
Assemblée générale extraordinaire d’UBS, 27 février 2008: 4200 actionnaires déversent leur colère face à un Marcel Ospel visiblement éprouvé, qui finira par s’éclipser par la petite porte quelques semaines plus tard. Assemblée générale extraordinaire du 2 octobre 2008: la nomination de quatre nouveaux administrateurs est acceptée à la quasi-unanimité par les quelque 2400 actionnaires ayant fait le déplacement jusqu’à Bâle, tout comme les propositions de modification de principes de gouvernance.
Un plébiscite à l’issue convenue. Mais l’essentiel se trouve ailleurs. Hier, dans la salle des congrès de St. Jakob, la nouvelle équipe dirigeante d’UBS s’est livrée durant quatre heures à un exercice de fond: réinstaurer la confiance en un établissement, l’un des plus touchées au monde par la crise du subprime, et qui a vu disparaître 44 milliards de francs outre-Atlantique.
«Faible» bénéfice au troisième trimestre
Premier argument de taille; la banque ne devrait pas replonger dans les chiffres rouges au troisième trimestre, dont les chiffres seront publiés le 4 novembre, mais boucler sur un «faible» bénéfice. Cap sur un retour à la rentabilité en 2009, un versement des dividendes et surtout un rétablissement de la réputation de la première banque suisse en 2010, promet l’ancien avocat d’affaire.
Pour ce faire, outre la refonte organisationnelle et stratégique déjà annoncée en août – notamment l’abandon du modèle de banque intégrée et la création de comités stratégique et de risque sous la houlette de Sergio Marchionne –, c’est un style de communication plus humble que Peter Kurer, le président d’UBS, et Marcel Rohner, CEO, ont instauré.
Une attitude hautement recommandée par tout psychologue pour surmonter les périodes de crise. Les interventions, virulentes s’il en est – «On nous prend tous pour des cons!» clame ainsi un petit actionnaire –, sont longuement revenues sur les salaires et autres bonus pharaoniques. «J’ai pleine conscience que le rétablissement d’une bonne réputation dépend aussi de l’adaptation de nos modèles de rémunération, y compris les primes, à la nouvelle situation du secteur financier», assure Peter Kurer, pour qui la pratique des parachutes dorés est bientôt terminée.
«Un administrateur UBS gagne en moyenne 630 000 francs alors qu’un conseiller fédéral en touche 450 000, avec une telle surcharge de travail que cela conduit parfois à un infarctus du myocarde», lance un autre actionnaire, qui propose de réduire la rémunération des quatre nouveaux administrateurs, en l’occurrence Bruno Gehrig, Sally Bott,
Rainer-Marc Frey et William Barrett…
Enfin, à l’heure où les plus folles spéculations hantent l’imaginaire d’un pays encore traumatisé par le grounding de Swissair, nombreux se sont inquiétés des risques encore à venir du côté des Etats-Unis. «Nos épargnants tremblent pour leurs avoirs et c’est bien naturel, ajoute Peter Kurer. Mais notre banque est solide, avec des liquidités en suffisance et un bilan réduit.»
» Emplois biffés
RESTRUCTURATION Si Peter Kurer a admis que la banque va encore réduire ses effectifs, il n’a pas donné hier plus de précisions. Selon les rumeurs, quelque 1900 postes devraient être supprimés, s’ajoutant aux 7000 suppressions d’emploi déjà annoncées.
«FAIBLE» BÉNÉFICE C’est la grosse surprise, qui a fait bondir l’action UBS de plus de 8% hier. Après quatre trimestres consécutifs de pertes (pour un montant cumulé de 22 milliards de francs), certains analystes tablaient sur une perte d’un demi-milliard de francs à la fin du mois de septembre. UBS a certainement encore fait quelques correctifs de valeur, estiment-ils, mais de l’ordre de 1 à 3 milliards de francs.
PRODUITS LEHMAN Alors que Luqman Arnold, ancien directeur d’UBS, déclare avoir perdu pour 1,5 milliard de francs d’actions liées à la faillite de la banque d’affaire américaine, UBS précise ne posséder qu’un petit nombre de ces produits structurés. En Suisse, 23 personnes sont concernées et la banque n’a enregistré que peu de plaintes, commente Marcel Rohner.
L’AVIS DES ANALYSTES Plutôt positif, dans l’ensemble. Mais la stratégie reste encore un peu vague, déplore Wegelin, tandis que la BCZ relève que rien n’a été dit sur les clients qui vident leurs comptes des coffres-forts d’UBS. «Nous considérons que c’est un moment clé pour UBS, que ce soit en termes de perception de marché que de perception des clients», conclut Deutsche Bank.
E. N.
Oui, il y a de bonnes nouvelles économiques
EDITORIAL D'ELISABETH ECKERT, cheffe de la rubrique économique
Certes, il y a bien eu hier ce triste sire de Jean-Claude Trichet qui a essayé de nous plomber le moral. Le président de la Banque centrale européenne – qui a ouvert sa bourse par centaines de milliards de dollars pour sauver le système financier – a ainsi déclaré que la crise financière actuelle constituait «un événement jamais rencontré depuis la Seconde Guerre mondiale, avec un niveau d’incertitude absolument exceptionnel». Raté! Jean-Claude Trichet a eu beau y mettre tous les superlatifs, l’arc-en-ciel du 2 octobre 2008 l’a emporté.
D’abord, le Congrès américain semble enfin vouloir donner au monde ses 700 milliards de dollars tant attendus, même s’ils s’avèrent totalement insuffisants pour assainir des banques toujours moribondes.
Dans la foulée, les dirigeants d’UBS nous ont annoncé un petit bénéfice au 3e trimestre, alors même que la grande banque suisse a encore dû sortir quelque 3 milliards de francs pour éponger de nouvelles pertes dues au subprime. Enfin, et surtout, les entreprises suisses ont révélé hier, dans une enquête menée par la Banque nationale suisse, que le ralentissement de la conjoncture les soulageait réellement… On se pince pour y croire. Il s’avère pourtant que les industries helvétiques ont vu ces dernières années leur carnet de commandes à ce point submergé qu’elles n’arrivaient plus à faire face à la demande. Dès lors, la fin de la surchauffe les repose: elles pourront répondre à leurs clients à un rythme qui leur convient beaucoup mieux. Or, au-delà de ces déclarations cocasses, cette enquête nous rappelle une réalité trop vite oubliée: l’économie suisse, comme l’économie mondiale, a crû ces dernières années à un niveau historique. Et la croissance sera même au rendez-vous en 2008 encore.
Le verre à moitié plein ou à moitié vide, cela n’a toujours été qu’une question de point de vue. Celui des entrepreneurs suisses méritait d’être évoqué.

En vacances deux semaines, nous vous proposons de (re)découvrir une partie des rencontres mises en ligne durant ce premier trimestre 2010:
Les petites communes abandonnées par la Nation?
La justice est-elle trop clémente avec les mineurs?
«Ces enfants blessés seraient condamnés si l'on ne faisait rien!»
«Oui, on peut être tuteur et heureux!»
C'est le médecin et psychanalyste anglais Michael Balint qui a commis voici quelques décennies...
Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
Participez au sondage et au débat sur www.lesquotidiennes.com