Bon sang ne saurait mentir

DisqueDuo de basse et de batterie puisant aux racines du riff, Royal Blood confirme la qualité de sa formule. A écouter parmi les rares groupes à guitares du Montreux Jazz

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Trouver un bon nom de groupe n’est pas tout. Il faut ensuite le mériter. Et Royal Blood, «sang royal», impose quelques exigences en termes de qualité, pour ne pas chuter dans la roture, le ridicule ou l’oubli. Ça tombe bien: après un premier album qui épinglait d’emblée les insignes aristocratiques aux vestons du batteur Ben Thatcher et du bassiste et chanteur Mike Kerr, un second essai confirme les qualités vitales — et le potentiel viral — du rhésus anglais. How Did We Get So Dark? (extrait ci-après) s’impose en grand disque rock, marqué par le fer de Led Zeppelin mais élégamment contraint par la formule étonnante du duo basse-batterie. Flash-back.

En 2013, Ben Thatcher et Mike Kerr ne sont que deux potes de pub, sur la route qui les ramène de l’aéroport de Brighton. Ben est venu y chercher Mike rentrant d’un séjour en Australie. L’idée fuse alors comme un gag: il y aurait moyen de jouer demain, alors amène ta basse près de ma batterie et composons quelques chansons en moins de 24 heures. Dont acte. Royal Blood naît dans cette effervescence qui ne faiblira plus, de ce premier concert improvisé et confidentiel à la première partie américaine des Foo Fighters dans les plus grands stades américains. «Ces trois dernières années ont passé comme un rêve, résume Mike Kerr dans la presse anglaise. Il n’y a pas eu de bas. Ce fut un décollage constant où tout se mettait en place et où nous découvrions chaque chose dans un étonnement perpétuel. Nous ne revivrons jamais une telle expérience.»

Comme dans tout conte qui se respecte, quelques fées s’étaient penchées sur le berceau princier. A commencer par Alex Turner, le chanteur des Arctic Monkeys qui affronta en 2013 la grande scène de Glastonbury moulé dans un T-shirt Royal Blood. Suffisant pour allumer la mèche du buzz et se demander qui se cachait derrière le noble blason. La réponse est parvenue peu après, via une poignée de singles assez efficaces pour faire du groupe la nouvelle sensation britannique, revitalisant le modèle désormais usé du duo rock popularisé par The White Stripes, puis The Kills et autre Black Keys.

Ici, la basse remplace la guitare, une incongruité qui ne serait que caprice si Mike Kerr n’avait inventé une manière sidérante de décupler le son de sa Gibson 4 cordes, ajoutant au punch naturel de la basse la chaleur et l’ampleur de la guitare électrique. Sans se noyer dans les effets, il conjugue sur scène la sobriété du duo et la largeur d’une armée au combat, alternant la science du riff sur une corde et les accords profonds, dans le giron de Muse et de Queens Of The Stone Age mais avec une économie de moyens surefficace.

Une statuette et des stars

Après quelques semaines de repos, les deux compères ont composé et enregistré How Did We Get So Dark? entre Hollywood, Brighton et Bruxelles. On y sent l’expérience acquise et une assurance rendue plus solide encore depuis que Jimmy Page himself a remis au duo la statuette du meilleur groupe lors des Brit Awards de 2015.

D’autres héros plus contemporains ont marqué les musiciens de 27 ans. «Un soir à Hollywood, Mike disparaît en pleine session de composition, raconte le batteur. Deux heures plus tard, il me téléphone complètement stupéfait: «Je fume un joint dans une limousine avec les créateurs de South Park!» C’est ce genre de trucs dont on n’aurait même pas osé rêver.»

Royal Blood doit pourtant s’y faire: son groupe sanguin est du genre universel, capable de rassasier autant les corps avides de puissance hard rock, les organismes en attente de groove et les cerveaux s’oxygénant aux belles mélodies pop. L’aristocratie du rock’n’roll avait besoin de sang neuf. (24 heures)

Créé: 17.06.2017, 19h34

Critique




Le punch bien enrobé



Leur premier disque était né par la magie de compositions équilibrées et puissantes jetées entre quatre murs par deux potes en plein amusement. Trois ans, plusieurs tournées mondiales et un Brit Award de «meilleur groupe anglais» plus tard, Royal Blood devait retrouver la même simplicité inconséquente qui avait présidé à la qualité surprenante du premier essai. Pas simple. Le duo s’en tient aux basiques: un riff, une chanson, mais cède à une très relative «surproduction» par le moyen d’overdubs instrumentaux et de chœurs pour gonfler ses refrains.

Le résultat de l’astuce flirte parfois dangereusement avec Muse, l’exemple à ne pas suivre en matière d’emphase vide (Look like you Know). Quand la basse part dans des frises étranges, elle grignote les graines des Queens Of The Stone Age, surtout quand Mike Kerr «croone» haut sa voix. Ces trop vives influences mises à part (qu’il est admirable d’atteindre quand on joue en duo!), «How Did We Get So Dark?» remplit son quota de grenades dégoupillées, balancées frontalement. Kerr s’amuse avec sa voix franche et claire, qu’il la crache en slogans ou qu’il la module en mélodies accrocheuses. Le groove, qui sauve Royal Blood d’une banale rigidité de metal bluesy, innerve chaque titre et chaque tempo — même le sensible «Don’t Tell», prière lente et délicate jouée sur une basse gavée d’électricité. Au terme de cette collection de pépites groovy, le duo peut même oser glisser un Fender Rhodes sous le couplet de «Hole in your Heart», exception à sa propre règle qui le contraint mais le rend unique et séduisant.

Au Montreux Jazz Festival

Royal Blood au Lab

mardi 11 juillet
Loc. Ticketcorner et sur le site
www.montreuxjazzfestival.com

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