
Somme toute, rien n’a vraiment changé. L’or reste cet actif physique qui semble donner la mesure de toute chose dans l’économie mondiale.
Il y a deux jours, son cours crevait le plafond des 1100 dollars l’once. Et de l’avis géné-ral, son goût pour l’ascension ne devrait pas changer dans les prochains mois, voire années.
L’or est bon à tout faire, et surtout à rassurer les investisseurs. «Souvenez-vous de la ruée sur ce métal précieux qui a suivi, avec quelques semaines d’écart, l’effondrement du système financier consécutif à la faillite de la Banque Lehman Brothers, explique Dominique Casai, fondateur d’URAM SA, gérant de fonds spécialisé dans le domaine des matières premières à Genève. Quand plus rien ne vaut quoi que ce soit, l’or reste le dernier refuge.»
Depuis, le système financier s’est plus ou moins rétabli, mais la hausse du cours de l’or est encore et toujours d’actualité. Là encore, c’est l’incertitude qui apparaît en filigrane. «Toutes les monnaies ont un problème. Aucune d’entre elles, dans la situation actuelle, n’a intérêt à s’apprécier contre les autres. Il y a une volonté générale de dévaluation reprend Dominique Casai. Face à ce phénomène, l’or s’impose tout naturellement comme un actif à détenir dans son portefeuille.»
Cette vérité ne s’applique pas seulement aux investisseurs privés. Les banques centrales suivent la même logique. C’est ainsi que le 3 novembre dernier, l’institut d’émission indien achetait environ 200 tonnes d’or au Fonds monétaire international pour la coquette somme de 6,9 milliards de dollars.
Et s’il n’y avait que la Banque centrale indienne. Les interventions identiques se sont multipliées ces derniers mois, et notamment par d’autres pays émergents comme la Chine.
Cette dernière est connue pour détenir des réserves de change considérables, corollaire d’une balance commerciale fortement excédentaire. Comme, à l’heure actuelle, ces devises sont mises à mal. c’est donc logiquement que la Banque centrale chinoise a décidé d’augmenter ses réserves d’or.
«Depuis quelque temps, on assiste à un double mouvement. Les banques centrales européennes vendent de l’or et celles de pays émergents achètent, constate le fondateur d’URAM SA. C’est aussi un signe du grand basculement du centre de l’économie mondiale de l’Atlantique vers le Pacifique.»
Malgré cette hausse constante du cours de l’or, Dominique Casai refuse de voir un emballement. «Cette hausse est régulièrement ponctuée par des prises de bénéfices. Des acteurs quittent le marché, d’autres arrivent. Mais je pense qu’on va inéluctablement assister à une ruée irrationnelle sur ce métal précieux.»
Cet affolement pourrait être provoqué par une inquiétude des investisseurs devant un grand retour de l’inflation, hypothèse plausible si l’on pense au gonflement des masses monétaires provoqué par les différents plans de relance économique.
«Cela dit, je ne crois pas qu’il faille s’alarmer d’un fort mouvement spéculatif sur l’or, souligne Dominique Casai. Au fond, ce marché ne menace en rien l’équilibre du système. Certes, des fortunes pourraient se faire et se défaire. Mais ce n’est pas une bulle à portée systémique. C’est surtout le signe que quelque chose ne va pas dans l’économie, une sorte d’indicateur que le système est grippé.»
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