Une finale du Prix de Lausanne de très haute tenue

DANSE | Comment récompenser les meilleurs quand tous les finalistes sont excellents? Le jury n’a pas eu la tâche facile.

© JEAN-BERNARD SIEBER | Do Wijnen, récompensé à deux reprises, sort de l’école royale d’Anvers, berceau de nombreux talents.

JEAN-PIERRE PASTORI | 02.02.2009 | 00:01

Soir de fête au théâtre de Beaulieu où il pleuvait des étoiles, hier. La finale du 37e Prix de Lausanne a tenu ses promesses en alignant sur scène vingt talents en pleine efflorescence et en en distinguant sept. Le trio de tête compte une Néo-Zélandaise, une Chinoise et un Japonais. Suivent un Belge, un Portugais, déjà lauréat du concours, une Japonaise et un Chilien. Sept récipiendaires pour 20 finalistes: le palmarès est sans pitié. D’autant qu’aucun d’entre eux n’a démérité. Et que l’on peut s’étonner que ne soit pas récompensé le jeune Arménien de Zurich, Tigran Mkrtchyan, tout à fait prodigieux dans son Corsaire.

Excellence des candidats
Les voies du jury sont impénétrables, par essence. Le nombre limité de bourses à disposition ne peut qu’engendrer des frustrations. A plus forte raison quand la finale atteint le niveau de celle d’hier. A une ou deux exceptions près, tous les concurrents méritaient d’être honorés. Tout en compatissant à la déception de celles et de ceux qui sont restés à la traîne, on se réjouit de l’excellence des lauréats. A commencer par la Néo-Zélandaise Hannah O’Neill, tout juste 16 ans. Nullement décontenancée par la nécessité de sortir de scène pour relacer son chausson, cette belle jeune fille est dansante de la tête aux pieds. Et quels pieds! Souveraine dans sa Bayadère, elle a surpris, en tutu noir, dans une variation peu gratifiante de John Neumeier. Preuve que l’audace peut payer.

Derrière elle, la Chinoise Zhaoqian Peng, 16 ans et demi, aussi majestueuse en classique qu’en néoclassique (La Bayadère et Nocturnes): des bras d’une impressionnante finesse, des dispositions physiques exceptionnelles, le sens du geste plein et pleinement accompli. En troisième position vient la plus jeune finaliste, Miki Mizutani, 15 ans, peu expressive mais d’une très grande qualité de mouvement. Voilà une ballerine qui a du potentiel puisque c’est ce que le jury doit débusquer! Edo Wijnen, 4e, sort de l’école royale d’Anvers, berceau de tant de talents. Un Lac d’une grande noblesse, un Spring and Fall (Neumeier) où il montre une souplesse et un toucher de chat. Magnifique! Ce n’est pas pour rien que lui revient aussi le Prix d’interprétation contemporaine.

Le Portugais Telmo Moreira, 17 ans et demi, est également doublement récompensé. Prix du public et Prix de Lausanne. C’est même la 3e fois qu’il est distingué à Beaulieu: il y a deux ans, il avait remporté une bourse d’études à l’Académie Vaganova de Saint-Pétersbourg. Il ambitionnait cette fois une bourse de formation dans une compagnie. Il l’a eue grâce à sa puissance scénique et en dépit de sa courte taille. Qui aurait deviné qu’après un Corsaire pyrotechnique, il a dû passer entre les mains du Dr Bagutti pour cause de blocage des lombaires! Il lui restait à faire chalouper son Wrong Note Rag à la Fred Astaire! Mission accomplie.

La Japonaise Rina Nemoto, 17 ans, est remarquable d’élégance et de raffinement dans Raymonda ; d’intelligence du mouvement dans Nocturnes , où elle se fait vraiment l’écho des intentions du chorégraphe. Fermant la marche, le Chilien Sebastian Concha, 17 ans et demi, a proposé deux aspects éclatants de son talent: un Prince Désiré d’une grande noblesse et à la technique parfaitement dominée et, en contraste, un Nijinsky dramatique, voire désespéré. Le virtuose est remarquable; l’interprète l’est au moins autant.




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