Hergé s’invite à Lausanne

Bande dessinéeEn partenariat avec BDFIL, le Mudac propose une exposition rétrospective du père de Tintin.

Crayonné de la planche 56 d’«Objectif lune», le premier tome de l’aventure lunaire de Tintin. L’exposition du Mudac permet de se familiariser avec toutes les étapes de la production d’une bande dessinée. HERGÉ-MOULINSART 2016

Crayonné de la planche 56 d’«Objectif lune», le premier tome de l’aventure lunaire de Tintin. L’exposition du Mudac permet de se familiariser avec toutes les étapes de la production d’une bande dessinée. HERGÉ-MOULINSART 2016

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Ectoplasme, coloquinte, rapace: ces trois mots suffisent à faire surgir le capitaine Haddock de son purgatoire de héros de papier. Avec lui, Tintin et Milou se profilent forcément, puis les Dupondt, Tournesol et peut-être ce casse-pieds de Lampion ou le brave et très curieux Nestor. La famille est à géométrie variable selon les souvenirs et les goûts de chacun. Le plus méconnu du grand public reste Hergé, l’auteur des 24 aventures du petit reporter… qui n’écrit vraiment qu’une fois.

Sur une idée de Dominique Radrizzani, directeur artistique de BDFIL et en collaboration avec le festival, le Mudac abrite une expo que lui a livrée clés en main et sur mesure le Musée Hergé de Louvain-la-Neuve (B). Voici donc le premier étage de l’institution lausannoise traversé par un papier peint collé sur ses murs et qui reprend la vie et l’œuvre du maître.

A cet écrin concis, riche en photos, dessins, documents et reproductions s’ajoutent une jolie panoplie d’orignaux. Même le bureau sur lequel travaillait le maître a fait le chemin depuis la Belgique.

Illustrateur et publicitaire

Vous savez certainement que Georges Remi (1907-1983) a commencé son œuvre d’illustrateur et de publicitaire bien avant Tintin. L’exposition débute par là. «Nous avions à cœur, précise Marco Constantini, conservateur du Mudac, de présenter ses premiers travaux.» Et d’insister en pointant du doigt les arbres d’une affiche intitulée «Vacances à la campagne,» le début d’un trait que l’on qualifiera plus tard de ligne claire.

Le clou de cette première salle réside dans un carnet de croquis d’attitudes ouvert sur un dessin d’automobile en couleur réalisé en 1922. Une tablette permet de le feuilleter en réalité virtuelle.

La salle suivante porte les couleurs de la Chine. Il nous y est permis de voir l’illustration, tirée d’un illustré de l’époque, où Hergé est allé pêcher le dragon qui orne la couverture du Lotus bleu. La présentation des feuillets de documentation montre l’ordre, la numérotation, bref, l’archivage minutieux de photos et de documents essentiels à sa création dessinée. «Mon réalisme m’est absolument indispensable pour travailler», aimait à dire Hergé.

Un peu de cuisine

Et, si vous vous passionnez pour la cuisine, une salle, particulièrement didactique, vous résumera, originaux d’Objectif Lune à l’appui, les étapes successives du travail: idée de base, documentation, découpage, crayonné, passage à l’encre, couleur, production et diffusion.

Le visiteur accède ensuite dans le saint des saints: trois cimaises d’originaux qui parcourent le XXe siècle jusqu’en 1983. Très instructif de détailler la planche 5 d’Au pays des Soviets et de la comparer à une illustration bien plus fouillée qu’Hergé exécute la même année, soit en 1929. Et, comme il n’y a pas que Tintin dans cette œuvre, une illustration pour une couverture de Quick et Flu pke vous fera sourire, car un flic bien rond surveille de près les chenapans. Les amoureux des galions s’extasieront sur la planche 15 à l’encre de Chine du Secret de la Licorne.

Les attentifs remarqueront que le crayonné de Tintin et le Thermozéro exposé n’a donné lieu à aucune planche car l’album a été abandonné. Passons sur le Tibet et les Bijoux, pour observer les marges du crayonné de la deuxième planche de L’Alph-art. On y voit, saperlipopette, la Castafiore sous un profil jeune et engageant.

Le meilleur pour la fin avec une citation inédite d’Hergé: «Un jour, un élève m’a pris un dessin et l’a montré au professeur, monsieur Deschamps. Celui-ci l’a regardé avec une moue méprisante et m’a dit: «Il faudra trouver autre chose pour vous faire remarquer!…» (24 heures)

Créé: 10.09.2016, 17h34

Zoom sur la revue

Tintin se retrouve aussi dans le No 2 de la revue annuelle Bédéphile: trente pages d’analyse? joliment illustrées. Avec vu de dos, Thierry Groensteen, essayiste et éditeur, amuse: «Ce qui, enfant, me faisait inlassablement revenir au dos des albums, c’était mon incertitude quant à la chronologie des épisodes.» Avec sa pertinence d’adulte, il décortique ce dessin et nous le révèle entièrement.

Raphaël Baroni, prof associé à l’UNIL, navigue entre case et toile: «C’est probablement ce rythme si particulier, si parfaitement adapté au médium de la bande dessinée et aux contraintes topologiques de la planche, qui rend décevantes les tentatives d’adaptation cinématographiques des Aventures de Tintin.» Et Dominique Radrizzani nous rappelle avec malice les propos de Balthus à propos de Tintin: «Je le préfère à Matisse, c’est aussi simplifié, mais c’est plus amusant.»

Bédéphile consacre le plus gros de ses pages à Derib, invité d’honneur du festival, et ressort des planches oubliées scénarisées par Fred. Bonheur nostalgique et hommage au Vaudois, qui s’est illustré en donnant ses lettres de noblesse au processus d’incrustation. A savoir l’ouverture de case(s) à l’intérieur d’une vignette. Nous reviendrons sur le père de Yakari, d’Attila, de Pythagore, de Jo et de Buddy Longway.

Le bel objet nous entraîne aussi dans les cauchemars de la fondue vus par 38 auteurs: beau clin d’œil à McCay de Herr Seele et chapeau bas à Zeina Abirached. Rescapée des attentats de Charlie et exposée à BDFIL, Catherine Meurisse a sorti ce printemps La légèreté (Dargaud). Ce qui fait écrire aux spécialistes Stéphane Beaujean et Jean-Pierre Mercier: avant «elle naviguait entre les livres sans tenir de propos autre que celui de la célébration des arts, pudiquement cachée derrière le paravent des figures du passé qu’elle s’amusait à faire revivre».

Le journal Tintin aurait 70 ans



La une signée Hergé du 27 décembre 1950

777 pages pour célébrer la naissance du journal Tintin (1946-1988) et celle des Editions du Lombard. La somme s’adresse avant tout «aux nostalgiques qui ont connu le journal, précise Gauthier Van Meerbeeck, directeur éditorial, mais aussi aux plus jeunes.

Comme il était impossible de retrouver les originaux, nous avons reproduit les pages parues dans le journal à l’identique.» Vive donc le côté vintage! En dehors d’Hergé (de nombreuses unes et une bonne pêche de dessins jamais reproduits ailleurs), on y retrouve des auteurs comme Jacobs, Martin, Vandersteen, Tibet, Weinberg, Raymond Moucherot ou Graton. Mais, à leurs héros Blake et Mortimer, Alix, Bob et Bobette, Chick Bill, Dan Cooper, Chlorophylle et Michel Vaillant s’ajoutent les Modeste et Pompon d’un Franquin momentanément échappé de chez Dupuis et Corto Maltese, que Pratt avait sorti de Pif Gadget.

Côté Vaudois, Derib y fait ses premiers pas en 1972 et Cosey un peu plus tard. Cette somme à remonter le temps nous donne à voir la version belge du journal Tintin, plus hard (!) que la version française édulcorée.

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