Chandolin, seul face au Sphinx

EscapadeLe plus haut village habité du val d'Anniviers a toujours attiré les artistes en quête de nature vraie.

Le «village de Chandolin» aujourd’hui est tel que peint en 1903 par le Neuchâtelois Edmond Bille.

Le «village de Chandolin» aujourd’hui est tel que peint en 1903 par le Neuchâtelois Edmond Bille. Image: Sierre-Anniviers/DR

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Qu’il soit d’origine ou d’adoption, le Chandolinard n’a d’yeux et de mots que pour son village. Esteban Garcia, lausannois actif dans l’immobilier, dont les sociétés gèrent 2,5 milliards de francs, en est tombé amoureux, il y a dix ans, «en mangeant une fondue sur la terrasse d’un vieux deux-étoiles». Le Plampras, construit en 1961 par un certain Ulysse Zufferey, doit son nom à ce «pré plat» sur lequel s’est bâtie la station sur le haut du vieux Chandolin. Cette même année, la route arrivait et le premier téléski de la vallée, celui de l’Illhorn, était inauguré alors que, déjà, la neige refusait parfois de tomber en hiver. Esteban Garcia a fait de cet établissement «fatigué» un magnifique boutique hôtel (lire ci-contre) qui redonne vie et lits chauds dans ce beau coin du val d’Anniviers: «C’est un investissement personnel. J’ai été submergé par l’énergie du lieu. C’est incroyable qu’un village comme celui-là soit resté aussi authentique et préservé au XXIe siècle. On est très loin du tourisme de masse des stations alpines. Je voulais donner un nouveau souffle à ce coin de paradis.»

Chandolin tiendrait son nom de bardeau en latin (escandulina). De l’époque des «remuages», quand les gens «sortaient et rentraient» de la plaine vers montagne pour vivre, cultiver, élever. Un hameau de paysans qui s’ouvre au tourisme, notamment britannique, dès la fin du XIXe siècle et l’ouverture du fameux Grand Hôtel, en 1897, qui n’accueille aujourd’hui plus que des groupes. Dans un savoureux livre dans la langue de Shakes­peare datant de 1902, un visiteur anonyme raconte dans un récit quasi ethnologique aux accents coloniaux ces femmes habillées en noir, ces hommes portant un «chapeau en forme de champignon» qui font rassir de la «viande salée» durant neuf ans et qui lui déclarent: «Nous sommes race romaine.»

«Survivance des arbres morts»

Au début du XXe siècle, Chandolin se met à aimanter les artistes. A commencer par Edmond Bille, le peintre neuchâtelois, qui y bâtira le premier chalet de touriste en 1905 après y avoir peint, sur commande d’un pasteur de Dombresson (NE), Le Sphinx. Le surnom du Cervin qui, depuis ici, troque son profil pointu pour des courbes moins abruptes. A la tête de la fondation, sa petite-fille, Geneviève Grandjean, née au village, insiste: «On ne se remet pas d’un coucher de soleil ici. Pas plus que de la qualité du silence.» Dans L’aventure de Chandolin, les époux S. Corinna Bille et Maurice Chappaz écrivent aussi des choses à la fois tendres et brutes. Sur ce «village en bois de mélèze et d’arole, survivance des arbres morts», ces «façades qui acceptent le néant, aidées de leurs toits gris et doux comme un plumage», «ces maisons de madrier sur un rez en gneiss (…), qui regardent la lumière» ou ce «damier des cultures et des toits»

Les champs de patates d’alors ont laissé la place à de minuscules pâturages. Les Chandolinards, leurs vaches et leur étable communautaire sont aujourd’hui les jardiniers de ce paysage. La visite du village avec Christiane Crettaz, guide et enfant du lieu, suit le parcours historique et démarre à au lieu-dit de la Tzoupa, «là où la combe descend jusqu’à la rivière de la Navizence, faisant remonter des tourbillons neigeux lors des hivers tempétueux.» On passe par l’ancien chalet d’Ella Maillard, «Atchala», puis, à côté du four banal, par ce micromusée bourré de charme qui célèbre depuis vingt ans l’écrivaine-voyageuse genevoise dans une chapelle qui daterait de 1500. On découvre ou redécouvre cette pionnière qui fut l’une des premières, bien avant la Lex Weber, à défendre les vertus d’un tourisme alpin durable. A l’étage, on revoit avec plaisir sur un écran minuscule l’une de ses rares interviews, où elle sermonne un journaliste allemand qui bêche mal son jardin ou qui ne s’assied pas les deux pieds à plat sur le sol pour accaparer l’énergie du lieu.

Cinq sommets à plus de 4000 m

Le chemin se poursuit jusqu’aux vieux raccards et passe par cette étrange croix du quartier de Tsarire sur laquelle sont fixés les outils de l’exécution du Christ: couronne, marteau, échelle, lance et pince à arracher les clous. On grimpe ensuite vers l’église de la patronne du village, sainte Barbe – rapport aux mines de cuivre, d’argent, de plomb, de zinc et de bismuth exploitées aux XVIIIe et XIXe siècles – construite par un jeune paysan autodidacte, Elie Caloz, qui conçut aussi son orgue dont le clavier est en os de vache «mais qui fit promettre que l’on attende son enterrement pour l’utiliser devant lui», sourit Christiane Crettaz. La cloche vient d’Annecy et fut transportée à dos de mulet depuis Soussillon et montée à l’aide d’une passerelle vers le clocher», poursuit la guide. A l’intérieur, des vitraux d’Edmond Bille et d’Albert Chavaz.

On continue le chemin dit du Calvaire pour y arriver, justement. Au lieu-dit du Bâ de la Saint-Jean, au pied du Grand Hôtel. La vue panoramique est paradisiaque. Avec la couronne impériale et les cinq 4000, de gauche à droite: le Weisshorn, le Zinalrothorn, l’Ober Gabelhorn, le Cervin, la Dent-Blanche. Assise sur ce banc, Ella Maillart écrivait: «D’ici l’œil domine le monde. Entouré du ciel, enfin à l’aise, le cœur se dilate, aimant tout ce qu’il voit.» D’un des plus hauts villages habités d’Europe, tout est dit. Ou presque.

www.valdanniviers.ch Possibilité de visites guidées: 027 476 17 15 chandolin@anniviers.ch (24 heures)

Créé: 18.06.2017, 09h02

Un boutique hôtel de charme avec un restaurant gastronomique




Vous préférez dormir au-dessus ou au-dessous de 2000 mètres? Dans le nouveau Chandolin Boutique Hôtel, cela dépendra de l’étage où vous choisirez de résider. L’ancien deux-étoiles (le Pramplas) a été patiemment rénové pour en obtenir quatre et répondre désormais aux normes Minergie. Du madrier, de la pierre du Simplon et de larges baies vitrées pour laisser entrer la lumière paradisiaque de la vallée.

Quelque 29 chambres, suites (Photo) et appartements, où les miroirs jouent avec les fenêtres et le paysage. Redessiné par un bureau d’architecte local (Kittel SA à Vissoie) et une agence de décoration tessinoise (Extreme Artdesign Studio), l’établissement prône des valeurs environnementales (chauffage à pellets, entreprises et fournisseurs locaux, paperless). On y trouve également un joli spa plein de charme de 50 mètres carrés traversé par des troncs de bouleau et où un brumisateur vous rafraîchit à coup de menthe. Sans parler d’une masseuse qui sait insuffler à votre chakra l’énergie environnante. Le jacuzzi en extérieur devrait suivre bientôt.

C’est un couple d’hôteliers bien connu des Vaudois – ils ont officié au Mirador du Mont-Pèlerin – qui assure la gérance du lieu. Charlotte et Jean-Marc Boutilly veulent y apporter «distinction et authenticité, une expérience à taille humaine».

Aux fourneaux, on trouve Stéphane Coco. Cet ancien de chez Joël Robuchon à Monaco est un vrai technicien. Ses associations (Saint-Jacques et lard de Colonnata, bœuf de Kobe et épinards au wasabi, mousse de céleri et gruyère caramel) sont pertinentes et ses cuissons d’une précision diabolique. Ne lui reste qu’à trouver les producteurs pour travailler avec des produits régionaux plus en adéquation avec le concept de l’hôtel. Mais la clientèle du val d’Anniviers est déjà conquise et les réservations conseillées.

La cave et ses 400 références sont gérées par le sommelier Thomas Scheidt, joueur et découvreur. Et notons aussi pour les amateurs le Moonclub au sous-sol, un bar pour les amateurs de cocktails de nuit.


Chandolin Boutique Hôtel ouverture de juin à mi-octobre et de décembre à mi-avril.
Chambre double dès 165 fr.
Le Restaurant est ouvert aux hôtes extérieurs.

www.chandolinboutiquehotel.ch

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