
Récemment paru, le document vaut pourtant largement le détour. Qui témoigne de l’inventivité et de la verve de celui que le grand comédien Pierre Fresnay désigna comme «un phénomène de théâtre tout à fait exceptionnel».
Pourtant, avant d’accéder à la notoriété, l’humoriste a dû apprendre la patience. Entre son arrivée à Paris (1958) et son premier one-man-show synonyme de succès (1970), le doute a en effet eu tout loisir de s’immiscer.
«C’était Haller galère, se souvient-il. Ça ne venait pas. Je me disais: tu t’es gouré. Un sentiment de frustration difficile à vivre.» Longtemps, il a donc tâtonné. Jusqu’à devenir cet artiste complet qui, sur scène, déployait une activité folle, à la fois physique et verbale. «Pour réaliser le DVD, j’ai dû visionner une centaine de textes. Et me voir ainsi agité m’a littéralement épuisé», s’amuse-t-il.
Au nombre des sketches qui ont fait date figurent bien sûr Le pianiste – qui donne à entendre en voix off les états d’âme d’un concertiste en proie à l’ennui – ou encore le fameux Sermon du dimanche, créé à Lausanne, de façon un peu confidentielle, presque secrète, dans un petit cabaret tenu par Gilles. «Il m’avait demandé de le garder en réserve, raconte Haller. A la fin du spectacle, Gilles passait alors de table en table et disait aux gens: si vous restez encore un peu, le petit jeune va vous faire le sermon. Ensuite il fermait la porte à clé. A cette époque, on ne plaisantait pas avec la religion.»
Ces textes ont fini par former un véritable premier spectacle en solitaire qui, sous le titre de «Et alors», a vite rassemblé un large public au théâtre parisien de la Michodière, où il est resté durant treize mois à l’affiche. C’était parti! Originalité: il ne s’agissait pas simplement d’une succession de sketches; il y avait ainsi un fil rouge, dans une démarche véritablement théâtrale. «A l’époque, nous n’étions pas nombreux à faire cela. Il y avait Zouc, Rufus, et moi.»
«Tant de voix dans la gorge et de regards dans l’œil», souligne Jean-Claude Carrière, l’auteur de quelques-uns de ses meilleurs sketches. Humour féroce, absurde, mais aussi humanité profonde, poésie, Bernard Haller a touché plusieurs générations. «J’aimais partir sur un phénomène très quotidien, banal, et dévier…»
Et c’est bien parce qu’ils évoquent des préoccupations universelles que ses textes se sont inscrits au-delà des modes. Vacuité du discours politique, écologie, droits de l’homme, soucis d’argent, Haller jetait un regard pointu sur un monde qui, au fond, n’a guère changé. Le tout avec une qualité d’écriture qui devrait interpeller bon nombre des prétendus humoristes actuels. «Je suis un mélancomique», dit-il volontiers, dans un souci de synthèse. La formule lui plaît d’autant plus qu’elle est sortie de la bouche de Sol (le Québécois Marc Favreau), authentique virtuose de la langue française.
Et aujourd’hui? «La dérision que nous représentons me frappe toujours énormément. Nous sommes devenus des prédateurs suicidaires. C’est très inquiétant. Peut-être y aura-t-il un sursaut, une volte-face…»
Bernard Haller vit toujours à Paris. S’il ne joue plus en solo depuis une quinzaine d’années, on le voit encore un peu au théâtre, ou dans de petits rôles au cinéma. «Je ne peux plus avoir la même pêche. C’est comme ça, il faut faire avec, admet-il. Ce qui me manque surtout, c’est le rire des gens.» Pour lui qui avalait 50 000 kilomètres par an et par saison sur les routes de France, et qui a beaucoup voyagé tout autour de la terre, les distances se sont forcément réduites. Et si c’était à recommencer? «Je crois que je ferais inventeur», lâche Haller malicieux. Voyons, Bernard, vous n’avez fait que cela!
* «Haller… hilare» (2 h 53’), DVD paru dans la collection Drôles de spectacles, chez Disques Office.

En vacances deux semaines, nous vous proposons de (re)découvrir une partie des rencontres mises en ligne durant ce premier trimestre 2010:
Les petites communes abandonnées par la Nation?
La justice est-elle trop clémente avec les mineurs?
«Ces enfants blessés seraient condamnés si l'on ne faisait rien!»
«Oui, on peut être tuteur et heureux!»
C'est le médecin et psychanalyste anglais Michael Balint qui a commis voici quelques décennies...
Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
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