
Banques dans la tourmente, convulsions politiques, sauvetage. Bien avant l’actuelle crise financière mondiale, les Genevois et Vaudois avaient déjà eu l’occasion de se familiariser avec ce vocabulaire calamiteux. Leurs deux banques cantonales ont, en effet, essuyé la tempête récemment. Pour le Vert Luc Recordon, conseiller aux Etats vaudois et membre du conseil d’administration de la BCV, ces événements apportent des enseignements. «Les Vaudois ont obtenu des actions. Contrairement aux Genevois, qui ont perdu de l’argent.» Il jette ainsi un regard sans concession sur le plan Paulson, l’opération de sauvetage à 700 milliards, votée vendredi dernier par le Congrès américain. Pour colossale qu’elle apparaisse, cette enveloppe souffre néanmoins de la comparaison avec les précédents lémaniques.
A Genève, le naufrage de la BCGe a pu être évité par l’Etat, en 2000, grâce à une intervention à hauteur d’environ 11 100 francs par Genevois. Soit 5 milliards de francs pour 450 000 habitants. En 2002 et en 2003, le sauvetage de la BCV par l’Etat de Vaud s’est chiffré, lui, à 2 milliards pour 600 000 Vaudois: 3333,3 francs par habitant. Retour aux Etats-Unis, où le plan Paulson de 700 milliards équivaut à une participation publique de l’ordre de 2333,3 dollars par Américain – ils sont 300 millions. Au taux de change actuel: 2638 francs suisses.
Les interventions de l’Etat, Luc Recordon n’y est pas opposé. Mais demande des précautions. «Si des pouvoirs publics injectent des fonds dans des sociétés à sauver – banques ou autres –, elles doivent obtenir en échange des actions, éventuellement des bons de participation. Ces titres, ultérieurement négociables, sont donc assortis de quelque espoir de retrouver la mise initiale.» Ce fut le cas pour le canton de Vaud qui, avec sa participation directe au capital-actions de la BCV, peut espérer rentrer dans ses fonds, voire réaliser à terme une plus-value. L’Etat de Genève, lui, avait choisi de racheter les dossiers à risques et de les transférer dans une fondation créée pour l’occasion: la fondation de valorisation, dite aussi «des casseroles». Sept ans plus tard, on estime la facture finale pour le contribuable genevois à quelque 5100 francs. Car des crédits pourris à hauteur de 2,3 milliards n’ont pu être «valorisés».
Le plan Paulson ressemble au sauvetage de la BCGe
Le plan Paulson, si on n’en connaît pas le détail, ressemble furieusement au plan de sauvetage genevois. Notamment parce qu’il corrige une situation difficile en acquérant les produits toxiques. Luc Recordon met en garde. «L’erreur est de racheter des créances ne valant plus grand-chose au prix qu’elles auraient dû valoir, sans guère d’espoir de recouvrer l’essentiel de la somme: le secrétaire d’Etat au Trésor des Etats-Unis (ndlr: M. Paulson) a causé des dégâts en ne tenant pas compte de ce précepte.»
Le retour de la confiance se fera, selon l’avocat Vert, non pas forcément par une intervention ponctuelle (aussi massive soit-elle), mais par un assainissement et une clarification des règles. «Les mesures internationales sont primordiales et je les vois plutôt dans un nouvel «Accord de Bâle» (ndlr: normes bancaires de prudence édictées par les banques centrales), mais liant les Etats-Unis, celui-ci! Il devrait être axé sur diverses mesures de régulation, et de la discipline de crédit lorsque celle-ci tend à se relâcher ou à ne pas exister par domaines. Comme ce fut le cas avec les crédits titrisés.»
Aussi, ces situations d’urgence économique, et les solutions proposées, brassent les idéologies des politiques de manière étonnante. L’Etat libéral américain nationalise ses institutions en difficulté. Ou du moins ses pertes, selon certains. Comme l’a fait, à Genève, la socialiste Micheline Calmy-Rey, alors ministre des Finances du canton. Tandis que le sauvetage de la BCV par l’Etat vaudois a été piloté par un capitaine radical: Jacqueline Maurer.
« La garantie de l’épargne n’est pas de première urgence »
Interview de Luc Recordon, conseiller aux Etats vaudois, et membre du conseil d’administration de la Banque cantonale vaudoise (BCV). Lors de la dernière session parlementaire, il a notamment défendu avec vigueur devant la chambre haute la motion du socialiste fribourgeois Alain Berset « surveillance des marchés financiers » (motion rejetée).
- La Suisse n’offre pas de garantie de dépôt comparable à celles des autres pays européens. Ne devrait-elle pas agir au plus vite afin de rassurer les épargnants ?
- La fixation de la garantie des dépôts d’épargne, par exemple à 100 000 francs, n’est pas de première urgence. Car la menace pesant sur ces dépôts semble à ce jour assez improbable en Suisse et une décision précipitée pourrait donner aux marchés, déjà hypernerveux, l’impression que la situation chez nous est plus grave qu’elle n’est en réalité.
- La Suisse ne devrait-elle pas s'impliquer davantage dans un plan de sauvetage généralisé européen? Or, l’impression est que le Conseil fédéral est parti en vacances.
- A ma connaissance, nous ne sommes pas requis, pour l’instant, pour un sauvetage européen. En revanche, il faut rester très vigilant sur tous les points de la crise financière. Le Conseil fédéral ne doit pas partir en vacances, ou alors en veillant à rester à disposition à très bref délai pour siéger
- Vous demandez, en substance, un Bâle III ?
- Un tel accord pourrait viser aussi les risques de l’interconnexion bancaire mondiale, le risque intrinsèque des produits structurés et de leur méconnaissance par le public, voire par beaucoup de professionnels, enfin la sauvegarde de la liquidité des banques. Pour mémoire, Bâle I et Bâle II, boudés par les Etats-Unis, portent respectivement sur le minimum de fonds propres et sur la maîtrise du risque des crédits directs (non titrisés ou non inclus dans des produits structurés), par un système convenable de cotation (rating) des «contreparties» des banques et de taux d’intérêts (pricing) liés à cette cotation. Au lieu de Bâle III, on entend des propositions pour réviser le système de Bretton Woods (BW); toutefois les Accords de BW sont gérés par le FMI et par la Banque mondiale, tandis que les Accords de Bâle le sont par les banques centrales et par la Banque des règlements internationaux, ce qui me semble plus approprié. Mais l’influence étatsunienne est sans doute moindre sur Bâle que sur BW. Xavier Alonso
En vacances deux semaines, nous vous proposons de (re)découvrir une partie des rencontres mises en ligne durant ce premier trimestre 2010:
Les petites communes abandonnées par la Nation?
La justice est-elle trop clémente avec les mineurs?
«Ces enfants blessés seraient condamnés si l'on ne faisait rien!»
«Oui, on peut être tuteur et heureux!»
C'est le médecin et psychanalyste anglais Michael Balint qui a commis voici quelques décennies...
Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
Participez au sondage et au débat sur www.lesquotidiennes.com