Deux religiosités se croisent à l’Art Brut

ExpositionL’institution dévoile deux créateurs récemment entrés dans ses collections.

Erik Derkenne a testé plusieurs techniques avant de s'en tenir exclusivement au stylo Bic comme dans ce dessin de 2010.

Erik Derkenne a testé plusieurs techniques avant de s'en tenir exclusivement au stylo Bic comme dans ce dessin de 2010. Image: COLLECTION ART BRUT

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L’un capte la lumière, la cherche, la crée, l’autre la fait surgir des profondeurs abyssales. Mais à la naissance de l’œuvre, il y a cette même rythmique obsessionnelle. Cette répétition d’un geste à la fois frénétique et patient, cette redondance rassurante… parce que totalement maîtrisée. Pascal Tassini accouple les nœuds de tissu et transcende le quotidien en une jubilation toute baroque, Eric Derkenne scande un indicible for intérieur au stylo Bic. Belges tous les deux, trisomiques tous les deux, ils sont entrés récemment dans les collections de la Collection de l’Art brut à Lausanne et sont les invités de l’accrochage temporaire. Une expo qui ne compare pas – à chacun son étage, à chacun sa salle – mais qui recentre sur le besoin vital d’être. D’être soi pour Erik Derkenne, d’être quelqu’un pour Pascal Tassini. Deux cris, deux uppercuts poignants de sincérité. Entêtant, le premier entraîne dans son vertige hallucinatoire; exubérant, le second parade sans pour autant se livrer totalement.

«Une fois son dessin terminé, Erik Derkenne se désignait d’un geste»

Erik Derkenne n’a jamais parlé, il a dessiné jusqu’à son décès l’année dernière. Un peu en couleurs, un peu au pastel, un peu à la gouache, avant de s’en tenir au stylo Bic. Comme pour figer l’inconnu dans sa course, comme pour retenir l’être qu’il reproduit dans une variété infinie, il a répété un même motif: le cercle, ses cernes, ses circonvolutions. Un ouvrage redéployé chaque jour pour former un œuvre extrêmement fécond. Introspectif. Addictif. Fervent. Commissaire de l’exposition lausannoise, Gustavo Giacosa n’hésite d’ailleurs pas à comparer la posture du créateur belge à celle «d’un moine copiste. Il y a le même acharnement, la même exigence, la même solitude.» A la seule différence qu’Erik Derkenne n’avait ni modèle ni histoire à illustrer, si ce n’est, peut-être… la sienne. «Une fois son dessin terminé avec ses formes débouchant sur une certaine idée du visage, il se désignait par un geste. On pourrait – Gustavo Giacosa insiste sur le conditionnel – lire son travail comme une quête primaire sur l’identité, sur la construction d’une identité.»

«Les objets de Pascal Tassini sont des réalités dans lesquelles il vit»

Le ressort plus extraverti, Pascal Tassini fait valoir la sienne dans un enchevêtrement de textiles, de couleurs et de protubérances en mutation permanente. Dans son œuvre monumentale documentée à Lausanne par l’objectif empathique de Mario Del Curto, dans sa cabane, son petit musée personnel érigé au milieu de l’atelier, il est chez lui. Il Est. «C’est moi qu’a fait ça» est sa petite phrase préférée! Sans fil, ni aiguille, il coupe, noue et crée des coiffes, des chaises ou des ornements sculpturaux rappelant dans leur joyeuse prolifération le baroque des autels de ses origines siciliennes. «Les objets, les espaces ou les situations que Pascal Tassini fabrique ne sont pas, écrit Pierre Muylle, directeur du Madmusée de Liège, des représentations métaphoriques mais des réalités proprement dites dans lesquelles il travaille et vit.»

A chacun son cri, à chacun son uppercut, mais Erik Derkenne et Pascal Tassini ont la même foi: celle des «enlumineurs» de vie, celle qui permet d’aller au-delà de son conditionnement physique. Celle qui… transperce sans explications. (24 heures)

Créé: 18.04.2015, 11h48

Pratique

Lausanne, Collection de l’art brut
Jusqu’au di 10 mai
Du ma au di (11h-18h)
Rens.: 021 315 25 70
www.artbrut.ch

Un dessin au stylo bic d'Erik Derkenne, datant de 2005. (Image: Collection Art Brut)

Pascal Tassini ne donne pas de titre à ses pièces. Pour celle-ci (110 x 55 cm), il a enroulé et noué des tissus autour d’une structure rigide. (Image: Arnaud Conne)

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