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«Quand j’ai su qu’un avion suisse avait bombardé ces enfants, j’ai été choqué»

TÉMOIGNAGE | Humanitaire au Darfour, le Vaudois Serge Pfister a vu les effets d’une attaque aérienne sur des enfants, fin 2007. L’avion était un Pilatus.

© KEYSTONE | ​L’utilisation à des fins guerrières du PC-9 (ici dans un aéroport tchadien) a été confirmée dans plusieurs cas, dont celui relaté par Serge Pfister.
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PATRICK CHUARD | 03.11.2009 | 00:03

«Nous avons entendu une immense détonation. Quinze à vingt minutes plus tard, des adultes ont amené à l’hôpital des enfants et des adolescents blessés par des éclats d’obus. Il y avait trois blessés graves et 20 à 25 blessés légers. Beaucoup avaient les tympans éclatés, certains des problèmes respiratoires.» Serge Pfister (34 ans) se souvient très précisément des événements de ce 28 décembre 2007. Responsable de projet pour Médecin sans frontières (MSF), il a vu les victimes se faire soigner à l’Hôpital d’Habila (une ville de 25 000 habitants) où il était en mission, à 30 kilomètres de la frontière tchadienne.

Le tort de ces enfants? «Ils prenaient le frais sous un manguier, dit Serge Pfister. Ils ont probablement été bombardés par erreur. L’armée tchadienne faisait un raid aérien au Darfour, en territoire soudanais, pour frapper des opposants.» Les témoignages sont formels: ce n’était pas un hélicoptère, mais bien un avion léger.

«J’étais exposé»
Ce genre de raid va s’intensifier les jours suivants. A tel point que les ONG quittent la région d’Habila et sa population de déshérités, majoritairement des réfugiés de la guerre. A cause du danger, Serge Pfister interrompt sa mission le 10 janvier. «J’ai appris plus tard que l’armée tchadienne utilisait des Pilatus pour ses raids aériens, dit-il. J’ai été choqué, car j’étais moi-même exposé à un risque sérieux. Et j’apportais de l’aide à une population qui souffrait terriblement, alors que des avions de mon propre pays faisaient des bombardements. C’est difficile à accepter.»

Les armes suisses tuent près de 6000 personnes
L’affaire des Pilatus utilisés comme avions de guerre au Tchad a été révélée par la presse début 2008. Aujourd’hui en campagne pour l’initiative contre l’exportation de matériel de guerre, le GSsA (Groupe pour une Suisse sans armée) met en avant le témoignage de Serge Pfister. Pour rappeler que la guerre touche concrètement des êtres humains. «Les armes exportées par la Suisse tuent 5840 personnes par année», estime pour sa part l’Institut participatif de recherche pour la paix (Apred), en extrapolant la part d’exportations suisses sur des chiffres mondiaux.

Géologue et enseignant du niveau secondaire, Serge Pfister retournera sans doute en mission au Darfour. «L’humanitaire est un appel du large, dit-il. Il me permet de concilier mes idéaux à mon besoin de voyage.» Sa religion est faite pour le 29 novembre. «La Suisse s’implique dans le commerce d’armes de guerre, alors que, économiquement, ce n’est pas un réel besoin. Les principales entreprises qui fabriquent des armes se sont déjà diversifiées. Par contre, cela pose un réel problème éthique.» Les restrictions prises par le gouvernement pour l’exportation? «Une hypocrisie, juge le Vaudois. On arrête les exportations quand il y a des actes de guerre, mais le matériel est déjà livré.»




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