
La Suisse peut-elle promouvoir la paix tout en vendant des armes? C’est la question posée par l’initiative du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), soumise à votation le 29 novembre. Les pacifistes et la gauche réclament la fin des exportations de matériel de guerre (à l’exclusion des biens à double usage, civil et militaire). Ministre de l’Economie, la conseillère fédérale Doris Leuthard ne l’entend pas de cette oreille.
– Doris Leuthard, 5100 emplois dans l’industrie de l’armement en Suisse, ça vaut combien de tués par année?
– Je ne peux pas accepter cette manière d’opposer la morale et les intérêts économiques. Combien de morts sur les routes suisses chaque année? Voulez-vous pour autant interdire aux gens de prendre leur voiture? Nous vivons dans un monde violent où des conflits existent. Or, entre deux Etats, les armes ont une fonction dissuasive, et peuvent servir en ce sens d’instrument de dialogue.
– Fabriquer des armes, c’est donc une contribution de la Suisse à la paix dans le monde?
– Nous fabriquons des armes en Suisse dont nous avons besoin pour notre propre défense. Et comme notre marché est beaucoup trop petit, nous en exportons aussi. La plus grande partie de ces biens est à double usage, civil et militaire.
Mais c’est vrai, nous exportons aussi des armes qui peuvent tuer des gens. C’est pour cela que nous avons mis sur pied un système de contrôle très strict. Nous sommes d’ailleurs beaucoup plus restrictifs que la majorité des autres pays européens, y compris des Etats neutres comme la Suède.
– Vous êtes démocrate-chrétienne et catholique. Comment défendez-vous cette possible entorse au «Tu ne tueras point» de la Bible?
– Je suis d’accord que, selon la religion chrétienne, on doit chercher à éviter la violence. Mais la violence existe. En Suisse, une majorité de crimes sont même commis par des chrétiens! Un monde sans violence correspond à un monde idéal, mais comme conseillère fédérale, je dois travailler dans un monde réel!
– La plupart des entreprises d’armement sont actives à la fois dans les domaines civil et militaire. Pourquoi l’Etat ne les aiderait-il pas financièrement à se reconvertir, comme le propose l’initiative du GSsA?
– Cela voudrait dire que l’Etat décide de tuer un secteur économique, et avec lui 5000 à 10 000 emplois. Et non seulement il paierait pour les chômeurs qu’il a lui-même créés, mais il paierait aussi pour créer de nouvelles places de travail. C’est absurde!
– Mais la Confédération est prête à financer la reconversion des paysans dans la perspective d’un accord agricole avec l’Union européenne et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pourquoi ne ferait-elle pas de même avec l’industrie de l’armement?
– Le Conseil fédéral veut garder une industrie de l’armement indigène. Le peuple aussi, qui l’a dit deux fois en votation. Il en va de même pour la production de nourriture en Suisse; cette obligation est d’ailleurs inscrite dans la Constitution fédérale. Personne n’accepterait la disparition des paysans.
– Mais pourquoi la Suisse devrait-elle produire elle-même les armes dont elle a besoin pour sa défense?
– Notre production d’armement est à environ 35% destinée aux besoins de notre armée. Il ne serait donc pas possible de conserver une industrie de l’armement en Suisse sans exportations. Si l’initiative passait, on augmenterait la dépendance vis-à-vis de l’étranger en cas de crise. Notre sécurité s’en trouverait affaiblie. La Constitution nous oblige aussi à garantir la défense du pays!
«Il y a eu deux abus en plus de dix ans. Nos contrôles fonctionnent»
– Des obusiers vendus aux Emirats arabes unis qui se retrouvent au Maroc, pourtant interdit d’exportation: les contrôles suisses fonctionnent-ils vraiment?
– Nous enregistrons chaque année plus de 2500 demandes d’exportation de matériel de guerre et de biens militaires spéciaux. Il y a eu deux abus en plus de dix ans. Cela montre que nos contrôles fonctionnent dans la très grande majorité des cas et que les exportateurs respectent les règles.
– Et l’affaire du Pilatus utilisé par le gouvernement tchadien pour bombarder des civils au Darfour?
– Ni nos contrôles ni Pilatus n’ont fauté. Il s’agissait officiellement de remplacer un ancien avion Pilatus comme avion d’entraînement. Ce qui paraissait plausible. C’est le gouvernement tchadien qui a manipulé l’avion pour l’utiliser comme bombardier contre des civils. J’en suis désolée, mais nous ne pouvons pas donner des garanties à 100%.
– Mais quand la Suisse accepte qu’un Pilatus soit vendu au Tchad, ferme-t-elle délibérément les yeux sur les risques d’un tel marché?
– En cas de doute, nous conseillons aux entreprises d’armement de renoncer à de telles affaires. J’aimerais bien d’ailleurs que le Conseil fédéral ait davantage de compétences dans le contrôle des biens sensibles, alors qu’aujourd’hui il ne peut pas interdire ces transactions.
– Sauf que le Conseil des Etats vient de vous refuser ce pouvoir. Preuve de cynisme?
– J’en suis désolée. Mais ne parlez pas de cynisme: les entreprises se démènent pour trouver des marchés et assurer des places de travail. Et la majorité des entreprises sont réceptives à nos arguments.
– Comment justifier que l’Arabie saoudite soit le troisième client des exportations suisses au premier semestre 2009, alors que les droits de l’homme y sont régulièrement violés?
– Simplement parce que les autorisations pour ces contrats datent de 2007 et 2008. Par contre, depuis décembre 2008, nous n’acceptons plus aucune nouvelle demande. Idem pour le Pakistan, en raison de la situation politique instable.
– En défendant l’industrie de l’armement, le Conseil fédéral ne se présente-il pas en serviteur de l’économie?
– C’est mon travail de défendre l’économie, les emplois et la croissance. Même si cette croissance ne doit pas se faire à tout prix.
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Quel cynisme, quelle honte que de de tels propos pour conserver un patrimoine de guerre !
Je suis un internaute français et je partage le même sentiment pour mon pays, qui fait fit de comptabiliser les morts, mais se retranche derrière le fait que si ce n'est pas nous qui en vendons, ce seront d'autres !
Nous sommes vraiment dirigé par une bande de technocrates bien au chaud, le cul sur une chaise et le gros salaire en fin de mois !
Les enjeux économiques sont si important que cela vaut bien quelques milliers de morts...
La marchandisation à tout va, bénite par l'ONU, ne peut qu'accroître les bénéfices de certaines multinationales !
Certes, vous allez me dire que la merde alimentaire que nous font bouffer producteurs et lobbys agroalimentaires tuent bien davantage de personnes !
Si vous en avez une once de conscience, plutôt que de prêcher pour ceux qui se font du fric sur le dos des pauvres gens vous ne compareriez pas les armes avec les voitures en disant que les gens ne vont pas pour autant arrêter de conduire !
Quels propos stupides qui démontrent bien les royalties que vous devez toucher avec l'armement, et la cervelle infâme ou minuscule qui se noie dans un bain de sang plus adapté à votre baignoire qu'à sauver des vies humaines !
En effet il y a aussi des morts sur les routes, et au travail, et à la maison...
Mais les gens qui en plus prennent des bombes sur la gueule cumulent grâce à votre incompétence bien des malheurs !
Vous devriez ainsi que tous les gens qui préfèrent privilégier l'armement pour sauver l'emploi, faire plus souvent pénitence sous les tirs et les bombes ennemis...
Voire envoyer votre progéniture en vacances dans ces régions afin que peut-être, s'ils en reviennent vivant, la génération avenir soit meilleure que la vôtre !
Étant donné que l'argent n'a pas d'odeur, le business suisse peut ainsi cumuler la fabrication des missiles et la réputation de précision des montres pour les poseurs de bombes...
Tic-tac, tic-tac... Et pan, deux familles en moins en Afghanistan, mais nous avons sauver les meubles et les emplois en Suisses comme ailleurs...
L'ONU, vaste fumisterie qui tout comme l'Europe, arrange bien les petites affaires de certains, vous pouvez leurs donner la mains même si vous n'en faites qu'à moitié partie.
Dommage qu'à la place de l'eau et du savon, le sang des innocents vous suffisent...
Vous savez noyer le poisson en parlant de 5 000 emplois alors que si la Suisse maintenait juste une fabrication pour sa propre gouverne, il suffirait sans doute d'en supprimer 1 000 !
Et en les recasant sur une fabrication pour détecter les armes ou les bombes ou autres, vous n'y perdriez rien au change !
Mais peut-être que cela vous semble trop difficile et que le jeu de la guerre n'en vaut pas la chandelle ?
Après tout, ce ne sont que de banales vies humaines qui sont en jeu...
"Cela voudrait dire que l’Etat décide de tuer un secteur économique, et avec lui 5000 à 10 000 emplois. Et non seulement il paierait pour les chômeurs qu’il a lui-même créés, mais il paierait aussi pour créer de nouvelles places de travail."... Si seulement elle tiendrait le même discours quand il s'agit de La Poste ou des CFF...
Tout à fait, omama. La Suisse, de part son histoire et son statut, est bien le pays industrialisé le plus à même de créer un précédent dans le domaine en renonçant à la fabrication d'arme, ou de pièce servant à leur fabrication.
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La place industrielle helvétique ne peut se résumer à l'industrie de l'armement. Certes, la perte sera non négligeable. Mais la crédibilité de ce pays se verrait renforcée, de plus une Suisse sans armée économiserait plrs milliards annuellement, qui manquent cruellement aujourd'hui dans les infrastructures, l'éducation.
Nous vivons dans un monde où les droits de l'homme d'affaires passent avant les droits de l'Homme, le droit des affaires par-dessus les droits tout court. Ventes et trafiques d'armes en tous genres c'est vraiment la face noire des démocraties occidentales donneuses de leçons de vertus...
C'est simple au nom des affaires tous les trafiques d'armes ont été tolérés voire encouragés. Tous les pays industrialisés le font. C'est cela la réalité.
En 1988, alors fusilier de montagne en Hélvétie, recevant les fameux fass 90, on nous avait dit à l'époque que nous étions les premiesr à le recevoir... Ah ah ah, quand deux plus tard, je me trouvais nez à nez avec un Sig au milieu du Tchad et de nulle part...Quelques années plus tard j'ai failli me faire flinguer par une arme swiss made dans un autre pays d'Afrique.
Alors au nom de la défense de nos petits emplois continuons à vendre des armes et j'encourage tous les pays à faire de même au nom de la concurrence de la sauvegarde des emplois, de la liberté du commerce etc...
Tout cela à n'en point douter pour un monde meilleure si ce n'est le meilleure des mondes...
L'initiative doit être combattue, c'est évident. Seulement, Mme Leuthard est mauvaise dans son argumentaire (a-t-elle donné l'interview en français?), en comparant les morts sur la route et le matériel dit "de guerre".
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On parle effectivement de tout le matériel qui est sujet à réglementation pour l'exportation. Parmi celui-ci se trouve notamment beaucoup plus de produits utiles à des fins de défense (pour augmenter la survie des soldats et des peuples en guerre) qu'à des fins d'attaque (pour augmenter la mortalité). De plus, chaque sous-ensemble, chaque pièce de tel matériel "de guerre" est également soumis à réglementation. Donc, dans les faits, si un petite entreprise de décolletage fabrique un petit bout d'une aile d'avion de combat, elle va perdre son travail si l'initiative est acceptée.
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L'argumentaire devrait donc premièrement expliquer que ce n'est pas contre des armes qui tuent, mais bien contre un grand nombre d'applications industrielles que se dirige cette initiative.
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Deuxièmement, il faut aussi mettre en avant que ce matériel "de guerre" est très souvent à la pointe de la technologie -- les entreprises "d'armement" étant prête à mettre le prix dans la recherche et le développement. Les applications civiles de recherche dans le domaine militaire ont été très souvent déterminantes dans l'histoire de la technologie.
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Sans ce savoir inestimable, la Suisse perdrait de nombreuses plumes. Le désastre serait bien plus grand que 5100 places de travail à long terme. La reconversion des entreprises impliquées vers d'autres technologies (moins chères) feraient la perte de la place industrielle suisse.
La Suisse a tout a gagner en votant oui à cette initiative, perdre ces emplois n'est pas grave. L'armée suisse (tel qu'elle est aujourd'hui) ne survivrait pas à un oui à cette initiative. Et par conséquent, arrêtera un gaspillage monstrueux de l'argent publique.
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Exporter du matériel de guerre est profondément incompatible avec les conventions dont la Suisse (et Genève) sont dépositaire.
Cette interview me choque ! On dirait une interview du Matin, avec des questions "de café du commerce" ! Si même le 24 heures se met à faire ce jeu-là la presse romande est vraiment mal barrée ! Pas étonnant qu'elle tombe en déliquescence !
Jakeline : Etre neutre c'est pas ne pas vendre d'arme, mais en vendre à tous les protagonistes.
jakeline,la "neutralité" de la Suisse a disparu le 1er
septembre 1939 avec le début de la seconde guerre mondiale.
Comment puet-on se prétendre "neutre" et vendre des armes ?
Nous avons les mains propres mais vous fournissons de quoi pour entre-tuer. Bien joué :(
Elle a raison, mais ne doit pas amalgamer avec l'aide à l'agriculture...mais si nos paysans vont souffrir c'est sa faute de l'accord de Dijon où elle a oublié la qualité du produit.
Avant de s'attaquer au problème de l'exportation de matériel de guerre, le "Groupe pour une Suisse sans armée" devrait militer par exemple contre le doublement de la taxe pour ceux qui ne font pas l'armée. La majorité des jeunes ne payent pas ces taxes mais les parents oui. C'est à l'intérieur de la Suisse qu'il faut combattre d'abord les coûts de l'armée. Une fois le "propre en ordre" chez nous, vous pouvez attaquer la politique de l'armement international. Donc, malgrè que une majorité de la population est contre les gaspillage de l'armée, le 29 novembre votons contre cette initiative. La Suisse et le GSsA ont d'autres chats à foueter actuellement que de perdre de l'argent pout cette initiative.