Encore une bonne louche de marketing pour les logiciels libres!

INFORMATIQUE | Les solutions sans licence sont techniquement prêtes à conquérir le marché. Mais l’habitude des utilisateurs – formatés dès l’école pour les logiciels commerciaux – l’emporte encore.

© MICHEL DUPERREX | ​Marco Ricca (au centre) a été l’un des premiers informaticiens d’Europe à pénétrer des réseaux pour prévenir leurs détenteurs de leurs faiblesses. Henri Röthlisberger (à g.) et Philippe Etique proposent une nouvelle formation qui permettra entre autres d’améliorer la sécurité informatique des entreprises.

EMMANUEL BARRAUD | 01.07.2009 | 00:02

«OpenOffice» ressemble à la célébrissime suite bureautique de Microsoft. Il possède un traitement de texte, un tableur, un créateur de présentations, etc., avec autant, voire plus de fonctions. Mais OpenOffice ne coûte pas un franc: c’est un «logiciel libre».

Longtemps réservés aux informaticiens puis aux utilisateurs avertis, les programmes sans licence sont maintenant prêts à entrer dans la cour des grands – et dans l’ordinateur de l’utilisateur lambda. De plus en plus de sociétés ou d’administrations publiques ont déjà franchi le pas.

Mais les programmes libres auront encore besoin de temps – et d’un bon marketing, façon Apple – pour s’imposer. Et ce malgré tous leurs avantages, énumérés récemment à Yverdon-les-Bains par des spécialistes dans le cadre du lancement d’un nouveau «master of advanced studies».

SOUPLESSE
Ces logiciels, dont le code informatique est public (d’où leur nom anglais «open source»), peuvent être transformés pour répondre précisément aux besoins de l’utilisateur. Au contraire des logiciels «propriétaires», qui sont verrouillés et protégés. «Aujourd’hui, un bon développeur ne réinvente pas la roue, mais modifie une base existante pour en augmenter l’efficacité, explique Henri Röthlisberger, professeur à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud. Cela va de plus en plus se faire à l’interne des sociétés: il est plus efficace d’investir dans du personnel que dans des licences!» Et son collègue Philippe Etique, de la HE-ARC (Saint-Imier), de renchérir: «C’est valable pour les applications classiques, mais c’est encore plus intéressant pour les logiciels spécifiques à l’entreprise.»

SÉCURITÉ
«Beaucoup pensent encore que ces logiciels relèvent du bricolage, regrette Marco Ricca, l’un des tout premiers «hackers éthiques» d’Europe, qui est aujourd’hui à la tête d’une petite entreprise de sécurité informatique. Or c’est tout l’inverse. Vu la circulation de l’information dans ce milieu et le fait que chaque logiciel est «audité» par un grand nombre de développeurs, les problèmes de sécurité sont très vite repérés et corrigés.» Et de rappeler, a contrario, l’anecdote d’une faille «énorme» avec laquelle les hackers se sont amusés pendant des années sur une ancienne version du système d’exploitation Windows. «En plus, reprend-il, étant donné que leur code est public, les programmeurs des logiciels libres font très attention à ce qu’ils soient «propres». Ils ont la fierté du travail bien fait.»

TRANSPARENCE
Les moindres détails qui composent le menu d’un logiciel libre pouvant être consultés, impossible d’y dissimuler des «portes secrètes». «Ce n’est pas un hasard si les gouvernements arabes refusent d’utiliser un pare-feu commercial très utilisé dans le monde entier, explique Marco Ricca. Il a été développé par des informaticiens d’Israël. Du coup, ils ont préféré recourir à des solutions libres.» Des sociétés traitant des données sensibles, tels que des hôpitaux et des banques privées (notamment à Genève) ou même l’armée suisse ont suivi le même raisonnement.

CONVIVIALITÉ
Les systèmes d’exploitation libres comme Ubuntu, qui sont devenus aussi simples d’emploi et ergonomiques que Windows ou Mac, peuvent facilement convaincre les utilisateurs qui s’y frottent. Mais avant de pouvoir s’imposer, les logiciels «open source» ont encore un obstacle majeur à franchir: celui de l’habitude des utilisateurs… «Il devrait être de la responsabilité des écoles de ne pas former les élèves sur des logiciels propriétaires», estime Marc Kalberer, patron de la société de développement programmers.ch. Mais les choses changent. Sur Vaud, l’intention de sensibiliser aux logiciels libres figure dans le projet «école et informatique», bien que ce soit à l’enseignant de choisir ses programmes. Sur Genève, la migration généralisée vers les logiciels libres va démarrer cet automne. En 2013, plus aucune école primaire n’utilisera de logiciels sous licence. La révolution informatique viendra des jeunes .




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