
«Södertälje, c’est connu jusqu’en Irak. Tout le monde rêve d’y émigrer!» Se débattant avec un kebab dégoulinant, Karam Zicho, 21 ans, de Bagdad, a obtenu la permission de rester dans cette ville suédoise il y a un peu plus d’un an. Et, depuis, il s’escrime à apprendre la langue, pestant contre le boulot qui n’arrive pas.
Södertälje. C’est ici, à une trentaine de kilomètres au sud de Stockholm, qu’a grandi Björn Borg, et que Scania produit ses poids lourds. Mais, aujourd’hui, c’est pour sa vaste communauté irakienne que cette commune industrielle de plus de 80 000 habitants est connue dans le monde entier. Depuis le début de la guerre en 2003, près de 6500 réfugiés irakiens y ont trouvé refuge. Bien plus qu’aux Etats-Unis et au Canada réunis, répète le maire de la ville.
Pourquoi pareil afflux? Les racines. Depuis la fin des années 60, Södertälje héberge l’une des plus grandes communautés chrétiennes du Moyen-Orient en Europe (Syriens, Turcs, Irakiens). Ils sont 19 000, soit plus de 20% de la population de la ville. Et une nouvelle vague de requérants d’asile irakiens viennent y rejoindre leur famille, malgré le durcissement de la politique d’asile de la Suède.
Mais, aujourd’hui, Södertälje, modèle d’intégration, éprouve ses limites: crèches et écoles sont débordées, sans parler du manque d’emplois et de logements. «Plus d’un millier de requérants en attente d’une réponse vivent actuellement ici, soupire Marc Andaloussi, coordinateur de la politique d’asile de la ville. En Suède, ils peuvent s’installer où ils veulent, du moment qu’ils ont une adresse fixe dans le pays. Avec un tel afflux, difficile de les accueillir dignement.»
«Mon ami a été abattu»
Sinan Hermiz et Oday Jalo font partie de cette dernière vague de candidats à l’asile. Copains de quartier à Bagdad, qu’ils ont fui il y a un an, les voici réunis au kebab Babylon. Une fois par semaine, jamais plus, ils mangent «au resto», car leur allocation mensuelle de 260 francs suisses laisse peu de place aux petits plaisirs. A leurs côtés, Karam Zicho, chemise moulante, tatouages et envie de parler. Le jeune homme est venu retrouver des cousins à Södertälje et a décroché, lui, le précieux permis de séjour. «Il a de la chance, lâche Sinan. Maintenant, la Suède ferme ses portes, affirmant que notre pays n’est plus en guerre.» Ne manquant pas une miette de la conversation depuis sa table, un quinquagénaire intervient, agacé: «C’est le gouvernement irakien qui dit que le pays est sûr, pour attirer les capitaux et nous faire rentrer pour reconstruire. Si c’était vrai, pourquoi les ambassades étrangères ne rouvrent-elles pas, à Bagdad?»
Dehors, les premiers jours de beau amènent la foule sur la promenade du centre-ville. Sinan, une petite croix dorée autour du cou, revient sur les raisons de son exil: «Des milices islamistes nous ont dit de partir. Je ne prenais pas ces menaces au sérieux. Et puis, mon meilleur ami a été abattu devant moi…» Pour Karam, dont la mère a été assassinée, l’intégration est plus un vœu qu’une réalité. «Si tu ne parles pas parfaitement suédois, tu n’as aucune chance de trouver du travail, s’énerve-t-il. J’ai fait des stages comme nettoyeur ou conducteur de camion. Chaque fois, on me dit: «Bravo, mais il n’y a pas de place pour toi.»
Difficile intégration
Le trio de copains met le cap sur le quartier de Ronna, où il habite. Rebaptisé «Petit Bagdad», le secteur aligne ses barres d’immeubles aux antennes paraboliques, et sa station-service fait office de restaurant.
C’est là que travaille Nursel Awrohum dans une association d’entraide aux requérants: «Une partie de la population en a assez des étrangers. Et, avec le chômage en hausse, la nouvelle vague d’Irakiens peine à s’intégrer.»
Aujourd’hui, 40% des habitants de Södertälje sont des immigrants de la première ou de la deuxième génération. En réaction, deux partis d’extrême droite sont entrés au législatif de la ville. Chrétienne elle aussi, Raghad Iwaz est venue de Bagdad il y a trois ans. Permis de séjour en poche, elle a rejoint sa famille ici. Nerveuse, elle se tord les doigts en racontant: «A Bagdad, j’étais journaliste pour l’agence de presse américaine AP. Notre chauffeur et un cameraman ont été assassinés. Des hommes ont tenté de me kidnapper. Par chance, j’ai pu fuir. L’office des migrations suédois m’a cru, car mon patron américain m’avait rédigé une lettre.» D’autres auront moins de chance. Elle en connaît: «Leurs enfants que l’on accueille ici recommencent à parler de sang.»
Mais Södertälje reste un havre pour les chrétiens du Moyen-Orient arrivés il y a longtemps. Ils ont leurs députés, leurs commerces, leur club de foot et même une chaîne de télévision qui émet dans le monde entier. Leurs lieux de prière ne désemplissent pas. Ce dimanche-là, c’est le jour des rameaux à l’église chaldéenne catholique. Cravate et gilet assorti, un sexagénaire serre les mains sur le perron. Behnam Jabou Hanna, Irakien arrivé en 1994, accueille les nouveaux membres de sa communauté: «Les jeunes doivent être patients, l’intégration prend du temps, cinq ou dix ans. Mais aujourd’hui, ce sont nous les nouveaux Suédois.»
La Suède durcit le ton, les Irakiens viennent en Suisse
C’est mathématique. Depuis que la Suède a durci, en 2007, sa politique d’asile vis-à-vis des Irakiens, ces derniers tentent leur chance ailleurs en Europe. En Suisse notamment, qui a enregistré l’an passé une hausse de 50% de leurs demandes.
Si la Suède, connue pour sa tradition d’accueil, a serré la vis, c’est qu’elle était submergée par l’afflux de requérants irakiens. Longtemps, le pays a été leur premier refuge en Occident. De 2003 à 2007, il en a accueilli quelque 18 000; sur dix requérants, plus de sept obtenaient le statut de réfugié. Conséquence: 110 000 Irakiens vivent aujourd’hui en Suède, deuxième communauté étrangère après les Finlandais, et les infrastructures d’accueil sont saturées.
L’application de l’actuelle loi suédoise repose sur une décision d’un tribunal des migrations, assurant, en 2007, qu’il n’y avait plus de conflit armé en Irak. Le requérant doit désormais prouver qu’il est personnellement menacé dans son pays. Ce n’est pas tout. Les renvois ont commencé vers l’Irak suite à un accord de réadmission signé entre les deux Etats en 2008. Non seulement vers les provinces du nord, jugées pacifiées par la communauté internationale, mais aussi vers le reste du pays, provoquant l’ire des défenseurs des réfugiés. «Aucun Irakien du centre ou du sud ne devrait être expulsé jusqu’à ce que la situation sur place s’améliore de manière significative, condamne Hans ten Feld, représentant du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) en Scandinavie. La Suède est le seul Etat européen à avoir conclu un tel accord avec l’Irak.» Selon le HCR, un millier d’Irakiens seraient déjà retournés chez eux volontairement. Et une centaine d’entre eux auraient été expulsés. Le nombre d’Irakiens cherchant refuge dans le pays a chuté de deux tiers entre 2007 et 2008, et le taux d’acceptation de leurs demandes a dégringolé à 20%.
Renvoyé en Suède jeudi dernier, le requérant d’asile irakien, rendu célèbre en Suisse par le documentaire La forteresse, y a trouvé un avocat. Un recours contre le rejet de sa demande d’asile est sur le point d’être déposé.
La procédure pourrait durer un an. Avec l’aide financière de ses soutiens en Suisse, le jeune homme compte louer un studio dans la région de Stockholm, sans quoi l’Etat le logera dans un centre d’hébergement à plus de 1000 kilomètres au nord de la capitale.
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Les petites communes abandonnées par la Nation?
La justice est-elle trop clémente avec les mineurs?
«Ces enfants blessés seraient condamnés si l'on ne faisait rien!»
«Oui, on peut être tuteur et heureux!»
En février 2008, Agnès Maillard, l’extraordinaire (si, si !) blogueuse du Sud-Ouest de la France...
Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
Participez au sondage et au débat sur www.lesquotidiennes.com
Hé bein! Voilà un portrait dressé qui se reflète dans le miroir d'une Suisse saturée depuis longtemps et qui ne désenflera pas de sa plaie! Au contraire; manque de logements, finances sociales à sec, criminalité; etc. De quoi plaire aux mégalos-promoteurs des villes avec leurs projets de logements débiles tels que le quartier jouxtant le magasin Obi à Renens, le chantier à l'av. de la Gare à Chavannes-Renens, le projet (encore plus débile) le long des voies ferrées; Renens toujours et à présent, similaire débilomégalogique à (la gare de) Sion. J'ai hâte de lire les noms sur les boites aux lettres (cf. bâtiments subventionnés récents rue du Simplon à Renens, par exemple). A la place de faire le ménage, empilons, "empirisons", saignons nos budgets comme nos rues et en parallèle, construisons des prisons à la mesure du contenu compact étagés que devient la Suisse de l'immigration.
Espérons qu'elle se durcira et vite.