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Effet rétroactif: «Nous n'avons pas vraiment eu l'occasion d'en parler»

ABUS SEXUELS | Seuls les abus commis après le 30 novembre 2008 pourront être dénoncés sans limite de temps. Un drame a mis en lumière une évidence juridique contestée par la Marche blanche.

© PASCAL FRAUTSCHI | Avec cinq objets de votation en cette fin novembre 2008, la crise financière qui grondait, Hans-Rudolf Merz convalescent et Eveline Widmer-Schlumpf assurant son intérim, la campagne sur l’imprescriptibilité des actes sexuels avait été qualifiée de non-campagne.
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Xavier Alonso, Berne | 12.05.2009 | 00:03

«Lors de cette campagne, l’intérêt était très bas. Nous n’avons jamais eu l’occasion d’en parler.» Pour Brigitte Hauser-Süess, porte-parole de la ministre de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf, les choses sont claires. Il était évident pour tout le monde qu’une victoire de l’initiative «Pour l’imprescriptibilité des actes pédophiles» – votée le 30 novembre dernier – n’entraînerait aucun effet rétroactif.

Apparement pas. La question, technique dans son fonds juridique, a pris ainsi une tournure dramatique à la lumière du désespoir d’une Genevoise qui s’est suicidée le 5 mars dernier. A côté du corps de Valérie*, une lettre officielle lui stipulait que l’imprescriptibilité ne s’applique qu’aux nouveaux cas. Il est vrai que la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf l’avait précisé au soir de sa défaite: «Les personnes ayant été abusées avant ce dimanche (ndlr: le 30 novembre) ne pourront pas invoquer l’imprescriptibilité.»

Mais cet argument n’a en soi jamais été développé lors de la campagne qui a précédé la votation. Pour mémoire, avec cinq objets de votation en cette fin novembre 2008, la crise financière qui grondait et le sauvetage d’UBS en pleine polémique, Hans-Rudolf Merz convalescent et Eveline Widmer-Schlumpf assurant son intérim, la campagne sur cet objet avait été qualifiée de non-campagne… Les feux de l’actualité étant braqués ailleurs, entre autres raisons. Ainsi, Folco Galli, chef de la communication de l’Office fédéral de la Justice, rappelle qu’il avait préparé l’argumentaire «rétroactivité» en vue de la campagne, mais qu’«il n’a peut-être jamais été abordé», et notamment parce que «la non-rétroactivité est un principe fondamental du droit pénal».

Chacun son évidence
Cette évidence s’illustre dans les débats (TV et radios) et articles de presse qui ne l’abordent que rarement. «Cela n’a jamais été un thème parce qu’on était tous d’accord», dit Christian Luscher, conseiller national libéral et opposant à cette initiative. Par exemple, lors d’une émission de débat politique Infrarouge du 30 octobre, la question de porter plainte des années après les faits est posée à une victime qui dit qu’elle le fera. Mais aucun des acteurs du débat ne corrige ni ne clarifie la problématique de la non-rétroactivité.

«La rétroactivité va de soi. Pendant la campagne, pour nous c’était évident», plaide Christine Bussat, présidente de Marche blanche. «D’ailleurs, un des arguments de nos opposants était de dire que les tribunaux allaient être pris d’assaut. C’est bien la preuve qu’il y a beaucoup de mauvaise volonté.»

Au Département de justice, on rappelle que le message du Conseil fédéral était limpide et qu’il aurait fallu que l’initiative de Marche blanche inscrive cette notion dans son texte pour qu’on en débatte. Comme l’a été le terme jugé peu clair d’«impubère». Sa déception, Christine Bussat l’a déjà exprimée en février dernier lors des consultations du groupe de travail qui planche sur la loi d’application. Ce juridisme fait bondir Oskar Freysinger (UDC/VS), signataire de l’initiative, qui entend revenir à la charge par les biais d’une initiative parlementaire. «Bien sûr qu’il y a eu campagne! Nous ne sommes pas revenus au point de départ, analyse Christine Bussat.

L’intention de notre texte a été approuvée par le peuple. Le reste est une question de volonté parlementaire. La rétroactivité de l’imprescriptibilité est juridiquement possible.»

* Nom connu de la rédaction


 

COMMENTAIRE DE SERGE GUMY, CHEF DE LA RUBRIQUE SUISSE

Une suite tragique de non-dits

Le suicide de Valérie* révèle les non-dits qui ont marqué toute la campagne précédant la votation sur l’imprescriptibilité des actes pédophiles.

Non-dits d’Eveline Widmer-Schlumpf et des adversaires de la Marche blanche, d’abord. De bonne foi sans doute, ils considéraient comme connu de tous le principe de non-rétroactivité des lois. Principe selon lequel il n’est pas possible de poursuivre après coup des faits commis avant qu’une loi n’entre en vigueur. Las: si nul n’est censé ignorer la loi, tous les citoyens ne sont pas juristes.

Non-dit des médias ensuite, qui sont passés à côté de ce débat et ont oublié d’informer les victimes sur leurs droits.

Non-dits enfin, et surtout, de Marche blanche. Les auteurs de l’initiative disent aujourd’hui que pour eux, il allait de soi que les victimes d’actes commis avant le 30 novembre 2008 pourraient porter plainte en cas de oui. Ils auraient mieux fait de le dire. Leur silence est certes plus maladroit que coupable. Mais il montre les limites potentiellement tragiques de textes de loi dictés sous le coup de l’émotion.




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Par Celestina le 14.05.2009 - 12:30

Je pense qu'on ne peut pas mettre sur le dos de l'Etat, ni de personne, le suicide de Valérie. La responsabilité d'un acte si grave lui revient, demander pardon ne la débarasse pas de son tort (d'ailleurs, pourquoi le fait-elle?) Trop facile, d'ailleurs... Elle n'a pensé qu'à elle, elle n'a pas pensé ni à son mari ni à ses enfants. Les conséquences d'un suicide sont très nefastes pour sa famille, pour son entourage et pour les générations futures. Voulez-vous ouvrir la porte et justifier de la sorte d'autres suicides de personnes dans son cas ? Son père était un monstre, et toutes les personnes qui abusent d'un enfant sont des êtres abominables. Parler et exprimer sa souffrance reste le meilleur des remèdes à nos maux. Le suicide n'est jamais une solution, tout au contraire, c'est ouvrir la porte aux souffrances de personnes innocentes.

Par JNArno le 12.05.2009 - 10:54

Je suis étudiant en première année de droit et pour moi même et mes collègues, le principe de non rétroactivité est l'une des bases de nos cours de droit pénal. les attaques de M. Freisinger ne concerne que la politique et non pas le juridisme. Je rejoins d'ailleurs Kata qui dit que les initiants auraient dû un peu mieux faire leur travail: il n'y a aucune base prévoyant la rétroactivité. Au surplus, les juristes pourraient vous renvoyer sur un autre grand principe du droit pénal: le principe de la lex mitior qui stipule que lorsqu'un crime a été commis avant l'entrée en vigueur d'une norme pénal et qu'il est jugé après l'entrée en vigueur, on appliquera la loi la plus clémente à l'accusé, en l'occurence, la prescriptibilité. c'est un principe de base, sinon, admettons qu'en 2025 une initiative populaire passe rendant punissable le fait de faire partie de l'UDC, si ici aussi, on appliquait la rétroactivité, M Freisinger aurait du souci à se faire! Oui je sais, mon exemple ne tiens pas la route... mais pas tant que ça... comparez les lois actuelles avec celles d'il y a 200 ou 100 ans, tout a changé! et certaines choses normales maintenant ne l'étaient pas avant!
Permettre la rétroactivité ici, c'est balayer la sécurité juridique et ouvrir la porte à la rétroactivité dans d'autres cas!!

Par Osezdire le 12.05.2009 - 06:36

Pas vraiment eu le temps d'en parler...

Crise financière...

Crise de l'UBS...

Et attendant, c'est l'espoir de milliers de victimes qui a été trahi, baffoué car une fois de plus, elles ont été manipulé.

Il serait grand temps que ce fléau soit pris très au sérieux. Et qu'une approche différente soit faite au plus vite.

Par Kata le 12.05.2009 - 00:27

" La rétroactivité de l’imprescriptibilité est juridiquement possible." Encore un mensonge, maintenant ça suffit ! Il me semble qu'il suffit de regarde la plus basique des séries américaines pour connaître ce principe fondamental du droit pénal et pour le surplus du droit tout court. Sinon il suffirait de tripler les impôts pour les années 2000 à 2005 pour renflouer les caisses. Ou de promulguer des règles disant qu'il faut au moins 400'000 citoyens pour initiative populaire pour annuler toutes celles de ces 100 dernières années. C'est une simple question de bon sens, cela est tout à fait ridicule d'accuser "le juridisme" alors que c'est bien les parlementaires (dont fait partie M. Freisinger au passage) qui font la loi et non les juges. Pour le surplus, la moindre des choses quand on rédige une initiative parlementaire, c'est de faire le travail sérieusement. Et pour cela pas besoin d'être juriste. On ne parle pas de procédure mais droit de fond. C'est comme la cuisine de base et le vélo, tout le monde peut en faire il suffit d'y mettre du sien. On ne demandait pas non plus aux initiants de réviser le droit du travail. Les conséquences difficiles du faux débat ayant eu lieu doivent être combattues au plus vite.

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