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Pierre-Marcel Favre: «L’éditeur prend un risque immense et permanent»

ÉDITION | La maison Favre est l’une des rares à avoir bien vendu un ouvrage traitant de la crise du monde bancaire.

© JANINE JOUSSON | ​Après trente ans d’édition, Pierre-Marcel Favre est habitué à composer avec un chiffre d’affaires très variable en fonction du succès des ventes de ses livres. L’incertitude du métier n’interdit pas les coups de cœur, et chaque publication est un pari.

KATARZYNA GORNIK | 12.01.2009 | 00:02

Crise, perte de confiance dan s les banques, fin du libéralisme… Des mots qu’on retrouve sur toutes les lèvres, dans la presse et à la télévision… Et sur les étagères des librairies. Des dizaines de livres décortiquant le phénomène de l’année s’y empilent, édités principalement en France.

Les éditeurs ont parié sur la rentabilité d’un thème a priori formidablement rassembleur. Parmi ces ouvrages, quelques-uns ont paru en Suisse romande. Dont celui de Myret Zaki, journaliste financière au Temps, qui publiait aux Editions Favre, à la fin de 2008, UBS, les dessous d’un scandale.

Les Editions Favre ont bien fait de tabler sur l’intérêt des lecteurs pour les déboires de la grande banque suisse. Le livre de Myret Zaki s’est arraché comme des barres de chocolat chez un confiseur. Il s’en est vendu une «douzaine de milliers d’exemplaires», dont quelques-uns en France, indique l’éditeur vaudois. Un joli succès pour le marché romand, où écouler mille livres représente déjà une belle performance.

Mais le succès du livre de Myret Zaki est un cas à part, relève Pascal Vandenberghe, directeur général de la librairie Payot. Sa constatation: «A ce jour, la crise ne fait pas recette en librairie.» Mis à part cet ouvrage – à la 15e place des meilleures ventes 2008 de Payot – le livre suivant sur ce sujet se retrouve à la… 230e place. Il s’agit de celui de Jacques Attali, La crise, et après? . Et Pascal Vandenberghe de constater: «Plus généralement, sur les sujets d’économie et du capitalisme, aucun autre essai paru ces derniers temps n’a rencontré le succès attendu…» D’ailleurs l’éditeur de ce succès a été lui-même surpris: «On a beau avoir de l’expérience, du pif et du feeling… On ne sait jamais ce qui va marcher. C’est une prise de risque immense, et permanente.»

La France indispensable

Les Editions Favre ont été fondées il y a presque trente ans par un Vaudois, devenu célèbre pour avoir créé le Salon du livre en 1987: Pierre-Marcel Favre. L’homme a aussi gagné ses lettres de noblesse chez nos voisins. En novembre 2008, à Paris, il a rejoint les rangs des officiers des Arts et des Lettres de la République française. Il est aussi chevalier de la Légion d’honneur depuis 1996.

De Pierre-Marcel Favre, on connaît surtout l’image d’un entrepreneur, voire même celle d’un homme au sens des affaires aiguisé. Sa maison d’édition, qui publie 50 livres par an, se distingue à plusieurs titres.

Tout d’abord, Pierre-Marcel Favre a d’emblée envisagé le métier d’une façon pragmatique: «Il y a une dizaine d’éditeurs qui publient de la fiction.» Il a choisi de se démarquer. Le premier «bouquin» édité chez Favre n’était ni un roman, ni de la poésie: il traitait des gravures médicales. Au catalogue: des dossiers, des documents, de beaux livres (de photographes et de recettes de grands cuisiniers comme Rochat ou Carlo Crisci) et des biographies.

Pierre-Marcel Favre va piocher un livre dans sa bibliothèque de livres «maison». Intitulé Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secrets en Suisse romande, il réunit l’enquête d’une ethnologue et un répertoire d’adresses. Best-seller 2008, il s’en est vendu 20 000 exemplaires.

Autre particularité, Pierre-Marcel Favre ne se plaint guère de la situation précaire de l’édition – plutôt en marge par rapport aux exigences de rentabilité de «l’économie de marché». Mais il faut avoir les épaules pour supporter un chiffre d’affaires très fluctuant. Pour éditer 50 livres par an, l’éditeur s’appuie sur un peu plus de dix collaboratrices dont des stagiaires et une attachée de presse à l’antenne parisienne de Favre. Lui si attentif à la gestion des coûts considère ce poste comme indispensable. «Sans le marché français, nous n’existerions pas .» 




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