
Vous rappelez-vous l’exposition Chaplin et ses images, qui avait fait escale à l’Elysée en 2006? Si ce n’est pas le cas, vous avez intérêt à rafraîchir vos souvenirs. C’est en effet son auteur, Sam Stourdzé, qui dirigera l’institution lausannoise dès le 1er mai. Le Français remplacera William Ewing qui, tout pimpant qu’il puisse encore sembler, arrive à l’âge béni de la retraite.
La succession s’est passée sans le psychodrame qui avait marqué la fin du règne de Charles-Henri Favrod. Rappelons que le concours s’était alors déroulé en deux manches, que diverses irrégularités avaient été découvertes dans la comptabilité et qu’un affreux procès pénal s’en était suivi. Cette fois, le jury a posément examiné les 27 dossiers. Il a ensuite entendu 8 candidats. Sa religion semble avoir été vite faite. Sam Stourdzé a été désigné à l’unanimité, comme dans un tableau de Ferdinand Hodler.
Renouveler le public
Mais qui est Sam? Il s’agit d’une sorte d’enfant prodige du monde des expositions. Après des études d’économie et d’histoire de l’art à Paris, le débutant a ainsi pu régler dès 1996 ses premiers accrochages, tout en dirigeant des publications de niveau international. Il y a, comme ça, des gens à qui tout réussit.
Le nouveau Monsieur Elysée n’est pas un boutefeu. Il n’entend pas se faire un nom en faisant «du passé table rase», comme on dit dans la chanson. L’homme connaît ses classiques, comme le prouvait son excellent Chaplin, également présenté à Paris. Il a ainsi pu organiser une rétrospective consacrée à Dorothea Lange, la photographe des années de la Grande Crise, comme un hommage à Fellini intitulé La grande parade. Il s’agit ici d’une musique de proche avenir. Cet hommage au cinéaste italien ne doit-il pas ouvrir le 19 octobre au Jeu de Paume?
Le choix apparaît donc raisonnable, même si certains pensaient à Daniel Girardin, éternel No 2 du musée. L’Elysée, qui remporte en ce moment un succès de choc avec Le théâtre du crime, doit retrouver un second souffle sans se couper de ses racines. En clair, cela signifie que le musée a besoin de rajeunir son public, peu habitué à l’image fixe (et surtout en noir et blanc!), sans dérouter ses habitués, ni dériver vers l’art contemporain, comme le Fotomuseum de Winterthour.
Encore un Français
Certains s’étonneront de voir une nouvelle fois au pouvoir un candidat venu de France. Le Normand Jean-Yves Marin n’a-t-il pas intronisé le 1er octobre à la tête des Musées d’art et d’histoire de Genève? La chose semble assez logique. Elle ne tient qu’en partie à la séduction des institutions romandes. Les conservateurs restent extrêmement mal payés en France (entre 2000 et 2500 euros). Autant dire qu’ils ont les yeux braqués sur l’étranger francophone, où les tâches administratives ne sont pourtant pas tellement moins lourdes que chez eux.
«Un vrai challenge»
INTERVIEW EXPRESS
SAM STOURDZÉ
FUTUR DIRECTEUR DE L’ÉLYSÉE
– Comment avez-vous accueilli la nouvelle de votre nomination?
– Je suis radieux. J’ai été averti lundi par Mme Lyon, après un processus de sélection, véritable parcours du combattant, qui a duré six mois. Cette mission représente un vrai challenge pour moi. Je vais pouvoir continuer de faire rêver les gens, comme l’ont fait mes prédécesseurs, deux personnages extrêmement charismatiques.
– Qu’est-ce qui vous a motivé à faire acte de candidature?
– Les musées de la photographie d’importance internationale se comptent sur les doigts des deux mains, et le Musée de l’Elysée est l’un d’eux. Sa réputation n’est plus à faire. Dans le milieu, depuis le début des années 1990, c’est le musée auquel on se réfère.
– Vous le connaissiez déjà de l’intérieur?
– Oui, j’avais monté à Paris une exposition consacrée à Chaplin qui a ensuite circulé, et j’avais travaillé avec William Ewing pour la montrer à Lausanne en 2006. J’avais donc eu l’occasion de me familiariser avec le musée et j’avais été séduit. L’équipe est compétente, l’institution possède à la fois une implantation locale et un rayonnement international. C’est vraiment un pôle d’excellence.
– Quelle est votre vision d’avenir?
– Elle va se décliner en quatre axes forts. Un, poursuivre la politique d’expositions d’envergure internationale comme le musée en a déjà monté, tout en portant l’attention sur la création contemporaine et en particulier la jeune photographie suisse. Il faut aussi renforcer le pôle pédagogique et travailler avec les enseignants pour aboutir à une véritable «école du regard». Nous labelliserons les éditions du musée, qui publie de nombreux catalogues et livres et nous accompagnerons nos activités avec un magazine dédié, qui nous donnera plus de visibilité. J’aimerais enfin travailler sur les questions du web, du musée virtuel, réfléchir aux moyens de faire participer le public et d’associer la communauté à de son musée. J’aimerais beaucoup fédérer les compétences locales, que ce soit l’ECAL, l’EPFL ou la Cinémathèque suisse.
GILLES SIMOND
Après un petit moment d'absence, voici un petit commentaire sur l'actualité. "Roh non!!!" diront...
Et c’est parti. Ce soir vers 19h00 les autorités de la ville de Genève ont donné le coup d’envoi...