Humiliée, déshonorée, déculottée, isolée, à genoux. Aucun qualificatif n’est trop fort, depuis jeudi soir, pour décrire la position de la Suisse après les excuses présentées par Hans-Rudolf Merz à la Libye. Des mots qui sonnent juste, qui fleurent bon le patriotisme et permettent de serrer les rangs devant l’adversité.
Les mêmes mots qui auraient pu être employés, il y a quelques jours à peine, quand UBS a accepté de livrer au fisc américain les noms de 4450 clients fraudeurs.
Mais des mots, seulement des mots, qui ne parviennent pas à masquer le dépit et l’impuissance d’un pays qui n’avait tout simplement pas le choix. Parce que la diplomatie n’est pas une affaire d’enfants de chœur, parce que la Libye était encore, l’an dernier, le principal partenaire commercial de la Suisse en Afrique, parce la plus grande de nos banques ne pouvait pas se payer le luxe d’une amende colossale et d’un arrêt de ses activités aux Etats-Unis, la Suisse s’est vue contrainte, en une semaine, de signer un accord qui sonne le glas des établissements bancaires qui ont fait de l’évasion fiscale l’un de leurs fonds de commerce et de s’aplatir devant un dictateur mal embouché.
Les raisons qui ont poussé la Confédération à ployer l’échine se comprennent mieux encore en imaginant les tragédies humaines qui auraient découlé d’une attitude intransigeante.
En Libye, que seraient devenus les deux pauvres bougres innocents, privés de liberté depuis plus d’une année? Et quel aurait été le destin de ceux qui auraient perdu leur emploi par la faute d’une chute définitive de nos exportations en Libye?
Au sein d’UBS, comment aurait-on justifié une réduction drastique des activités de l’établissement auprès d’autres pauvres bougres – des milliers cette fois-ci – qui font honnêtement leur travail, soignent les clients sans compter leurs heures et qui, d’un coup d’un seul, auraient vu leur job disparaître par la faute de quelques cadres affamés et sans scrupules?
C’est en songeant à ces pauvres bougres-là qu’on se dit qu’UBS a désormais besoin, sous la conduite d’une nouvelle direction, de retrouver un fonctionnement compétitif dans un environnement serein. Et que traîner deux dirigeants devant la justice afin de capitaliser sur la grogne populaire n’est pas le moyen adéquat pour y parvenir. L’opprobre général a déjà fait son œuvre dévastatrice sur la vie de Marcel Ospel et de Peter Kurer. Inutile de prendre le risque de s’embarquer dans une procédure juridique vraisemblablement interminable et à l’issue incertaine.
Abandonner le pragmatisme pour l’intransigeance, vouloir à tout prix punir, refuser de tourner la page, c’est remettre le pistolet sur la tempe de la banque.
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