Hans-Rudolf Merz a failli faire tout juste. Failli, c’est le mot. On attendait du président de la Confédération qu’il parvienne à rencontrer Muammar Kadhafi en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, pour faire avancer le dossier pourri des otages suisses en Libye. Ce qui fut fait. Le coup était réussi: pouvoir dire en personne au chef d’Etat libyen le fait d’une Suisse qui attend qu’enfin le colonel tienne parole, et qu’il laisse rentrer les deux hommes retenus par la contrainte sur son territoire.
Hans-Rudolf Merz a même donné l’image digne de l’honnête homme qui tente d’emmener son interlocuteur sur le terrain du bon sens. Du père de famille qui parle à un autre père de famille, et qui évoque les frasques de ses enfants.
Même si les bons sentiments ne font pas une bonne politique, ce ton rassurant, mâtiné de fermeté, ne dérangeait pas dans le paysage. Le problème, c’est qu’une fois de plus le ministre des Finances a trop parlé. Pas à Kadhafi, sans doute, mais à la presse – et donc à ses concitoyens. Etait-il nécessaire de détailler le contenu de l’entrevue new-yorkaise, au point de prononcer en public des mots qui engagent, qui ont une nouvelle fois le poids de l’ultimatum?
Fallait-il fanfaronner («J’ai exigé le retour des otages»), prêter à la partie adverse des intentions péremptoires («Il m’a promis de s’en occuper personnellement») qui restent sujettes à interprétations, et fixer une nouvelle date butoir (le 20 octobre)? N’est-ce pas, compte tenu du caractère imprévisible du leader libyen, jouer une nouvelle fois avec l’honneur, si ce n’est avec le feu?
Il est pour le moins déroutant de constater que Hans-Rudolf Merz savait, au moment où il rencontrerait Kadhafi, que les deux Suisses retenus en Libye avaient été «placés en lieu sûr», après que les autorités libyennes leur avaient tendu un traquenard – une visite médicale avant leur soi-disant élargissement… Une manœuvre qui a fait bondir les diplomates suisses, qui l’ont jugée «inacceptable». Cette nouvelle combine aurait dû alerter le président de la Confédération et l’inciter à davantage de prudence dans son compte rendu de la rencontre avec Kadhafi.
Certes, la partie n’est pas facile. Pour un dirigeant d’un Etat démocratique normalement constitué, aux moyens de pression limités, négocier en ces circonstances avec un despote assis sur son tas d’or noir tient du funambulisme sans filet. Mais c’est justement cette difficulté qui impose la prudence et la retenue, surtout après une première tentative infructueuse. A New York, Hans-Rudolf Merz a d’abord donné l’impression de refaire surface. Au final, il a plutôt l’air de celui qui se débat dans les sables mouvants. Et qui s’enfonce. Seul Kadhafi peut lui sauver la mise…
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