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Exposition

Eloge du photomaton à l'Elysée

Mis à jour le 15.02.2012

Qui n'est jamais entré dans un photomaton? Le Musée de l'Elysée présente dans sa prochaine exposition plus de 7000 clichés produits par ces drôles de machines. L'occasion de rappeler que le format a inspiré de nombreux artistes dès ses débuts.

(Museé de l'Elysée) Outil d’introspection, le photomaton fixe les métamorphoses du moi.

(Museé de l'Elysée) Outil d’introspection, le photomaton fixe les métamorphoses du moi.

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Le Musée de l’Elysée explore jusqu’au 20 mai le thème de l’identité dans sa nouvelle exposition «Derrière le rideau». L’esthétique photomaton». A travers 7000 visages, elle révèle l’influence de cette drôle de machine sur le monde artistique, des surréalistes à Cindy Sherman en passant par Andy Warhol.

Le photomaton a traversé le 20e siècle pour livrer en images notre identité, a expliqué le directeur du Musée de l’Elysée Sam Stourdzé mercredi à Lausanne. Les amateurs et artistes n’ont eu de cesse de le détourner, à commencer par les surréalistes.

L’exposition, une création du musée, est la première à se pencher sur l’esthétique du photomaton. Quelque 600 oeuvres d’une soixantaine d’artistes témoignent de la richesse de son utilisation artistique. Certains s’intéressent au dispositif technique, d’autres à la séquence d’images, à l’identité légale ou à la mise en scène de soi et des autres.

Confessional moderne, la cabine par exemple invite aux aveux les plus intimes, tout en se trouvant dans un espace public, a expliqué Clément Cheroux, commissaire de l’exposition. Des photos de baisers très prudes et quelques scènes plus osées, notamment de Franco Vaccari, témoignent de ce qui se cache derrière le rideau.

Portrait automatique

Le photomaton associe deux des trois éléments constitutifs de la photo, l’appareil, le sujet, mais non l’opérateur, a-t-il rappelé. Et cet automatisme a fasciné les surréalistes qui en ont fait un usage intensif dès l’installation des premières cabines en 1928. Bon marché, simple, populaire, la machine leur offrait une expérience similaire à celle de l’écriture automatique, mais dans le portrait.

L’exposition propose ainsi des images très rares d’André Breton dans un photomaton, sortant de son rôle sérieux de pape du surréalisme. Elle dévoile des portraits d’Yves Tanguy, Louis Aragon, Paul Eluard, Max Ernst ou encore Raymond Queneau.

La démarche a également séduit Andy Warhol, a souligné M.Cheroux. Mais aussi Richard Avedon, Jacques-Henry Lartigue, les musiciens du groupe Fluxus et bien d’autres encore présentés à l’Elysée.

Poésie du ratage

Le photomaton est aussi un cinéma en miniature, a noté le commissaire. Constituée d’images juxtaposées, la bande recrée des continuités spatiales et temporelles, raconte des histoires, à l’instar des oeuvres de Jean-Michel Berberola, Ian Wenzel, Svetlana Khachaturova, ou encore Roland Topor.

Autre pièce majeure présentée, l’album de Michel Folco qui a inspiré le film de Jean-Pierre Jeunet «Le fabuleux destin d’Amélie Poulain». Il est constitué de photos ratées de photomatons abandonnées par leur propriétaire.

Je, tu, nous

Le photomaton est aussi le lieu où s’incarne l’identité. Outil d’introspection, il fixe les métamorphoses du moi, comme le fait Alain Baczynscki après chaque séance chez son psy. Ou encore il devient espace de mise en scène de soi, comme dans les autoportraits de Cindy Shermann et Gillian Wearing.

L’appareil permet aussi d’interroger l’autre à travers le système des papiers d’identité. L’identité collective se marque à travers des photos à plusieurs. Une démarche qui a ses limites, puisque l’on case sept personnes au maximum dans un photomaton, a souligné M. Cheroux.

Bruxelles et Vienne

Pour l’occasion, le musée de l’Elysée a fait venir de Chicago un photomaton des années 60. Chaque visiteur pourra se faire tirer le portrait et, s’il le souhaite, léguer les traditionnelles quatre poses à la collection de l’Elysée. Le musée exposera les meilleures lors de la Nuit de l’image le 22 juin.

Après Lausanne, «Derrière les rideaux» sera présentée au Botanique de Bruxelles de juin à septembre, puis au Kunsthaus de Vienne d’octobre à décembre. (ats/Newsnet)

Créé: 15.02.2012, 15h32

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