Jérémie Kisling: «Je ne sais rien faire d’autre que chanter»
CHANSON | Six mois après la sortie d’Antimatière, Jérémie Kisling reprend la scène et s’arrête même au vaste Théâtre de Beaulieu avant de repartir à la conquête de la France.
© GÉRALD BOSSHARD | Jérémie Kisling dans l’un des cafés où il compose ses chansons douces-amères.
Boris Senff | 06.11.2009 | 00:01
Il a mis du temps à sortir son troisième album, un Antimatière sorti en mai. Déçu par sa maison de disques française (Naïve, remplacée depuis par Sony) et freiné pour des raisons personnelles, Jérémie Kisling s’était octroyé une longue pause. Le voilà de retour dans le circuit: après l’Echandole d’Yverdon mercredi, il joue ce soir à Payerne et prend le risque du Théâtre de Beaulieu (1800 places) dans deux semaines. Rencontre dans un de ses cafés lausannois préférés.
– Jouer au Théâtre de Beaulieu, à Lausanne, c’est un gros défi, non?
– Je décide rarement où je joue. C’est mon manager. Mais mon album s’est vendu à plus de 3000 exemplaires en deux ou trois semaines, ce qui est beaucoup pour la Suisse romande, particulièrement dans la conjoncture actuelle de la musique. On s’est dit que le public était toujours là. Auparavant, j’ai déjà fait cinq soirs à Vidy, près de 2000 personnes, 800 personnes à Beausobre, 800 aux Docks. Et comme c’est à Lausanne qu’il y a le plus de gens qui m’écoutent, si je ne fais pas un gros truc ici, je ne vois pas où je le ferais!
– Cela doit faire depuis Pascal Auberson qu’un chanteur romand ne s’est pas produit sur un tel plateau…
– Cela permet de voir où tu en es avec ton public… Ce concert me permet aussi d’offrir une récompense, d’inviter des amis qui m’ont prêté de l’argent, des gens qui se sont investis dans mon projet depuis huit ans, des anciens musiciens et aussi des journalistes, des gens des maisons de disques de Paris.
– Cela génère de la pression?
– C’est pour ça que je suis content que mes sœurs et Raphaël Noir, mon plus proche ami, soient sur scène avec moi! C’est un métier hyperdifficile où l’on se sent très seul par moments. Je me tape les côtés difficiles. Le plaisir vient parfois au milieu du concert, mais il y a énormément de pression sous-jacente à être obligé de plaire aux gens qui paient pour me voir. Il faut être drôle, touchant, être juste dans l’interprétation, pour que les gens repartent enchantés.
– Vous avez parfois pensé à raccrocher?
– Pas consciemment. J’avais des doutes, le questionnement était là. Mais comme je ne sais rien faire d’autre, j’y serais forcément revenu!
– Vous allez donc repartir à l’assaut de la capitale française?
– Oui. L’album sort en février en France. Comme les maisons de disques travaillent très en amont, il y a déjà eu des envois du single Antimatière à la presse et aux radios. Sony est hypercontent, les retours sont bons, surtout en radio – le nerf de la guerre pour la vente de disques. Mes deux premiers albums n’avaient presque pas été programmés, même si j’ai fait plusieurs émissions sur France Inter. Là, il y a déjà quelques radios intéressées comme RFM, Virgin, Chérie FM, France Bleu.
– Les ventes potentielles sont importantes. Qu’espérez-vous?
– Il faudrait les décupler… Mais 20 000 seraient un bon début. Le plus dur est de réussir le premier pas en direction du grand public. Ensuite, il y a un effet boule de neige. Mon manager et producteur a calculé qu’il lui faudrait 120 000 exemplaires vendus pour amortir ses investissements. C’est dire s’il travaille par passion! L’idéal serait d’être soutenu par un mécène milliardaire, qui payerait des pubs sur TF1 et M6.
Des mélodies et du rire à l’Echandole d’Yverdon
C’est en homme-orchestre baignant dans une ambiance familiale – entouré par ses trois sœurs, Marie-Aurélie, Julia et Eléonore, aux chœurs, sa mère aux premières loges dans le public – et poète mixant son verbe avec le sel de l’humour que Jérémie Kisling s’est produit mercredi soir au Théâtre de l’Echandole d’Yverdon. Un concert dans une salle qui s’est révélée trop petite.
En deux heures d’un concert pendant lequel il a enchaîné une vingtaine de morceaux de son répertoire (de Monsieur Obsolète, Le ours à Antimatière, son dernier opus), l’auteur-compositeur lausannois, que ce soit à la guitare, à l’harmonica ou au piano, a cherché à enhardir un public connaisseur mais timide, enchanté mais peu fusionnel. Finalement, progressivement conquis, battant la mesure du pied ou des mains, la centaine de spectateurs cède à l’invite d’accompagner «l’homme qui chante Teddy Bear» – ainsi que Jérémie Kisling s’est lui-même affublé – dans ses envolées musicales et poétiques. Et même quand une sympathique disharmonie s’insurge dans les rangs, rire complice en coin et beau joueur, le chanteur lausannois encourage: «En tout cas, vous y mettez du cœur.»
L’amour, l’amitié, les effets du temps qui passe: Jérémie Kisling a revisité et survolé tous les thèmes qui lui sont chers. Avec, par intermittence, Raphaël Noir (piano), l’ami des débuts, sobre et brillant.
«C’était génial», savoure une fan en fin de concert. Elle promet de ne pas rater le rendez-vous de Beaulieu, à Lausanne, dans deux semaines.
A. P. N.
Bio express
1976 Naissance le 27 février à Lausanne. Passe son enfance à Reverolle.
1985 Commence le piano classique.
1993 Reçoit pour son anniversaire la guitare folk de son père. Lance un groupe de rock quelques années plus tard.
2001 Arrête le groupe et passe dix jours au studio du Flon pour enregistrer Monsieur Obsolète. L’album est rapidement découvert par François Pinard, qui devient son manager.
2003 Signe chez Naïve, gros label indépendant français.
2005 Sortie de Le ours, 2e album.
2006 En mai, «première grande salle parisienne à moi tout seul, La Cigale. Salle comble et moi comblé.»
2009 Au printemps, sortie du 3e album, Antimatière.
Où l’entendre
PAYERNE, Le Beaulieu, ce soir (20 h 30). Location: 026 660 38 92 et www.lebeaulieu.ch
LAUSANNE, Théâtre de Beaulieu, ve 20 novembre (20 h 30). Préloc. Ticketcorner et Fnac.