Le Musée Jenisch pris du «vertige de la couleur»

Suivant l’essor de la chromolithographie à travers Gauguin, Lautrec, Van Gogh, Vallotton, l’exposition aurait aussi pu s’appeler «vertige de la création».

C’est grâce à la diffusion de cette affiche (à g.) dans tout Paris que Pierre Bonnard (1867-1947) a obtenu la confiance de ses parents sur son avenir d’artiste. Alors que Toulouse Lautrec (1864-1901, gagné par le succès de son <i>Moulin Rouge </i>en 1891 met toute sa passion d’artiste dans la réalisation d’affiches.

C’est grâce à la diffusion de cette affiche (à g.) dans tout Paris que Pierre Bonnard (1867-1947) a obtenu la confiance de ses parents sur son avenir d’artiste. Alors que Toulouse Lautrec (1864-1901, gagné par le succès de son Moulin Rouge en 1891 met toute sa passion d’artiste dans la réalisation d’affiches. Image: MUSEE JENISCH

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Des essais, des envies, des tâtonnements… c’est la mesure d’une ébullition qui est donnée au Musée Jenisch, impossible de ne pas s’en apercevoir. Lié à l’expérimentation d’une nouveauté, accéléré par l’impératif d’une conquête, gorgé de l’ivresse d’un autre possible, le «Vertige de la couleur» a fait loi. Alors… pour dire cette effervescence qui a saisi la scène artistique au XIXe siècle grâce à l’invention de la lithographie puis de la chromolithographie, l’institution veveysanne l’exemplifie dans les faits. Les œuvres foisonnent, l’accrochage est serré, Steinlen, Van Gogh, Redon, Manet, Lautrec, Vallotton, Denis, les signatures s’accumulent et le tourbillon évoque une nouvelle évidence, un appel d’air. Comme la nécessité d’en être.

La technique ouvre d’autres spectres, l’œuvre s’imprime, multiple, elle apporte des revenus supplémentaires, diffuse un art et fait connaître un nom en dehors des salons, si officiels, si exclusifs, si clivants. Fort de cette nouvelle infinitude, Rodolphe-Théophile Steinlen, le futur créateur d’affiches iconiques exulte, il le dit dans une allégorie féminine portée en victoire sur une pierre lithographique. Sa carrière bientôt derrière lui mais libertaire récidiviste, l’impressionniste Camille Pissarro partage cette «rage» et la décrit toute-puissante à Paris alors qu’Emile Bernard, fondateur de l’Ecole de Pont-Aven, baisse la garde pour réaliser un… billet de loterie. Mais si la révolution embarque plusieurs générations d’artistes, elle crispe aussi.

Du haut de son promontoire, la peinture se réserve l’excellence de la couleur et gare à qui lui dispute ce droit de l’expression de la sensualité, les traditionalistes veillent interdisant l’estampe d’expositions officielles jusqu’en 1899! Pendant ce temps, Lautrec a déjà signé quelques-unes de ses plus belles pages dont Le Moulin Rouge, Vallotton a fait des couvertures de revue et Bonnard gagné son droit d’être artiste en tempérant les réticences familiales avec ses œuvres placardées à Paris. Mais le procédé lithographique étant à fort potentiel économique, les conservateurs crient au mercantilisme sans voir l’extraordinaire terrain de jeux esthétiques qu’il ouvre.

Tous ceux qui s’y aventurent sont des peintres, gardiens du temple «couleurs» et aucun ne se laisse dépasser par ce nouveau vertige. Enivrer oui, tromper, non! La donne n’est jamais excessive, ils cherchent une esthétique, dosent, divisent, nuancent et certains, dont Paul Signac, le font en théoricien de la couleur. C’est à la fois cet essor et cette quête que retrace l’exposition veveysanne en même temps qu’elle suit des artistes travaillant étape par étape. Richement dotée grâce aux fonds conservés au Cabinet cantonal des estampes et à une collection privée, résolument didactique, l’exposition tient son guide: il pose une technique, décline son vocabulaire, ses développements, ses applications au risque de détourner du plaisir de l’œuvre.

Une autre visite

Alors libre aux allergiques de s’émanciper pour vivre le double vertige de la couleur et… de la création. Cette irrésistible aspiration qui a sorti Odilon Redon de ses noirs pour l’envoyer conquérir l’empreinte sensible de la couleur, cette émotion qui habite les Paysages et intérieurs d’un Edouard Vuillard cherchant à aller toujours plus loin dans l’expression de l’intimité, cette sensation de légèreté atmosphérique qui envahit Maurice Denis. Au fil des épreuves, des corrections, des différences – parfois infimes – la spirale se déploie, on cherche la nuance, l’ajout ou le retrait, on s’approche, on traverse les strates de la création: tous ces vertiges se conjuguent en un seul. Prenant!

Vevey, Musée Jenisch Jusqu’au di 1er oct, ma-di (10 h-18 h) Rens.: 021 925 35 20 www.museejenisch.ch

(24 heures)

Créé: 15.07.2017, 15h00

Visiter

Vevey, Musée Jenisch
Jusqu’au di 1er oct,
ma-di (10 h-18 h)

Rens.: 021 925 35 20
www.museejenisch.ch

Précis


Maurice Denis (1870-1943) est de ceux qui suivent de très près la réalisation de l’œuvre finale, cherchant, annotant, changeant épreuve après épreuve.

Confiant


Si Paul Gauguin (1848-1903), peintre, se laisse envahir par le feu de la couleur, le lithographe avait pour habitude de confier la mise en couleurs de ses œuvres à son ami, artiste et imprimeur, Louis Roy.

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