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Trois ex-otages des Farc éreintent sainte Ingrid Betancourt

TÉMOIGNAGE | Récit à trois voix des codétenus américains de l’otage la plus célèbre du monde. Un livre pas tendre qui provoque un certain malaise.

© KEYSTONE | I ngrid Betancourt, qui s’est refusée à tout commentaire, est en cours de rédaction d’un livre sur sa détention chez les Farc.

OLIVIER BOT | 27.02.2009 | 00:02

«Je ne pouvais croire qu’Ingrid nous traitait comme elle l’était par les Farc.» Les mots sont durs, excessifs. A la lecture du témoignage de ces trois Américains qui ont partagé des années de captivité avec Ingrid Betancourt, l’image de la sainte ressort bien écornée.

Dans Out of Captivity, sorti hier aux Etats-Unis, Keith Stansell, Thomas Howes et Marc Gonsalves témoignent de leurs cinq ans et demi de détention dans les camps des Farc perdus dans la jungle colombienne. Enchaînés, affamés, contraints aux privations et aux marches forcées, les trois militaires qui racontent, se souviennent aussi d’Ingrid, l’otage la plus célèbre de la guérilla marxiste. Et ils n’en disent pas que du bien.

On ressort un rien mal à l’aise des passages de ce récit qui décrivent par le menu les mesquineries qui pourrissent la vie de codétenus jaloux, suspicieux, animés par l’instinct de survie jusqu’à l’égoïsme. Même si ce déboulonnage de la statue de la Liberté franco-colombienne, retrouvant la lumière le 2 juillet dernier, lui redonne aussi sa part d’humanité, ombres comprises.

«Pas de place pour vous»

Capturés après le crash de leur hélico, les trois militaires en mission antidrogue arrivent dans le camp où la candidate à la présidentielle colombienne se trouve déjà depuis près d’un an. Et elle ne leur souhaite pas la bienvenue. «Il n’y a pas de place pour vous, ici», lance-t-elle. «Au troisième jour, elle m’a dit qu’elle était allée voir les Farc pour leur demander que nous soyons déplacés. J’ai appris ensuite par un de nos geôliers qu’elle avait adressé un mot à Sombra (un chef Farc) à ce sujet parce que nous étions des agents secrets de la CIA», explique Keith, le plus remonté des trois. «Comment une compagne de captivité pouvait-elle nous faire courir un tel danger? Nous aurions pu être exécutés parce qu’elle voulait plus d’espace à elle dans notre baraquement.»

Mainmise sur la radio

Keith, le marine, décrit Ingrid Betancourt comme celle qui est au «sommet de la hiérarchie» des détenus, pétrie d’un «incroyable sens du privilège». Tom, le pilote d’hélico, la dépeint comme charmante et charismatique, mais voulant «prendre l’ascendant, le pouvoir sur nous». Il s’énerve de ce qu’elle détourne un grand T-shirt dont son ami Keith aurait eu bien besoin. De sa mainmise sur la radio, sur un précieux dictionnaire, sur les livres qu’elle conserve jalousement sous son lit, refusant aux autres de les lire. Mais, a contrario, il est aussi touché par la compassion dont elle fait preuve face à sa détresse… Puis, par sa mise à l’isolement dans un autre camp où il la retrouve quelques mois plus tard. Marc, l’aviateur, est critique aussi. Mais cela ne l’empêchera pas de tomber amoureux…

Contactée par l’agence de presse AP, Ingrid Betancourt s’est refusée à tout commentaire. Elle se consacre, en ce début d’année, à l’écriture d’un livre sur sa détention de six ans et cinq mois chez les Farc.




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