Le Chat aime tant se voir en peinture

Expo ventePhilippe Geluck occupe la galerie Catherine Niederhauser avec son félin mi-drôle mi-féroce. L’artiste se voit volontiers en chef de file de l’art rigolo.

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Né en 1980 sur la carte d’invitation du mariage de son géniteur, Le Chat a fini par sortir du papier. Il campe sur toile, joue son facétieux en sérigraphie et, tout en rondeur faussement naïve, bombe le torse en bronze. Devenu objet d’art, le fielleux félin pèse le lard du chat. Voyez (ci-contre) le prix d’une acrylique, chameau!

Philippe Geluck ne le cache pas, «avec Le Chat, je me représente moi». Il expose chez Niederhauser en face du Palace où il reçoit. A l’entendre, il joue à être peintre et s’essaie à une toile par semaine. Si, par le passé, il lui est arrivé de pomper un gag papier pour le faire exploser sur châssis, c’est fini. Les tableaux proposent désormais un regard libre, joyeux et décalé sur l’univers de l’art. Pour du corrosif, le suivre dans Siné Mensuel.

L’auteur Casterman le plus vendu après Hergé est capable de disserter sérieusement sur les affaires du monde, le cancer d’un proche ou sa carrière. Dans ces moments, la drôlerie affleure derrière un discours réfléchi et l’écoute de l’autre. Il y a un côté clergyman décomplexé chez ce sexagénaire belge volontiers drapé de noir. Avant de répondre, il réfléchit et parle lentement, concentré.

C’est quoi l’art pour vous?

(Il se marre.) C’est un ami qui m’accompagne depuis l’enfance.

Autrefois, vous étiez plutôt cartoonist que bédéaste, et aujourd’hui plutôt peintre?

Non, j’ai toujours été hors catégories. Plutôt cartoonist que BD, même si mon format était BD. Là je suis art, mais avec des choses qui restent du cartoon en grand. Ce sont de vrais tableaux, mais ils sont rigolos et l’art n’a pas souvent été rigolo dans son histoire. Je pourrais devenir chef de file d’un grand mouvement de l’art rigolo.

Depuis quand peignez-vous?

Depuis 1991, lors d’une exposition dans une galerie d’art moderne qui avait présenté des œuvres de Frank Stella et de Lichtenstein et qui s’essayait à moi. Je ne voulais pas montrer des originaux mais présenter des grands formats. J’ai déroulé une toile de 3 mètres sur 2 au sol de mon atelier. Je l’ai peinte et cela m’a tellement plu que j’en ai commis d’autres. Eux n’y ont pas tellement cru. Or la veille du vernissage, le jour où les collectionneurs font leur petit tour dans les galeries, ils les ont toutes vendues. C’était Le Chat. Après, je n’ai jamais arrêté.

Quelles techniques utilisez-vous?

Je travaille à l’acrylique sur toile ou sur autres supports au moyen d’un projecteur car je dessine mes esquisses en petit format. Je les trace grâce au projecteur et j’y vais au rouleau, à la brosse ou au pinceau. Pour les sculptures, je les monte en terre glaise et les pousse le plus loin possible. Je les confie ensuite à un ami sculpteur et fondeur qui les peaufine.

Comment s’accouchent vos gags?

Sans péridurale, par voie basse et sans forceps, en fait, ça sort pouf comme ça… ça peut venir à tout moment, sans prévenir. Il n’y a pas de contractions, c’est comme… Il n’y a pas de recette, je n’ai ni grigri ni formule incantatoire. Pas davantage de formule chimico-mathématique qui dirait si je prends un peu de ceci, un peu de cela et que je les mets ensemble ça fait un gag. Non, ça, ça ne marche pas!

Et sur commande, là tout de suite comme si on était sur un plateau TV?

Mais on n’y est pas. Il y a une adrénaline particulière en radio ou en télé: dès que le micro est ouvert, c’est parti, on a envie de faire les cons. Lorsqu’on bavarde comme en ce moment, c’est autre chose. Quand je suis devant une feuille blanche, il y a quelque chose qui se passe proche de la stimulation du micro qui s’allume. Je suis toujours frais, j’ai envie d’inventer une connerie et ça vient toujours. En fait, c’est magique! Je ne sais pas quel est ce miracle, mais l’excitation est toujours là. (24 heures)

Créé: 25.11.2016, 06h57

Infos pratiques

Lausanne, Galerie Niederhauser, jusqu’au 4 février, du mardi au samedi
www.galartis.ch
«L’art et Le Chat», Philippe Geluck, Casterman, 80 p.

Combien ça coûte?



Le Chat a découvert le secret du bleu d’Yves Klein: ce bleu IKB est fabriqué à base de Schtroumpfs écrasés. Et Geluck de peindre son fielleux félidé au volant d’un rouleau compresseur sur un tapis de Schtroumpfs. Vous en rêvez en sérigraphie signée et numérotée (86 x 86 cm)? Il vous en coûtera 1200 fr. Si c’est trop, prière de se rabattre sur des sérigraphies de plus petits formats et à plus gros tirages, les premières partent à 200 fr. Dans le cas où vous souhaiteriez dépenser davantage, sachez qu’un dessin unique à l’encre de Chine peut grimper à 6500 fr.
La bête y dit: «C’est fou ce que cette moustache donne chaud au cul!» Pour le même prix, vous aurez aussi une ancienne une du Parisien moulinée à la sauce Chat. Comptez environ quatre fois ce prix pour une acrylique de 100 centimètres par 100, comme celle où le mâtin matou a peint sa chaise en jaune comme Van Gogh et avoue: «Avec ce qui restait dans le pot, j’en ai profité pour donner une couche à la table.» Et si c’est un bronze qui vous met en émoi, Le Chat pour 55 kilos pèse 35 000 fr. Le même en résine peinte chute à 7500 fr.

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