
Cette fois, c’est décidé. France Télécom veut tenter le duel contre Swisscom. Sa filiale Orange Communications (Suisse) SA, domiciliée à Renens, compte en effet absorber Sunrise Communications AG. Elle se trouvera dès lors directement confrontée à l’opérateur historique suisse. Ce projet suscite interrogations et inquiétudes.
TRANSACTION
Hier, Orange Suisse et Sunrise ont annoncé leur intention de «fusionner». La filiale du leader hexagonal se portant acquéreur des trois quarts du capital de la future société. France Télécom paiera un montant net de 1,5 milliard d’euros (environ 2,25 milliards de francs) au propriétaire de son partenaire, la maison danoise TDC A/S. Lorsque cette transaction sera complètement réalisée, France Télécom intégrera complètement la nouvelle entité.
NOUVEL OPÉRATEUR
Le futur opérateur, dont la raison sociale n’est pas encore fixée, comptera 4,05 millions de clients. Ses parts de marché atteindront 38% dans la téléphonie mobile (le solde se trouvera entre les mains de Swisscom), 18% dans la téléphonie fixe et 13% dans la fibre optique. Les chiffres d’affaires additionnés des deux sociétés auraient atteint 3,1 milliards de francs suisses l’an dernier, contre 9,5 milliards pour Swisscom en Suisse.
TARIFS
Une fois les forces d’Orange et de Sunrise regroupées, leurs clients pourront-ils espérer des baisses de tarifs? Pas vraiment. A propos de l’offre, Thomas Sieber, PDG de la future entreprise – et actuellement celui d’Orange Suisse – n’évoque qu’un élargissement de la palette de services et une meilleure couverture du territoire. Cet objectif devrait favoriser un accroissement des parts de marché et des ventes. L’augmentation des recettes et les baisses de coûts provenant de synergies (évaluées à 3,2 milliards de francs) permettront avant tout de financer les investissements liés à la quatrième génération de la téléphonie mobile. Ils s’élèveront à des centaines de millions de francs, voire plusieurs milliards.
EMPLOIS
Les collaborateurs d’Orange et de Sunrise – 1200 et 1500 personnes – ne doivent-ils pas s’attendre à des coupes dans le personnel? «L’optimisation des effectifs s’avérera inévitable, avertit Thomas Sieber. Mais elle s’effectuera de façon loyale et transparente.» La future société ne reprendra pas forcément comme siège celui d’Orange à Renens. La société précise qu’un nombre important de collaborateurs restera néanmoins employé en Suisse romande. «Avant d’être plus informé, des réductions d’effectifs me paraissent notamment envisageables dans les centres d’appels. Des coupes dans le personnel administratif ne semblent pas à exclure non plus et même, à moyen terme, dans la maintenance», estime Daniel Pellet, analyste financier de la Banque Bordier & Cie, spécialisé dans les valeurs technologiques, télécoms et médias.
CONCURRENCE
Y aura-t-il vraiment plus de concurrence avec deux opérateurs qu’avec trois? «En France, nous avons assisté à des ententes sur les prix entre trois opérateurs. Le risque est donc incontestable», évalue Daniel Pellet. Manager chez TDC A/S et ex-CEO de Swisscom, Jens Alder affirme cependant que la concurrence ne dépend pas du nombre de rivaux mais de la réalité de ses mécanismes. Dans ce contexte, la Commission de la concurrence (Comco) approuvera-t-elle cette situation de duopole absolument unique sur un marché de télécoms développé? «Je ne doute pas que la Comco donne son aval à la transaction. Il s’agit de deux opérateurs privés, rappelle Daniel Pellet. Le régulateur risque toutefois d’assortir sa décision de diverses conditions.»
Des employés inquiets chez Sunrise, plus sereins au siège suisse d’Orange de Renens
«Excusez-moi, avec cette fusion, vous allez avoir des offres sur les iPhones?» demande une cliente à une vendeuse Sunrise. Celle-ci s’excuse: elle n’en sait rien. «Je suis fâchée, maugrée-t-elle une fois la cliente repartie. On ne nous a rien dit, on a juste reçu un e-mail. Des clients nous posent des questions et on ne sait pas quoi leur répondre.» Autre shop Sunrise, même inquiétude. «C’est un peu la douche froide», lâche une employée. «On espère que la politique salariale ne sera pas celle d’Orange, lâche un collègue. Au pire, je retournerai à mon ancien job, dans la mécanique.»
Les employés des shops ont fait leurs comptes. Ils savent qu’Orange et Sunrise ont chacun trois magasins à Lausanne et sont tous deux présents dans les principales villes du canton. «C’est clair qu’il va y avoir des licenciements», soupire une employée. Quelque 60 personnes travaillent encore dans des bureaux Sunrise, à l’avenue de Longemalle, à Renens. Nul ne sait pour l’heure le sort qui leur est réservé.
Renens abrite aussi depuis février 2009 le siège suisse d’Orange. 550 personnes y travaillent, soit plus de la moitié des employés de l’opérateur au niveau national. Des employés qui sont, pour certains, déjà habitués aux chamboulements: en février 2003, 200 postes avaient été supprimés entre Bussigny et Lausanne, des employés avaient été transférés à Bienne. Pourtant, hier à la pause de midi, peu d’inquiétudes chez Orange. «On s’y attendait un peu, lâche une employée, la cinquantaine. Je pensais que ce serait plutôt Sunrise qui avalerait Orange. J’espère qu’on ne va pas déménager: j’ai déjà connu quatre déménagements…» Cigarette aux lèvres, un quadra se veut philosophe: «Wait and see…»
JULIEN MAGNOLLAY
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