Angélica Liddell défend à Lausanne sa passion antique

ThéâtrePerle sombre du Programme commun qui s’ouvre ce mercredi dans les salles de la ville, la dramaturge espagnole y propose deux pièces. Interview.

Angélica Liddell dans sa «Première épître de saint Paul».

Angélica Liddell dans sa «Première épître de saint Paul». Image: DR

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La fatalité implacable de la cruelle Antiquité, le dolorisme médiéval le plus décomplexé et les flots mugissants de la passion shakespearienne ne se sont pas déployés en vain dans l’histoire puisque, au XXIe siècle, une Angélica Liddell en reconnaît toujours les puissances agissantes. La dramaturge espagnole de 48 ans sature, scandalise, arrache des lambeaux à l’actualité et fouille ses entrailles comme celles de l’histoire dans un même mouvement. Elle présente à Vidy deux pièces de son Cycle des résurrections. Interview par la grâce des anges numériques…

Dramaturge reconnue, envisagez-vous l’écriture comme «texte» ou d’emblée comme «scène»?

Le mot conduit à l’action et l’action au mot. Je crois que Hamlet le dit.

Dans votre théâtre, quel est votre rapport au performatif, dont la «tradition» commence à être ancienne?

J’essaie de travailler en tant que poète. Je n’ai aucune idée de ce que signifie «performatif». En tout cas j’ai une passion pour l’Antiquité – le texte qui m’influence le plus est l’Ancien Testament, tout ce qui nous met en contact avec une ère où le sacré était une forme d’expression de l’esprit, de sa transcendance, de sa convulsion, et expliquait avec sagesse les événements fondamentaux de l’homme. Ma recherche s’ancre dans l’antique, dans la tradition. Même se couper le corps appartient à l’esthétique classique. Bien que je m’inspire pour l’usage du sang des retables médiévaux consacrés au martyre. Ni l’originalité ni la nouveauté ne m’intéressent. L’âme humaine m’intéresse, rien d’autre. Le chemin jusqu’à la mort.

Dans cette même perspective, quelle est la part autobiographique de vos spectacles ou, au contraire, est-ce que l’engagement «fictif» déteint sur votre personne? Autrement dit, peut-on faire impunément du théâtre comme le vôtre?

L’œuvre est toujours soumise au châtiment. Il y a toujours des spectateurs qui vont punir avec des arguments les œuvres pour qu’elles ne restent pas impunies. Je n’aime pas défendre mes œuvres de la punition, je défends simplement le droit de les faire. D’autre part, mon travail dépend du flux de ma vie mais il dépend aussi d’une composition. Cet acharnement à discerner le réel du fictif résulte d’une dichotomie stérile (réalité ou fiction), puisque, pour le public, ce qui importe ce sont ses nerfs, son esprit, ce moment mystérieux d’épiphanie où sa vie se confronte à la poésie. Le fait de manier la réalité et la fiction n’a de l’importance que pour le créateur. Je trouve vraiment banale cette division entre la fiction et la réalité.

Le sexe est un vecteur puissant de vos créations. Que vous permet-il de dire?

Il est important pour décrire l’histoire du monde. Depuis Eschyle, Sophocle, le sexe fait partie de la tragédie, c’est lui qui nous permet de sombrer dans les profondeurs de l’âme.

On pourrait dire la même chose du sacré?

Aussi bien l’amour sexuel que le sacré partagent l’extase, la divinisation de l’aimé, et la subversion au-dessus de toute règle sociale. Bataille parle avec beaucoup de clarté de tout cela.

Dans quelle mesure vos origines espagnoles, catalanes, irriguent-elles votre imaginaire?

Je suppose que Goya, Velázquez et Ribera m’accompagnent. Pas le soleil mais la noirceur, qui n’a rien à voir avec le négatif mais avec la révélation de l’être. (24 heures)

Créé: 18.03.2015, 16h05

La pièce

Lausanne, divers lieux
Angélica Liddell au Théâtre de Vidy: Première épître de saint Paul aux Corinthiens… du 19 au 22 mars,
Tandy, du 26 au 29 mars.
www.programme-commun.ch

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