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Demis Roussos: «Je n’ai pas de regrets: ma variété était de qualité»

MUSIQUE | A la tête d’un gang de jeunes, Demis Roussos revient et tape dans le rock.

© ALDO SOARES | Le Grec Demis Roussos dit avoir le blues en lui depuis longtemps: «Je me suis toujours senti à l’aise dans la famille rock.» Pas étonnant, du coup, qu’il se soit attaché les services des rockeurs anglais de Little Barrie.

Boris Senff | 09.05.2009 | 00:02

«Il y a du soleil, il fait chaud, la mer est proche. Tu es jaloux?» Depuis sa villa grecque, Demis Roussos, 63 ans, contemple l’azur méditerranéen et vous tanne gentiment, en introduction d’un entretien téléphonique où il laisse échapper une bonhomie revenue de pas mal d’aventures. «Les disques, ça faisait un moment que j’avais arrêté. Pour sortir un disque, il faut avoir quelque chose à dire. Il y a cinq ans, j’ai encore fait une tentative un peu world avec un répertoire de chanson française, d’opéra et de chanson napolitaine, arrangé avec percussions africaines ou flûte japonaise. Ça n’a pas beaucoup marché. C’était un chef-d’œuvre, mais qui s’est planté. J’aime mieux faire un flop avec quelque chose de bien qu’avec quelque chose de mauvais!»

En 1968, avec son groupe Aphrodite’s Child où jouait aussi Vangelis, il tentait de rejoindre Londres pour faire carrière dans la pop, mais s’est retrouvé en France, stoppé net par les événements de Mai et par les douaniers. Quarante ans plus tard, il parvient enfin à traverser la Manche – du moins symboliquement. Son nouvel album, Demis ( lire ci-contre ), il l’a enregistré avec les membres de Little Barrie, Anglais au rock bien affûté. «Avec le directeur artistique Marc di Domenico, nous voulions aller dans le vintage ( ndlr: d’époque ). Comme je suis avant tout musicien et que je participe encore à beaucoup de jams, de sessions studio, j’ai demandé à mes amis de Little Barrie s’ils voulaient collaborer. Ça les bottait que l’on travaille ensemble.»

Un barbu collector
Confortablement installé au sommet d’une montagne de 50 millions d’albums vendus, Demis Roussos profite d’une liberté artistique totale. «C’est l’idéal d’être patron de toi-même. A condition de savoir ce que tu veux… et d’avoir un peu de talent! Mais je ne regrette pas ce que j’ai fait pendant ma période de variété: elle était de qualité. Encore aujourd’hui, je vois des magasins de vinyles qui proposent des collectors, des séries limitées de cette époque.» Désormais, Demis Roussos met le cap sur le rock, avec une affinité blues. «J’ai le blues en moi depuis longtemps, je me suis toujours senti à l’aise dans la famille rock, même si ma pop était plus légère avant.»

Celui qui jouait déjà de la trompette à l’adolescence dans des clubs grecs n’a pas pour autant adopté la rock’n’roll way of life sur le tard. «J’ai toujours été très sage», confesse ce musicien qui en a pourtant vu de toutes les couleurs parmi la faune noctambule. Demis tient la forme: «Je nage mes 300 m tous les jours, hiver comme été.» Et de citer son ami Charles Aznavour comme un modèle d’hygiène de vie.

La rage au ventre
Par contre, le Grec internationalement connu pour ses mélodies plutôt pacifistes, laisse éclater sa rage. Qui eût cru que Demis Roussos allait sortir un jour un morceau intitulé Who Gives A Fuck ? (Rien à foutre). «Oui, je suis en colère, et il y a de quoi avec cette crise provoquée par la mondialisation aux dépens de la jeunesse. Je ne veux pas les défendre à tout prix, mais quand tu colles quelqu’un au mur, qu’il vit le chômage, il ne faut pas s’étonner qu’il se rebelle, mette une cagoule et casse tout.» Une référence aux émeutes d’Athènes. «On en a parlé dans le monde entier parce qu’Athènes est une petite ville, mais il n’y a pas eu plus de violence ici qu’aux Etats-Unis ou à Paris. Ça a dû choquer la Suisse, un pays très calme. Normal, parce que tout l’argent est chez toi!» Justement M. Roussos, n’auriez-vous pas un petit compte secret chez nous? «Malheureusement pas», fait mine d’avouer le chanteur, décidément d’humeur taquine.

Alors qu’il nous assure «écouter un max de trucs, être au courant de beaucoup de choses», on lui rend la monnaie de sa pièce: connaîtrait-il The Soundtrack Of Our Lives, ce groupe de rock avec un chanteur à robes, barbu et assez excité ? «Je crois que j’en ai entendu parler. Encore un qui essaie de m’imiter?» ( rires .) Trop fort, Demis Roussos!
 


 

Le blues anglo-grec

On va avoir de la peine à convaincre tout le monde, mais oui, l’album rock de Demis Roussos tient très bien la route. Une route d’ailleurs plutôt blues en compagnie des Anglais de Little Barrie. Sa voix de matou bizarre et un peu asthmatique emporte le morceau dans un défilé de cordes acoustiques, de chœurs soul et d’orgue Hammond. Le premier qui rit peut aller se faire voir chez les Grecs!

Demis Roussos, Demis, Disques Office 




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