) toujours, l'écriture ne nourrit pas son homme.

Roumain, Marius Popescu est arrivé en Suisse il y a dix-huit ans, sans savoir un mot de français. Ingénieur forestier de formation, son diplôme n'a pas été reconnu. Et comme «il fallait bien faire quelque chose», il a passé son permis de car puis est entré aux TL. Depuis, il jongle entre l'écriture, le métier de chauffeur qu'il exerce à 100%, son journal littéraire Le Persil. Et ses obligations familiales, car il est aussi père d'une fille de bientôt 10 ans, Oana.

5 h 30 du matin, rue de Floréal à Prilly, Marius marche en direction du dépôt de Perrelet. Dans un quart d'heure, il prend son service. «C'est tôt, mais j'ai l'habitude, cela fait dix-sept ans! On a l'horaire flexible, je choisis généralement la première tranche pour garder un rythme», dit-il en roulant délicieusement les «r». En buvant son café à la maison, l'homme a déjà lu cinq pages. Et de toutes les poches de son uniforme gris et bleu dépassent des bouquins: William Faulkner, Robert Walser, Agota Kristof, John Maxwell Coetzee...

A l'intérieur de son costume, un carnet noir, rempli de dessins de sa fille, d'adresses et de notes. Du matériel pour les quelques minutes d'attente qu'il aura peut-être au terminus. Ou pour la pause de 10 h, avec une cigarette.

La vie à 100%

Marius Popescu passe sans transition d'un monde à l'autre. Quand il ne fait pas tout en même temps. Car chaque minute est précieuse, lorsqu'on travaille 41 heures par semaine. Question de tempérament, aussi: «Je vis, je fume, je lis, je bois le café, je parle, tout cela à 100%! Et conduire n'empêche ni de penser ni d'observer.»

A chaque seconde, le romancier poète pioche sans réserve dans la vie. C'est la façon qu'il a trouvée de faire de la littérature. Et sous les yeux du conducteur, c'est un spectacle perpétuel. «Tout est sur un plateau. Regardez! Des vélos qui s'embrassent», lâche-t-il en pointant deux bicyclettes attachées sur le trottoir. Dans son cerveau, il imprime l'image. «J'écris d'abord dans ma tête, ensuite, je passe au papier.»

Chauffeur de bus, un boulot alimentaire? «Ouvrier, prof ou chauffeur, toutes les professions sont alimentaires! Il y a de grands écrivains qui ont exercé toutes sortes de professions», s'exclame-t-il, lassé de l'étiquette d'«énergumène» qu'on lui colle sur le dos. «J'aime mon métier. Si ce n'était pas le cas, j'aurais changé depuis longtemps», affirme-t-il, tout en reconnaissant que, s'il pouvait se le permettre, il se consacrerait «uniquement à l'écriture».

Des SMS pour gagner du temps

14 h 30. Buffet de la Gare, le trolleybus est rendu pour la journée. Il pianote sur son téléphone portable. «Je règle énormément de choses ainsi. Pour le livre, Le Persil, les amis. Cela m'évite des appels le soir.»

Départ en train pour Saint-Saphorin chez une photographe pour récupérer des clichés qu'il enverra bientôt en Roumanie. Car La symphonie du loup va être traduite dans sa langue maternelle. Et les journaux ont besoin de portraits. «La promotion aussi prend du temps et on n'est pas payé.» L'an dernier, il s'est absenté un mois pour présenter son ouvrage, répondre à des invitations dans des salons littéraires et à des lectures. En Suisse romande mais aussi en Belgique et en France. Une activité qui lui tient à coeur. Mais chronophage et incompatible avec ses horaires de chauffeur. Résultat: Marius doit quatre semaines de travail à son employeur.

18 h. Retour à Prilly, dans le petit appartement de l'avenue de Floréal. Le temps de taper quelques mots dans sa «tanière» qui sert à la fois de salon, de bureau, de salle à manger, de chambre à coucher et de bibliothèque.

Il sort une machine à écrire. «C'est ainsi que j'amorce mes textes, que je recopie à l'ordinateur. Il n'y a pas d'écran vide mais, au contraire, un contact direct avec la feuille. C'est la machine qui a vu naître La symphonie du loup Et le second roman, sans doute. «Il est dans ma tête, il faut juste trouver l'espace-temps pour l'écrire.»

Avec le coup de pouce financier du Prix Walser, il arrivera peut-être à s'octroyer quelques semaines de congé supplémentaires pour s'y consacrer. Enfin.


» Auteur à succès

LE PRIX ROBERT WALSER

Marius Popescu ouvre la voie: le romancier et poète lausannois est le premier Romand à décrocher le Prix Walser. Créée en 1978, la récompense est décernée tous les deux ans par la ville de Bienne et le canton de Berne.

Du nom de l'écrivain biennois Robert Walser (1878-1956), le prix revient depuis 2004 en alternance à un écrivain d'expression allemande et française, tous pays confondus. La distinction récompense des auteurs pour leur premier roman. Doté de 20?000 francs, il constitue, en Suisse, le prix le plus prestigieux pour une première oeuvre.

Parmi les lauréats précédents, on trouve notamment le Bernois Matthias Zschokke et l'Autrichien Klaus Händl.
TROIS TIRAGES EN SIX MOIS
«C'est extrêmement surprenant!», Bertrand Fillaudeau, codirecteur des éditions José Corti à Paris, ne s'explique pas le succès de La symphonie du loup. La semaine qui vient, il sera réédité pour la troisième fois à 1500 exemplaires. En raison du prix qui lui a été décerné. Mais aussi parce que les 4500 premiers livres sont tous partis.

«Pour un auteur contemporain, vendre plus de 2000 exemplaires de son premier livre, c'est déjà étonnant. Mais là, avec un style aussi particulier, c'est encore plus étonnant, relève l'éditeur. C'est peut-être justement l'originalité du livre qui plaît.» Un succès plus inattendu encore, puisque le romancier n'est pas français? «Non, je ne crois pas. Nous nous moquons d'ailleurs bien de savoir d'où viennent nos auteurs, nous n'y attribuons aucune importance.» C. FO.




Vos commentaires sont les bienvenus. Soyez concis, courtois et pertinents. Les commentaires injurieux et hors sujet seront effacés. En cas de non respect de ces instructions, le compte d'un utilisateur pourra être bloqué sans préavis.

Elections régionales françaises

 

24H sur Facebook

La question du jour

  • Etes-vous convaincu de la culpabilité de F.L. dans le triple homicide de Vevey?

    Oui

    Non

    Sans avis

  •  
Tous les sondages

Le podcast de la rédaction

En photo avec une star du LHC

 

Le débat de la semaine

Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?

Participez au sondage et au débat sur www.lesquotidiennes.com