Le coffre-fort suisse intéresse peu les travailleurs roumains
MIGRATIONS | La Roumanie connaît un boom économique. Ses travailleurs souhaitent donc rester chez eux. Et tant qu’à migrer, ils n’iraient pas en Suisse, mais dans un pays à plus forte diaspora roumaine.
© PATRICK MARTIN | Livio Hürzeler, ambassadeur de Suisse en Roumanie, n’a ouvert ce coffre 100% helvétique qu’à 76 reprises en 2008, alors qu’il aurait théoriquement pu le faire mille fois. A l’intérieur: les visas pour les travailleurs roumains à destination de la Suisse. Selon le diplomate, une extension de la libre circulation à la Roumanie ne devrait pas beaucoup changer la donne.
Laurent Grabet | 27.01.2009 | 00:01
Livio Hürzeler peut dormir tranquille. Personne ne viendra percer son imposant coffre-fort rouge à croix blanche. C’est là que l’ambassadeur de Suisse en Roumanie range les visas à l’attention des travailleurs roumains candidats à l’immigration. Or, ces documents, pour l’instant, sont loin de s’arracher.
«En 2008, 76 personnes en ont bénéficié, pour 1000 places possibles, explique le diplomate. L’éventuelle extension de la libre circulation des travailleurs à la Roumanie le 8 février prochain ne changera pas la donne. La Suisse est admirée ici, mais ne fait pas rêver. En Roumanie, il y a de l’espoir, de l’avenir et un présent! Les gens compensent quarante-cinq ans de frustrations communistes.» A preuve, les Porsche et Hummer rutilants qui côtoient dans les embouteillages de Bucarest les Dacia rouillées de l’époque Ceausescu.
«Le pays a fait du chemin»
«Dans l’image qu’ils ont de la Roumanie, les Suisses sont restés bloqués à 1989, au charnier de Timisoara et aux orphelinats. Mais le pays a fait du chemin depuis!» assène Serge Gonvers. Dans les locaux de sa fiduciaire, avec vue sur les néons de la place Uniri, le Vaudois de Lussy-sur-Morges expatrié depuis quinze ans enchaîne les rendez-vous. Des dossiers s’entassent jusque dans les toilettes de sa petite entreprise.
«Mon problème n’est pas de trouver du travail – j’en ai même trop, et je gagne plus qu’en Suisse – mais de recruter des gens pour le faire! Les Roumains qui devaient partir sont partis. Je ne crois pas que la Suisse ait tellement à offrir aux autres. Cette hantise de l’invasion est débile! En Suisse tout est déjà fait. En Roumanie tout reste à faire et la crise ne va quasiment rien y changer.»
Sur ce dernier point, le CEO de la filiale roumaine d’Holcim, Markus Würth, n’est pas si catégorique. Mais la croissance de 22% enregistrée dans son secteur l’an dernier, les immeubles qui poussent jusque sous ses fenêtres et les 30 milliards d’euros qui seront versés par l’Union européenne d’ici à 2013 le rassurent en partie. Crise ou pas, le Bâlois ne croit pas à une invasion de Roumains en Suisse. Même si «les Roumains nous apporteraient beaucoup: ces gens en veulent!»
Le parcours d’Ovidiu Chiorean l’illustre à merveille. Aujourd’hui manager chez Deloitte , poids lourd mondial de l’audit, le Roumain s’installe à Fribourg en 1990, «juste après cette soi-disant révolution». Sur les bords de la Sarine, son enthousiasme et son français «appris dans Pif Gadget» font des miracles. Ovidiu préside l’association des étudiants, suit les cours pas toujours magistraux de Joseph Deiss , escalade un 4000 au sein du Club alpin local et travaille notamment au Credit Suisse avant de rentrer au pays en 2000.
Certains fléaux demeurent
Aujourd’hui, le quadragénaire gagne 7000 fr. par mois - soit environ seize fois le salaire moyen. Il se verrait pourtant bien revenir en Suisse, loin des pesanteurs politico-administratives et des spaga (bakchich) qui vont trop souvent avec. «D’autres compatriotes, notamment des médecins très peu payés ici, pourraient être attirés par vos salaires, mais votre pays est vu comme cher et culturellement difficile d’accès.»
Sur le campus scientifique de Grozavesti, Alexandru Radu, étudiant en informatique, confirme: «La Suisse ne me fait pas envie, surtout quand je vois la façon dont nous y sommes vus!» Sorin Juverdeanu, futur architecte est moins regardant: «Ici, je ne vois pas trop quoi faire à part construire de gros bâtiments ne ressemblant à rien. Alors, travailler en Suisse sur des projets novateurs, pourquoi pas?» Mais comme nombre de ses camarades, le jeune homme préférerait s’envoler vers l’Espagne, l’Italie, la France ou la Grèce. Question de mode de vie et de climat plus colorés.
Des couleurs, il en manque singulièrement dans ce quartier grisâtre à majorité rom du cinquième arrondissement de Bucarest. Anghelus Mihaita et sa petite famille y résident depuis toujours et n’ont pas l’intention de le quitter. L’installateur sanitaire de 30 ans s’est mis à son compte et gagne 4000 francs par mois. «Je vis bien ici, et en plus, je peux compter sur mes parents, chez qui nous habitons», explique le jeune papa emmito uflé dans une veste aux couleurs de son pays. Lui et sa petite Alexandra rayonnent. L’ambassadeur et son coffre rouge à croix blanche ne recevront pas leur visite de sitôt.
«Il nous manque 50 000 travailleurs!»
Le gouvernement roumain encourage le retour des expatriés au pays. Explications de la responsable du programme, Mihaela Matei (Photo: Patrick Martin).
– En quoi consiste la politique de retour lancée il y a un an par le précédent gouvernement?
– A faire rentrer au pays quelques-uns des 2,1 millions d’expatriés, notamment en les informant de la possibilité d’y créer des entreprises en bénéficiant d’aides européennes. Notre pays a besoin de 50 000 travailleurs et a dû faire venir des Chinois, des Turcs et des Moldaves pour faire face à cette situation. On estime pour l’instant à quelques milliers les Roumains revenus.
– Les expatriés représentent pourtant une manne pour le pays…
– C’est vrai. Ils touchent en moyenne 1200 euros par mois. En 2008, ils ont rapporté au pays 7,7 milliards d’euros, soit 5,5% du produit intérieur brut de la Roumanie. Leur départ massif au début des années 2000 a fait chuter le chômage de 14% à 6% mais a aussi eu des conséquences négatives. Leurs enfants sont parfois restés au pays. Elevés par des proches, ils manquent aujourd’hui de repères et cela commence à devenir un véritable problème social.
– Que dites-vous aux Suisses qui craignent une invasion roumaine?
– Les Roumains ne s’implanteront pas massivement chez vous. Votre pays est considéré comme cher et culturellement moins attractif que l’Espagne ou l’Italie. La communauté roumaine y est trop petite pour lancer le mouvement. Beaucoup de personnes ont déjà émigré en Europe de l’Ouest; il reste donc peu de candidats au départ.
– La crise économique ne risque-t-elle pas de provoquer une nouvelle vague de départs?
– Au contraire! Elle devrait accélérer les retours au pays car elle ne nous touchera pas autant que les pays occidentaux. En 2007, notre croissance était de 9% . En 2009, elle devrait tomber à 4%, mais cela reste un chiffre exceptionnel. Les 30 milliards d’euros de fonds européens permettront aussi d’amortir ce choc.
Un businessman à l’heure d’une Roumanie ambitieuse
«En 2004, je sentais qu’un train partait et qu’il y avait un wagon à prendre.» Biennois d’origine roumaine, Ion Schiau (Photo: Patrick Martin) a actionné l’aiguillage de sa vie. Sur les rails, «22 millions de Roumains ne pouvant que devenir plus riches». Dans la locomotive: «des femmes coquettes, des hommes réalisant qu’on ne peut pas rentrer en Porsche dans un resto; pour frimer, une montre suisse de marque fait parfaitement l’affaire .»
Cinq ans plus tard, Chronotime , l’entreprise de cet ancien de Swatch Group à l’intuition aiguisée, est le plus gros distributeur de montres du pays avec quinze boutiques et un chiffre d’affaires de 10 millions de francs par an. L’un de ses principaux points de vente se situe à Bucaresti, mall criard à l’américaine érigé sur un site initialement destiné à un complexe agroalimentaire au service du prolétariat. «La Suisse m’a tout donné. Mon père y a trouvé l’asile politique sous Ceausescu. J’y ai fait mes écoles et appris mon métier. Mais ça me fatigue qu’on y présente la Roumanie comme un pays de voleurs. Il y a en réalité ici une population jeune et dynamique qui veut avancer à toute vapeur», insiste ce secondo déclaré.
Et si le non l’emportait dans les urnes suisses le 8 février? «La Roumanie souffrirait d’un déficit d’image de plus, mais l’économie ne s’arrêterait pas», répond le businessman. Lui et son équipe, qu’il peine aujourd’hui à renforcer «tant la main-d’œuvre qualifiée fait défaut», ne sauteront de toute façon pas du train: «Ici, tout n’est pas facile, mais tout est possible!»
La Roumanie en chiffres
POPULATION 22 millions, dont 10% de Roms et 10 millions d’actifs.
SUPERFICIE 238 500 km2 soit 5,5 fois celle de la Suisse.
PRODUIT INTÉRIEUR BRUT 121 milliards d’euros en 2007, soit 2,5 fois moins qu’en Suisse.
TAUX DE CHOMAGE 6,3% contre 3% en Suisse.
SALAIRE MOYEN Environ 420 fr. contre 5670 fr. en Suisse.
Je crois qu'il faut surtout regarder les avantages que les accords bilatéraux nous ont apportés. Ces six dernières années ont a connu une forte croissance économique (un tier est dû à la libre circulation des personnes), 250'000 postes de travail créé, baisse du chômage, diminution des tracasseries administratives pour les exportations de nos PME. Certes ces bons résultats proviennent aussi de la bonne conjoncture mondiale. Mais à mon avis, en temps de crise économique, c'est une raison de plus de garder ces accords. Ce n'est pas le moment de se fâcher avec notre meilleur client, l'Europe.
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Cher Sagnard,
Il n'y a vraiment pas pire aveugle que celui qui ne veut rien voir. L'information rationnelle n'a aucune portée sur ceux qui malheureusement craignent ce grand complot mondial qui veut faire plier les Suisses aux bras noueux. Les politiciens, les chefs d'entreprises, les journalistes et les chercheurs se sont alliés secrètement pour faire profiter la Suisse de tout le malheur du monde. Non, le simple bon sens permet de constater que notre pays a largement profité de ces accords bilatéraux, les avantages de l'Union européenne sans les inconvénients. Que demander de mieux ?
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Plus on s'approche du 8 février, plus le camp du OUI – dont la presse inféodée – se montre fébrile... On veut instiller la peur dans les consciences? C'est justement ce camp du oui qui le tente avec les «arguments» de la clause guillotine et l'abandon des bilatérales. L'opportunisme de cet article est tellement évident, comme tant d'autres ces dernières semaines, qu'il obtiendra l'effet inverse!
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Cher ToMi,
Votre argumentation ne tient pas la route : vous dites que les "mendiants roms" se passent des démarches officielles pour venir en Suisse. Certes. En quoi donc l'issue de la votation du 8 février les concernent-ils ? Quelle qu'en soit l'issue, ils ne changeront pas leurs habitudes.
La réalité a en effet un tout autre visage: on veut instiller la peur dans les consciences, une peur sans fondement qui touche a l'irrationnel. La méfiance de l'étranger, le repli identitaire, un truc vieux comme le monde, oui, un truc très... primitif.
Bien à vous cordialement,
SD.
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Il est vrai que les mendiants roms viennent sans passer par le coffre-fort du représentant de la Suisse à Bucarest.
Il est beaucoup plus intéressant de voyager en Suisse sans demander quoi que ce soit.
Surtout que les visas de tourisme ont été supprimés. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les bords de l'Arve pour se rendre compte que l'article fait dans le révisionniste.
Peut-être parce que la votation du 8 février est incertaine.
Mais la réalité présente un tout autre visage, ce qui n'est pas indiqué dans l'article.
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