Le brass band La Riviera vaudoise métisse ses notes de sons balkaniques et d’electro

SpectacleLa formation revient avec une création intime intégrant accords d’ici et de l’est, comédiens et vidéo. Avant-goût.

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C’est un brass band et, pourtant, ses spectacles n’ont rien des productions habituelles de ce type de formation. Depuis une douzaine d’années, La Riviera vaudoise se plaît à déjouer le déroulement attendu du concert de cuivres. Formé d’amateurs de bon niveau de tout le canton, l’ensemble créé en 1970 a revisité le film Les choristes, joué en se déplaçant dans les ports lémaniques, investi le chapiteau du Cirque Helvetia ou partagé la vedette avec des danseurs de claquettes. La formation n’a pas rechigné à prendre une fois encore des risques pour livrer, cette fois, un spectacle drôle et intimiste.

Dans Complètement à l’est, présenté en avant-première il y a quelques jours et donné dès mercredi au théâtre du Pré-aux-Moines à Cossonay, la musique ne fait pas seule le spectacle. Elle se fond avec le texte (porté par des comédiens) et la vidéo, pour raconter poétiquement la virée d’un brass band à l’Est, la rencontre avec les musiciens de là-bas et le métissage de notes qui en résulte.

Hybridation entre l’est et l’ouest, mais aussi entre l’ancien et le moderne. Le rideau s’ouvre sur l’incompréhension générationnelle entre un père, directeur du brass band, et sa fille cadette, qui officie en tant que DJ. Dans un joli numéro d’autodérision, La Riviera vaudoise se met en scène bien campée dans ses traditions. Tandis que retentit en arrière-plan Le Vieux Chalet de l’abbé Bovet, les chaises des musiciens restent vides, le son parvenant de derrière la scène. Sur un écran, des images montagnardes accentuent encore cette impression de paradis perdu, forçant des musiciens en perte de repères à s’en créer de nouveaux. Pour cela, il faudra ce décentrage à l’est.

Le récit poétique de l’écrivain Blaise Hofmann narre cette virée, les 1500 kilomètres en car, l’arrivée chez ces hôtes qui jouent de la musique comme ils respirent. Le spectacle prend un tour engagé lorsque, de retour chez lui, le directeur retrouve les compagnons de notes rencontrés là-bas jouant dans les rues de Lausanne. Car pour ces derniers, il faut bien venir se produire en Suisse l’hiver afin de gagner de quoi nourrir la famille.

Tout de noir vêtus, des comédiens professionnels, dont Sibylle Blanc, prêtent leur voix aux mots du librettiste, tantôt pour raconter, tantôt pour faire parler les personnages, tel le directeur de La Riviera vaudoise qui incarne son propre rôle. Ou tel cet accordéoniste slave qui ignorait qu’à l’ouest, «la musique commence à une certaine heure.»

Le dispositif imaginé par le metteur en scène Sandro Santoro intègre des images projetées en arrière-plan. D’abord humoristiques, elles se font militantes lorsque surgissent les clichés d’Yves Leresche, qui a capté durant longtemps le quotidien des Roms de Roumanie et des Balkans.

Le récit avance, ponctué des interventions du brass band. Sous la baguette de Jean-Claude Bloch, la partition se bal­kanise, dialoguant avec l’accordéon de Gjon Guralumi et la clarinette de Damien Converset. Lorsque les musiciens attaquent Bessarabyanke, l’ambiance des films d’Emir Kusturica n’est pas loin. Un dialogue multiculturel qui culmine dans un dernier morceau flamboyant, Caravan de Duke Ellington, arrangé pour l’occasion par Guy-François Leuenberger. L’ouverture à l’altérité musicale trouve son autre point d’orgue avec l’intervention de la DJ Jennifer Riva. Au final, l’ensemble invite à un spectacle qui interroge nos traditions et notre rapport à la musique, et emporte le spectateur bien au-delà des murs du théâtre. (24 heures)

Créé: 06.12.2016, 09h30

Infos:

Cossonay, théâtre du Pré-aux-Moines
Me 7, di 11, je 15, ve 16,
je 29 et sa 31 décembre
Représentations à 20 h 30
sauf di 11 (17 h) et sa 31 (19 h 30).
Rés. au 021 861 04 75
www.preauxmoines.ch

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