
«C’est un jour tragique. Pour l’homme blessé. Et pour l’ours…» La voix de Bernd Schildger soudain se casse. Le directeur du Parc aux ours de Berne, fortement ébranlé, manque de s’effondrer. Après un long silence, il se reprend et explique à la presse comment l’ours Finn a attaqué samedi après-midi un handicapé mental de 25 ans qui avait fait intrusion dans l’enclos. Blessé à la tête, à la main et à la cuisse, l’homme, dont on ne sait pas grand-chose à ce stade, est hors de danger. Son état de santé ne lui a toutefois pas permis de répondre aux questions de la police. Quant à l’animal, un jeune mâle de 2 ans, il se trouve dans un état critique, blessé par balle au thorax.
Que s’est-il passé? C’est vers 16 h que le jeune homme escalade l’escalier métallique qui relie le pont de Nydegg aux berges de l’Aar. Accompagné? «Nous ne pouvons pas répondre», élude Reto Nause, conseiller communal (municipal) de Berne en charge de la Sécurité. «Le jeune homme est resté accroupi sur le mur un certain temps, explique Bernd Schildger. Des gens sont passés devant lui.» Impossible de savoir s’ils ont tenté de le faire descendre. Quid du personnel du parc? Son directeur explique que trois personnes, dont un agent Securitas, travaillaient au moment du drame. Compte tenu de la superficie du parc (6000 m2), difficile pour elles d’en contrôler tous les points. Pourquoi le jeune homme est-il tombé dans l’enclos? Selon Reto Nause, il n’est pas «complètement clair» si la personne est tombée du mur ou si elle a sauté d’elle-même dans l’enclos des ours, chutant de quatre mètres.
L’ours s’est d’abord détourné de l’intrus
Pourquoi l’ours a-t-il attaqué? D’abord, Finn n’a pas réagi à la présence de l’intrus. Selon les caméras de surveillance, il s’en serait même détourné. C’est quand l’homme a marché sur lui que l’animal s’est déchaîné. «Il a agi comme n’importe quel ours, il a défendu son territoire», dit Bernd Schildger. Des circonstances dans lesquelles une telle bête s’avère particulièrement dangereuse.
Les secours ont-ils tardé? Entre l’attaque de l’ours et le tir d’un policier, sept minutes se sont écoulées. «Ce n’est pas long», soutient Bernd Schildger. Le directeur estime que le Securitas a parfaitement réagi en appelant d’abord la police. Le parc ne possède pas d’armes à feu. «Tirer nous-mêmes ferait courir un risque au public.» Par ailleurs, les pompiers et les ambulanciers ont dû attendre que Finn s’éloigne de l’homme à terre et qu’il regagne son abri pour l’y enfermer et venir en aide au blessé.
Fallait-il tirer sur l’ours? Selon Bernd Schildger, «le policier a pris la bonne décision». Des visiteurs avaient bien tenté auparavant d’éloigner l’ours de sa victime en lui jetant de la nourriture et même des chaussures. En outre, à ce stade, tenter d’endormir l’animal avec un fusil à narcotique ne servait à rien: «L’ours aurait assimilé la douleur à l’homme à ses pieds, et il aurait réagi violemment.» S’il survit, Finn restera-t-il un danger pour l’homme? Selon Bernd Schildger, pas question de le tuer. A l’entendre, les ours ont tôt fait d’oublier de tels événements violents. A priori, le jeune mâle ne devrait pas présenter de danger particulier pour les hommes. A condition, bien sûr, qu’il survive.
L’ours a déjà tué 4 fois à Berne
PRÉCÉDENTS ACCIDENTS
Selon le directeur du Parc aux ours de Berne, Bernd Schildger, l’incident survenu samedi est le sixième du genre dans la Ville fédérale. Cinq personnes sont par le passé tombées dans l’ancienne fosse aux ours. Quatre y ont laissé la vie. Le dernier cas remonte à 1998. Un homme ivre était tombé dans le repaire des plantigrades et avait été attaqué par une femelle. Il s’en était tiré. Point commun de ces cinq drames, selon Bernd Schildger: à chaque fois, l’homme s’est activement introduit sur le territoire de l’ours. A ses risques et périls.
Point faible dans le dispositif
Le municipal Reto Nause est formel: «Le Parc aux ours a été construit selon les normes de sécurité les plus récentes. Mais nous sommes prêts à revoir notre concept si l’enquête soulevait des questions à son sujet.» De fait, le jeune homme qui s’est introduit dans l’enclos semble avoir profité d’un point faible du dispositif de sécurité. Depuis la rampe de l’escalier, haute de 1,30 mètre (20 cm de plus qu’à l’ancienne fosse), il est parvenu à se hisser sur le mur d’enceinte, distant de 60 cm de l’escalier dont il est séparé par ailleurs par un vide d’une hauteur de 4 mètres. Après vision sur les lieux, on peut affirmer que sauter et s’accrocher avec les mains au faîte du mur paraît faisable, même si se hisser au sommet nécessite une certaine force. «C’est le dilemme de tout zoo, dit Reto Nause: nous avons essayé d’amener les bêtes sauvages, qui fascinent, aussi près que possible du public. En outre, personne ne pourra jamais empêcher quelqu’un de pénétrer dans un enclos.» Inauguré le 22 octobre, le Parc aux ours de Berne a suscité la polémique pour avoir coûté 24 millions de francs, au lieu des 9 mios budgétés.
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