Emilienne Farny joue dans la cour des garçons à l’Univers

Exposition L’artiste lausannoise décédée en 2014 cumule les actualités. Dans ses œuvres pop art au Kunsthaus d’Aarau, dans un échange de regards d’artistes à la Halle Saint Pierre, à Paris, elle est accrochée aussi à Lausanne.

«Les Garçons, n°22-1992», crayon sur papier, (90x 75 cm).

«Les Garçons, n°22-1992», crayon sur papier, (90x 75 cm). Image: DR

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Il y a comme un regard qui viendrait de se déposer mais traversant déjà les profondeurs. Libre. Il y a aussi ce mystère poudré qu’un souffle pourrait pulvériser afin d’atteindre la trace de la vérité. Dans les dessins d’Emilienne Farny, il y a des possibles – à prendre ou à laisser – et cette aura planant à fleur de papier. Elle aimante et magnétise, elle sculpte et pose une contenance. Mais surtout elle prend pour guider au-delà des formes et de la pensée. Les hommes, ses Garçons, des caractères, des taiseux, des puissances musclées, flirtent avec une forme de violence immatérielle pour l’imprégner sur le papier si… existentielle. La poudre pourrait s’envoler, l’infinitude de particules crayonnées pourrait être gommée, peu importe, chez Emilienne Farny, absolu, le regard est empreint indélébile et jamais il ne dévie. Alors oui, ses dessins entraînent au-delà de la surface de l’existence et, traversés par une force intérieure, ils défient les vernis pour guider vers l’être, vers son intégrité.

Quelle belle idée que d’accompagner la sortie d’une monographie, les expositions collectives à Paris et à Aarau en ouvrant, à la Galerie Univers, à Lausanne, ce portfolio rarement montré de l’artiste décédée en 2014! Que des garçons ou presque. Certains dans leurs attributs de mauvais garçons, un pistolet à la main, d’autres cherchant une alternative, le dos tourné, la tête baissée ou le visage caché comme autant de portraits de l’intérieur, comme autant d’états de fait à la fois personnels et universels. Le temps est arrêté, la vérité palpable.

Elle était comme ça, Emilienne Farny, le verbe délié de tous compromis, elle a fait de cette rare intégrité une constante de son œuvre censurant le verbiage comme l’anecdotique. Et quand, en 1991, elle entre dans la cour des Garçons avec «l’impression de mieux les comprendre que les filles», l’artiste formée aux beaux-arts à Lausanne et à la fiabilité du regard dans les rues de Paris a déjà figé son constat d’une urbanité en mouvement par des aplats monochromes et lissés, elle a déjà enfermé le Bonheur Suisse dans ses contours si péremptoires refusant encore aux êtres le droit d’habiter ses transgressions. Avec Les Garçons, le rapport de force s’inverse, l’artiste ose l’humain en gros plan, on la dit galvanisée par l’univers mâle et masculin de l’Américain Mapplethorpe en exposition chez Asher Edelmann à Pully comme par un ballet chorégraphié par Robert Richemont au Théâtre Onze, mais il y a aussi des Las de vivre de Hodler dans ces hommes, dans ces corps à moitié nus, pour ne pas dire à vif. Elle en a réalisé une cinquantaine, les a présentés à la Galerie Alice Pauli en poursuivant ce rythme sériel jusqu’en 1994. Des grands formats. Toujours cadrés et précis. Toujours sans un mot mais au cœur du sensible. (24 heures)

Créé: 17.05.2017, 19h11

Sa parole et des regards croisés

Publication «Je me laisse aller à cette liberté du regard sans avoir quoi que ce soit à expliquer.» Pour accompagner ce retour sur le devant de la scène d’Emilienne Farny (1938-2014), avec trois expositions entre Paris et Aarau, la très belle monographie qui vient de sortir conjugue plusieurs regards autour de cette artiste discrète qui n’aimait pas commenter son œuvre. Dans un entretien avec notre collègue Florence Millioud Henriques (qui signe également un portrait sensible), le mari d’Emilienne Farny, Michel Thévoz, conservateur historique de la Collection de l’art brut, à Lausanne, éclaire avec intelligence l’œuvre, l’artiste et la femme. Un texte de Jacques Chessex publié dans 24 heures en 1989, une très rare interview de Femina en 1981, un texte impressionniste de Claude Reichler ou la vision de Christophe Gallaz accompagnent une œuvre élégamment reproduite.
D.MOG.

Lausanne, Galerie Univers

Jusqu’au sa 3 juin, du lu au sa

Rens.: 021 312 85 42
www.galerieunivers.ch

Emilienne Farny

Ouvrage collectif sous la direction de Michel Thévoz et de Pierre Starobinski Ed. Till Schaap/Genoud, 240 p.

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