Les statistiques suisses présentent toujours un même défaut: elles sont toujours en retard d’une guerre. Tel est du moins le verdict de Serge Gaillard, responsable de la division Travail, au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco): «Il sera intéressant de voir comment la crise financière se reflétera sur les écarts salariaux lors de la prochaine enquête 2010.»
Hier, l’Office fédéral de la statistique (OFS) a publié son enquête sur les revenus des Helvètes… portant sur 2008.
PREMIER CONSTAT
Un salarié suisse a gagné, l’an dernier, 5823 francs bruts par mois. Cela signifie en réalité que la moitié des Suisses a touché davantage et l’autre moitié moins. Cette rémunération médiane a ainsi augmenté de 2,6% par rapport à l’enquête 2006, une progression nettement au-dessous du renchérissement qui, sur deux ans, a atteint 3,5%.
DEUXIÈME CONSTAT
L’écart entre homme et femme demeure important, quels que soient les professions et le niveau hiérarchique ou que l’on se situe dans le secteur privé ou public. Ainsi, il s’avère que le salaire moyen d’une Helvète s’élève à 5040 francs, tandis que celui du mâle la dépasse de plus de 1000 francs par mois, à 6248 francs.
TROISIÈME CONSTAT
Le niveau de rémunération est nettement supérieur dans les banques (9127 francs), la recherche (8061 francs) et la chimie (7774 francs) que dans la coiffure ou la cosmétique, par exemple (3683 francs). Si, comme l’affirme l’OFS, «le taux des salaires inférieurs à 3500 francs bruts par mois pour un plein-temps a continué de baisser, passant de 6,2% en 2006 à 5,4% en 2008 et concernant 138 900 emplois en Suisse», il n’en demeure pas moins que les statistiques ne reflètent pas l’entière réalité.
C’est ce que dénonce par exemple Daniel Lampart, chef économiste à l’Union syndicale suisse (USS): «Si l’on considère les temps partiels, on peut dire que 400 000 personnes doivent vivre comme des working poors.»
A quoi le patron des patrons suisses, Thomas Daum, rétorque: «Nous avons besoin de secteurs à basse rémunération. Ils permettent d’intégrer les personnes présentant des déficits de qualification ou de prestation dans le secteur professionnel.»
QUATRIÈME CONSTAT
La part des bonus a encore augmenté en deux ans, puisque, désormais, plus d’un salarié sur quatre reçoit une prime, en sus du salaire fixe de base. Cette proportion atteint carrément 67% dans les assurances.
En moyenne, les bonus annuels sont passés de 6852 francs en 1998 à 13 058 francs dix ans plus tard. Dans les banques, ils atteignent près de 140 000 francs pour les postes les plus qualifiés. Enfin, les rémunérations de top managers ont encore bondi en deux ans, de 38% selon l’OFS. Mais là aussi, les disparités sont grandes, que vous soyez directeur dans une administration publique (près de 20 000 francs mensuels) ou patron dans une banque (58 333 francs par mois).
DERNIER CONSTAT
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