Kacey Mottet-Klein ne s’intéresse pas trop à son enfance
PORTRAIT | Le gamin de Bussigny, qui interprète le jeune Gainsbourg dans le film de Joann Sfar, passe pour avoir l’esprit vagabond. 
© PHILIPPE MAEDER | Kacey Mottet-Klein
François Barras | 20.01.2010 | 00:00
Serge Gainsbourg en chirurgien, vous y croyez? Le grand écart n’a rien de saugrenu dans la tête du jeune comédien Kacey Mottet-Klein. Un enfant de 11 ans, ça rêve. Et Kacey plus qu’un autre. Il peut être écolier le matin, acteur l’après-midi et médecin le lendemain. Reste juste à passer cette damnée enfance, au sprint mais pas trop: c’est pour son caractère pétillant, sa vivacité d’esprit, son espièglerie si entière qu’on la croirait extirpée du Bon petit diable de la comtesse de Ségur, que le garçonnet de Bussigny a été choisi par le cinéma. Home d’abord, de la Suissesse Ursula Meier, succès critique et public où il jouait le fils d’Isabelle Huppert. Et Gainsbourg , dont la Vie héroïque selon Joann Sfar sort aujourd’hui en France, en Suisse et en Belgique et installe Kacey dans l’incarnation du jeune Serge. Rien de moins.
Il en faudrait plus pour le décontenancer. «Gainsbourg, je le vois comme un homme un peu ennuyeux, je n’aurais pas voulu passer trop de temps avec lui: écrire des chansons toute la journée, merci bien! Je préfère la musique de Green Day.» Le verbe est choisi, la cadence prudente, le sourire en coin. Rien de vantard chez Kacey, juste une franchise enfantine à peine pondérée par son statut d’acteur, dont il n’est pas dupe, et par l’apprentissage du poids des mots retranscrits sur papier journal ou diffusés sur les ondes.
Avoir avoué en interview rêver conduire un jour une Lamborghini n’a pas arrangé ses affaires dans la cour de récré, mais quel gosse rêve de conduire une Clio? «A l’école, j’ai mes bons copains, mais il y a aussi des jaloux, je peux plus les supporter. Je suis en 6e… euh, 5e! En classe, ça va plutôt. Je suis pas un fanatique de rater l’école, même si j’ai dû beaucoup aller à Paris pour le tournage de Gainsbourg. Ça va un petit moment que j’aille sur les plateaux, mais faudrait pas que ça baisse au niveau de l’école.» L’une de ses professeures le décrira finalement «vif», après avoir réfléchi un instant: «C’est un enfant agréable, à l’esprit vagabond. De ceux qui regardent courir le vent.»
Sa carrière d’acteur, justement, lui est tombée dessus en bourrasque. Le hasard d’une rencontre au bord du Léman, lorsque la productrice Eléna Tatti, à la recherche d’un petit garçon pour son film Home, aborda tout de go la maman de Kacey, Estelle Mottet. «Elle lui a demandé s’il voulait faire du cinéma, il n’a pas hésité», raconte cette infirmière scolaire travaillant dans l’école que fréquente le benjamin de ses quatre enfants. «Je suis très admirative mais à moitié étonnée. Depuis tout petit, il a cette manière de s’intéresser à tout, de poser la question qui tue, de s’émerveiller. On peut difficilement le berner.» Certains sujets demeurent pourtant plus agréables hors de la réalité des adultes. Ainsi de son père biologique, retourné aux Etats-Unis peu après la naissance de Kacey, élevé par l’ancien compagnon de sa mère. Il n’a revu son géniteur que deux fois mais lui téléphone régulièrement, malgré la barrière de la langue. «Il a dû partir à cause du travail, parce qu’en Suisse il n’en avait plus», explique Kacey.
On lui apporte une eau gazeuse, il refuse timidement. Poli, à quatre épingles dans son costume-cravate, il est tout le contraire d’un mini-Gainsbarre. Comme à l’écran, se dit-on, là où sa fraîcheur évacue tout risque de jeu affecté. Un reflet de sa nature, vraiment? «On me dit souvent: «Kacey a de la chance, il joue comme il est dans la vie», raconte sa maman. Mais je vous assure qu’il dévoile beaucoup plus volontiers ses sentiments à la caméra qu’à moi-même.» Elle gère pour l’heure la carrière de son fils, bien qu’il revendique une autonomie de petit mec. «Je ne veux pas chercher trop de films, on peut tomber sur des très grosses bêtises, comme des mauvais téléfilms, et ça peut ruiner une carrière.» Le mot est lâché. Alors, ce rêve de chirurgien? «J’ai envie d’essayer le cinéma, mais si j’ai d’autres qualités, je choisirai la chirurgie.»
Sous ses airs fantasques, Kacey Mottet-Klein sait ce qu’il se veut. Sa seule impertinence se niche dans son caractère déterminé, confiant, là où l’on attend d’un enfant de 11 ans une irrésolution attendrissante, une insouciance rassurante. Le lien avec le jeune Gainsbourg, enfin. «Mon enfance, elle ne m’intéresse pas trop. C’est un peu gamin. J’aimerais que ça aille plus vite, mais pas trop quand même.»