
Elle se prénomme Sophie. A 26 ans, la ravissante Hollandaise d’Amsterdam revient de très loin. En janvier 2005, un cancer rare du poumon fait irruption dans sa vie d’étudiante de 21 ans. Dans un livre devenu best-seller dans son pays, une sorte de croisement entre Bridget Jones et Sex and the City , elle raconte ses deux ans aux prises avec son rhabdomyosarcome. De façon parfois crue, toujours directe, avec ses mots de jeune fille contemporaine un peu perdue. L’ouvrage sort cette semaine en français. L’un des premiers à rendre compte, avec une justesse de ton qui force l’admiration, de ce rendez-vous avec le crabe contre nature quand on vient de fêter ses 20 ans.
Elle y raconte, aussi, comment elle a choisi de changer de peau pour s’en sortir: neuf postiches, neuf personnages, selon ses humeurs et ses envies. Rencontre à Paris avec Sophie van der Stap. «La fille aux neuf perruques» s’y est installée pour apprendre le français et travailler à un premier roman. «C’est au mois d’octobre 2004 que j’ai eu mal la première fois. Des lancements au foie qui me réveillaient la nuit. Je me sentais aussi fatiguée. Un jour, à la fin de cette année-là, alors que j’étais au cours en sciences po, j’ai ressenti une violente douleur. Après quelques semaines aux antibiotiques, le médecin m’a hospitalisée pendant une semaine pour des examens.»
Une vilaine tumeur
Le diagnostic tombe: «Vous avez une vilaine tumeur sur la plèvre, la membrane qui entoure le poumon. Nous ne savons pas si nous pourrons vous aider.» «Le surlendemain, on m’a dit: il y a un traitement mais nous ne sommes pas sûrs d’éradiquer la tumeur pour toujours. Je n’ai plus peur aujourd’hui, mais cette phrase reste toujours quelque part dans ma tête.»
«La vie est devenue mon ennemie. On se sent tellement seul avec ça à 20 ans.» Après une première chimio de deux mois, lorsque le scanner de contrôle montre un léger recul de la tumeur, Sophie retrouve de l’énergie. Au fil des semaines, alors que tombent tous ses jolis cheveux blonds et ses projets d’avenir, la jeune fille apprivoise sa nouvelle vie.
Paradoxalement, tandis qu’elle affronte la précarité de son existence et réalise que le temps lui est compté, elle atteint une plénitude et un bonheur intenses. «Je me sentais libérée de toute pression, libre de faire absolument ce que je voulais. Je ne devais plus trouver ma voie, suivre le cursus que la société nous impose. Je n’étais plus en quête. Tout mon temps m’appartenait, je le passais avec mes parents, mes amis, mon amoureux, qui m’aimaient et m’entouraient. J’étais à la fois pleinement heureuse et triste parce que je savais que je devrais peut-être leur dire au revoir. Mais j’aimerais surtout dire que la vie ne s’arrête pas parce qu’on est malade.»
Elle qui détestait écrire se met à consigner ses émotions dans un journal. La Sophie malade, et désormais chauve, est toujours une jeune fille qui a envie de séduire, de rencontrer des garçons, de tomber amoureuse, de faire l’amour, de s’éclater en boîte. «La première perruque, c’était la cata. On me donnait 60 ans!»
Sophie transforme alors la nécessité de cacher son crâne dégarni en un jeu de rôles et d’identités. Dans un magasin qui vend des perruques pour acteurs de théâtre, elle en acquiert successivement neuf, pour autant de looks et de féminités différents dans lesquels elle adore se glisser. Pour chacun, elle choisit un prénom.
«Je suis quelqu’un d’autre! Je ne suis plus Sophie, mais Stella la bourge coincée, Daisy la Barbie aux belles boucles blondes, Sue l’effrontée au casque roux ou Blondie la jeune femme branchée», note-t-elle d’abord dans un article qu’elle envoie à un magazine, puis dans le livre qui la propulsera à la TV et dans les journaux. La fille aux neuf perruques a déjà été traduit en allemand, en italien, en lituanien et en portugais.
«Les perruques m’ont aidé à oublier la maladie, à la vaincre. J’en suis convaincue. Je ne les porte plus aujourd’hui, mais elles me manquent!» Lorsqu’arrive le jour, après deux ans de chimios et de radiothérapie, où le médecin annonce à Sophie que «la tumeur est morte», elle note: «Je suis de nouveau dans la course!»
L’angoisse de l’agenda vide
«C’était la meilleure nouvelle que je pouvais recevoir. Pendant quelques mois, j’étais au septième ciel. Mon livre est sorti, les journalistes me sollicitaient partout. Ensuite, je me suis retrouvée avec la grande question: quoi maintenant? Mon agenda était vide. Je n’arrivais pas à me projeter dans l’avenir.»
Ce retour dans la vie, avec la question du sens à lui donner, la jeune femme le raconte dans un second livre. Entre-temps, elle a choisi. «Je veux continuer à écrire. Si cela ne marche pas, j’aimerais un jour ouvrir en France une chambre et une table d’hôtes. Ma mère le fait à Amsterdam. Ma chambre et celle de ma sœur sont devenues un B & B!»
Sophie est désormais redevenue une jeune fille comme les autres. Avec un agenda bien rempli. Mais pour avoir cheminé aux côtés d’autres jeunes malades, dont certains n’ont pas eu la chance de s’en sortir, elle connaît le prix de la vie. «Je cherche à nouveau mon chemin. Mais ce que j’ai traversé m’a beaucoup appris. Le cancer m’a aussi permis de savourer l’essentiel. Je suis motivée à ne pas l’oublier.»
Sophie van der Stap. La fille aux neuf perruques. Presses de la Cité. 235 p.
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