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Jean-Claude Biver ou tout l’art de rentabiliser son temps libre

MON WEEK-END IDÉAL | Horaire serré pour le patron de Hublot, qui jongle entre travail et loisirs en famille. Voilà un week-end réglé comme du papier à musique. «Cinq heures pour le sommeil, cinq heures pour le travail et quatorze heures pour la famille. C’est comme ça».

© PATRICK MARTIN | Sur son vélo préféré,un engin high-tech, tout en carbone, Jean-Claude Biver a un très net penchant pour les montées. Il enchaîne, l’été, les parcours entre Pully et Savigny. Sans oublier de réfléchir et de faire des affaires.

PHILIPPE DUMARTHERAY | 06.02.2010 | 00:01

Reprenons par le détail. Jean-Claude Biver travaille entre 4 heures du matin et 9 heures. «Pendant ce temps, ma famille dort». Il reste donc le temps de dormir et 14 heures de libre. Là encore, le décompte est vite fait. «Je compte 3 heures pour les repas. C’est un moment social, on cuisine ensemble. Enfin, je ne fais que la fondue. Ma femme le reste. C’est un moment de partage, c’est la communion de la nourriture et du vin.»

Le samedi soir, c’est parfois le temps des amis. Là encore Jean-Claude Biver impose sa cadence. «Le repas a lieu toujours ici, chez moi. C’est moi qui commande. A dix heures, je renvoie tout le monde.»

A l’horloge du temps libre, il ne reste plus que 11 heures à disposition. Ce sont les saisons qui dictent le tempo. «L’été par exemple, j’emmène mon fils Pierre à l’école de voile. Je le dépose à Pully et je prends ma bicyclette». Jean-Claude Biver s’engage alors sur la petite Corniche, rejoint la Croix sur Lutry avant de gagner, «c’est très raide», Forel et Savigny. Puis il plonge sur Lutry. «J’ai fait ce parcours des milliers de fois. Ensuite je vais rechercher Pierre».

Il n’est pas peu fier de son vélo. «J’en ai plusieurs, mais celui-ci m’a été offert par ma femme. On en a ensuite fabriqué trente pour les clients de Hublot. Il se vend à 22 000 fr. C’est un vélo exceptionnel, que l’on ne pourrait pas vendre dans le commerce.»

Sur sa monture en carbone, le célèbre horloger ne fait pas que de pédaler. Il réfléchit et lorsque des idées lui viennent à l’esprit, il utilise des petits trucs pour s’en rappeler. «Pour un produit, je garde en tête la lettre P, pour une soirée PF. Quand j’arrive à la maison, je cours écrire mon idée sur mon ordinateur.»

A vélo, il réfléchit et fait aussi des affaires. «Grâce à mon natel, j’ai dit oui à Bertarelli pour le deal Alinghi. C’était à bicyclette sous le Dézaley. J’ai précisé: je suis à vélo, je ne peux rien te signer mais l’affaire est conclue. Mais dans la montée de Glion, je ne réponds pas au téléphone, j’ai besoin des deux mains!»

S’il vit à 100 à l’heure, Jean-Claude Biver veut rester lucide. «Le destin m’a donné trois fois la réussite, Blancpain, Omega et Hublot. Je suis comme un athlète qui a gagné trois médailles d’or lors de trois Jeux olympiques. J’ai peur d’être trop gourmand. J’ai été préservé de tout malheur, je n’ai reçu que de l’amour et j’ai réussi dans le business. Je ne vais pas aller une 4e fois sur le manège. Le temps est peut-être venu de faire autre chose».

Le patron de Hublot devient subitement plus grave. «Je serai puni si je remets ça. J’ai reçu le maximum, je dois maintenant redonner le maximum. Je dois aider les autres, communiquer mon savoir, m’occuper d’enfants malades ou en difficulté. Dieu me demande de rendre. Hublot est consolidé, je peux maintenant regarder l’entreprise autrement. On est arrivé au-dessus de l’Everest. Tout cela a été fait grâce à mon équipe. Hublot peut fonctionner sans moi. Sans l’équipe Biver, je ne sais pas.»

Jean-Claude Biver songe-t-il à un départ précipité à la retraite? Pas vraiment. Très vite l’enthousiasme reprend le dessus. «Avec Hublot, on n’a fait que la moitié du chemin. Il reste tellement à faire…


 

«J’aimerais que l’on soit plus combatif, plus fière de nos valeurs»

– Un week-end raté?

– C’est un week-end où je ne suis pas à la maison. Un week-end où les enfants ne sont pas là. Un week-end où ça déraille, le train-train qui ne se fait pas. Dieu soit loué, ça n’arrive pas souvent. Des fois, je dois partir le dimanche matin. C’est à moitié foutu. C’est la même chose, les week-ends où il faut sortir le samedi soir, il faut s’habiller. En semaine, cela ne me dérange pas trop. Je suis people dans le sens où je suis souvent dans la presse. Je ne le suis pas car je ne participe jamais à des événements. Sauf exception, comme le salon de Genève

– Vous êtes friands de spectacles?

L’automne, c’est le cinéma, les expos, les visites de musées. Je vais au cinéma pour accompagner mes enfants. En général, je dors la moitié du temps.

– Et de lecture?

- Je lis mes mails. Mais c’est vrai, j’ai un petit faible pour les fables de la Fontaine ou pour Le petit prince de Saint-Exupéry.

– Et l’amitié dans tout ça?

– On a de temps en temps des amis à la maison. Toujours ici. Mes amis, ce sont des gens comme moi, comme le Dr Luc Moudon. On a fait les études ensemble. C’est un ami de cinquante ans. Lui allait en fac de médecine, moi à HEC. Mais je m’intéressais à la médecine, j’ai assisté à la première transplantation d’un rein en Suisse.

– Le week-end est-il aussi parfois politique?

– Ce qui m’intéresse, c’est la préservation de notre indépendance, de nos traditions, de notre suissitude. Je suis choqué par le peu d’enthousiasme à défendre ces valeurs-là. On se comporte comme des faibles. La politique m’intéresse dans le sens où j’aimerais que l’on soit plus combatif, plus fière de nos valeurs, fière de ce que les ancêtres ont fait. Quand je vois à quel point, on se liquéfie, par exemple avec le secret bancaire, face aux Américains et aux Anglais alors que les deux ont les plus grands paradis fiscaux de la planète, ça me tue. Ces gens viennent donner des leçons, presque nous voler, même si j’exagère un peu. Mais personne ne monte aux barricades. C’est un comble. On n’est pas faible. Il y a un réservoir de compétence dans ce pays, Il y a les meilleures écoles du monde, la meilleure école hôtelière, il y a les Ecoles polytechniques de Lausanne et de Zurich, ce sont des écoles qui sont au niveau planétaire. L’IMD (Institute for Management Development) de Lausanne planétaire! L’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne), planétaire! Mais de la politique, je ne pourrais jamais en faire. Je ne suis pas assez diplomate et patient.


 

Bio

1949 Naissance le 20 septembre à Luxembourg.

1975 Engagement chez Audemars-Piguet. «J’entre dans un métier que je ne connais pas.»

1980, 1982, 2000 Naissance de ses enfants, Loïc, Delphine et Pierre. «C’est magique, cela transforme un homme.».

1982 Démarrage de l’aventure horlogère avec Blancpain.

1992 Vente de Blancpain. «Je quitte l’état d’entrepreneur pour devenir manager dans le plus grand groupe horloger du monde. Je passe des commandes d’un biplan au Jumbo.»

2004 «Je quitte le Jumbo et reprends un biplan avec Hublot.»


 

Ses adresses

Philippe Rochat à Crissier. «J’y vais depuis 40 ans. Je mange toujours à la cuisine, jamais dans le restaurant. Je vais chez un ami.»

 

Le Tsalé en dessous de la Dent-de-Lyss, Les Paccots (FR), chez Raoul Colliard. «L’été c’est magnifique, c’est à pleurer. Il y a notamment une fondue divine.»

Le Tivoli à Châtel-Saint-Denis (FR). «Toujours égal à lui-même. 362 jours par année. Depuis 30 ou 40 ans, une fondue merveilleuse également. Que dire? C’est à pleurer aussi.»




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