L’Art brut rêve de grandir avec son succès

LausanneLa notoriété enfle, la concurrence se renforce mais l’attente d’un agrandissement se prolonge pour la collection historique de Dubuffet.

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Seul, au sous-sol d’une galerie parisienne, au milieu de cette création des aliénés collectée en éclaireur, Jean Dubuffet ne se serait sans doute jamais figuré la multiplication actuelle des vitrines de l’art brut. New York, Berlin, Vienne, Paris, Zurich. Ou encore… l’Islande, le Danemark, Baltimore, Florence, Chicago sont venus encercler Lausanne, la ville héritière de sa collection historique et de cette autre idée d’un art «qui se sauve aussitôt qu’on prononce son nom». Tête chercheuse activant un réseau de médecins et d’âmes sensibles à cet «art qui ne vient pas se coucher dans les lits qu’on a faits pour lui», s’est-il imaginé ses Wölfli, Darger, Aloïse ou Lesage attraper la fièvre des enchères? Sans doute pas davantage! Et la création de l’Outsider Art Fair à New York, puis à Paris? Et l’exposition offerte par la Biennale de Venise en 2013? Y aurait-il songé?

Dans cet emballement général, la définition d’un art réalisé exclusivement par des «personnes indemnes de culture» s’est distendue: l’outsider art, l’art singulier, le folk art ou la Neuve Invention se mêlent parfois dans un brassage de concepts. Mais, s’il est une question qui ne se pose plus, c’est celle d’un art confidentiel. Extrait de cette réserve par un essor quasi passionnel – doublé parfois d’un intérêt commercial –, il s’invite, lisible, sensible, spontané, en nouveau souffle sur la scène contemporaine de l’art ramenant toujours à son repère historique, au gardien du temple: Lausanne. La démonstration se répète tous les jours sur le pas de la porte de la Collection de l’art brut (CAB), avec des entrées frôlant les 40 000 par année, avec des visiteurs venus, pour moitié, de l’étranger. Mais… il se dit aussi que les facilités d’accueil ne suivent plus. Sans compter l’absence de librairie ou d’espace de médiation, les samedis de forte affluence (entre 360 et 460 visites lors des week-ends entrée libre), mieux vaut prévoir la pause pipi ailleurs!

Mais l’engouement, viral, n’est pas la seule jauge de réussite livrée avec le récent rapport d’activités 2016. Le rayonnement fait sa part du succès et les expositions lausannoises s’exportent de plus en plus, prolongeant leur vie au-delà des frontières, comme «Gabritschevsky», vernie il y a trois jours à l’American Folk Museum de New York, alors que Vienne jouit toujours, au Musée Gugging, de «L’art brut de Jean Dubuffet, aux origines de la collection».

«C’est que du bonheur et de la reconnaissance pour l’institution, appuie sa directrice, Sarah Lombardi. Sauf que cette situation de notoriété pose de vrais problèmes. A l’accueil des publics, bien sûr. Comme pour traiter l’inflation des demandes de prêt.» Pour bien faire, en plus d’un conservateur supplémentaire, la directrice estime qu’il faudrait créer des postes de chargé d’inventaire et de documentaliste. «Lausanne sera toujours le pôle de référence pour l’art brut, sa cote d’amour est en hausse et il n’y a aucune raison qu’elle fléchisse. Nous nous devons d’être à la hauteur de cette notoriété grandissante, insiste-t-elle. L’enjeu est d’autant plus important qu’à côté de nous, ça bouge. A Sète, avec un projet de pôle culturel, et vers Hauterives, avec Bruno Decharme, le plus grand collectionneur français d’art brut.»

Grandir sans déménager

Atteinte de la maladie de tous les musées à l’étroit, la CAB rêve donc d’un peu de grandeur. Soulignant cette nécessité, le plan quinquennal lausannois lui laissait espérer des mesures à l’horizon 2019, «mais, note Sarah Lombardi, si la pré-étude va démarrer ces prochains mois, on nous parle désormais de 2022 pour le début des travaux, c’est loin»! C’est l’histoire, aussi, d’une enfilade de projets obligeant la Ville à sérier les investissements. La participation à Plateforme 10, la rénovation de Vidy, la création de la Maison du cinéma. «Que des projets en cours, enchaîne Michael Kinzer, chef du Service de la culture. Et nous avançons par ordre de priorités. L’unicité de la Collection de l’art brut est clairement un atout pour la ville, nous en sommes conscients et réfléchissons à des solutions palliatives.»

Le déménagement sur Plateforme 10 n’en est pas une. «La proposition ne nous a d’ailleurs jamais été faite, souligne Sarah Lombardi. Mais sans prétention aucune, comme nous sommes déjà un pôle de référence, c’est avant tout un besoin urgent de nous agrandir que nous avons. Il y a de la place pour le faire, là où nous sommes. Dubuffet avait choisi ce lieu, je trouve intéressant d’y rester.»

www.artbrut.ch (24 heures)

Créé: 17.03.2017, 08h20

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