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Entre le chien et son berger, beaucoup de travail… et de plaisir

Chiens | Une spécialiste plaide pour un dressage en douceur des chiens de troupeaux.

© GABRIELLE TENUD | Bonnie la kelpie. En moins de deux, le mouton dissident est ramené au troupeau. Mais il faut un long apprentissage avant que le chien sache faire cela.

BERNADETTE DELUZ | 30.05.2009 | 00:01

«Un jour, il a ramené une vache dans la cuisine de la ferme», s’amuse Odette Lieber en parlant de son premier border collie. Ce chien, se souvient-elle, n’était pas dressé et pourtant il adorait rabattre les vaches dès qu’il en apercevait…

Mais attention! Ne devient pas chien de berger qui veut, même si certaines races ont des prédispositions: il faut avant tout avoir l’instinct, affirmer son amour du troupeau, se déclarer, explique la spécialiste et fondatrice, en 1984, de la Société suisse pour la formation des chiens de troupeaux.

Ce don, les chiots l’expriment très tôt, dès 3 à 5 mois; mais l’apprentissage ne commence habituellement que vers 10 à 12 mois. Jusque-là, il est bon de laisser l’instinct du chien se développer harmonieusement au sein du troupeau. Dans son cours, Odette allie douceur et fermeté: ses ordres sont brefs, le ton est modulé. Elle travaille d’ailleurs souvent au sifflet. «Le chien est extrêmement rapide, il réagit à la première note; le reste n’est que du bla-bla», précise-t-elle.

Puissance du regard
Démonstration, au sifflet: à peine Diam, la jeune border collie, s’élance que déjà les moutons prennent leurs pattes à leur cou. La puissance du regard posé par la chienne sur le troupeau est si forte qu’elle agit à belle distance; nouveau coup de sifflet, sur un autre ton, et Diam oblique vers la droite, rabattant les moutons sur la gauche, vers l’entrée de l’enclos; une petite note enfin et les ovins sont rendus, en quelques secondes! Sans qu’Odette bouge de sa chaise. L’exercice s’est déroulé en trois temps: la recherche, la prise du troupeau, l’amener.

Pour les élèves débutants, humains comme canins, l’exercice n’est pas aussi facile qu’il en a l’air… En théorie, le chien se concentre sur le troupeau, l’humain sur le chien. En théorie, parce qu’en pratique, le bipède (surtout citadin) encerclé par une dizaine de brebis peine à les ignorer!

«Ecarte!»
Quant au quadrupède inexpérimenté, il ne rêve que d’aller aux moutons, à croire qu’il aime les affoler, faire éclater le troupeau!

Il doit apprendre à garder ses distances – «Ecarte!» s’époumone son maître – à encercler et rabattre dans le calme la meute ovine sur la droite comme sur la gauche, l’approche au pas de loup. Dure, dure, l’approche au pas de loup quand on n’a qu’une envie: foncer dans le tas!

S’il s’approche trop et trop rapidement d’un troupeau, le chien risque en effet de provoquer la panique et d’expédier ses moutons dans toutes les directions sauf celle souhaitée (par le berger).

Gaby et Inti, le bouvier australien, en savent quelque chose: les cours sont exténuants. Jamais l’attention ne se relâche, il faut réfléchir très vite, trop vite quand les moutons s’emballent. C’est pourquoi les leçons sont données par tranches d’environ un quart d’heure. Entre deux, chacun se désaltère, reprend ses esprits et son souffle.

«Midi-six heures»
Dès les premières bases assimilées, le néophyte s’initie au «midi-six heures», la figure incontournable des troupeaux en marche: le chien se tient à midi, derrière le troupeau (situé, lui, au centre du cadran de la montre), le berger est à 6 heures, en tête. Jamais le chien ne doit passer entre le troupeau et le berger.

Il faut environ un an d’apprentissage pour que le chien puisse effectuer les petits travaux de base qu’on attend de lui dans une bergerie. Beaucoup plus pour envisager de s’inscrire à un concours!

Douceur et complicité
L’harmonie, Odette Lieber y tient. Pour elle, le dressage doit être douceur, complicité. Jamais elle ne frappe ou brutalise un chien désobéissant. Au pire, elle lui jette le contenu d’une bouteille d’eau.

«Quand on va au troupeau, il est essentiel que le chien – son maître aussi – ait du plaisir, qu’il travaille dans la joie, insiste la spécialiste. Il est indispensable de prendre son temps, indispensable que le chien soit bien. Sinon, mieux vaut aller aux champignons!»




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