Visions du réel ouvre ses écrans sur un monde illuminé par l’enfer et le paradis

CinémaLe festival de films de Nyon débute vendredi. Propos de Luciano Barisone, qui signe sa dernière édition de la manifestation.

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«Le nom de Visions du Réel se prête plus que jamais aux films que nous présentons.» Le directeur de la manifestation nyonnaise, Luciano Barisone, ne récite pas le bréviaire marketing de son festival. Il cite aussi Andreï Tarkovski, son totem de cinéphile, artiste qui affirmait que la création artistique a des aspects multiples, que les cheminements de l’homme sont infinis et qu’aucun d’entre eux n’est trop modeste pour être négligé… Alors que s’ouvre l’édition 2017, dès jeudi soir avec deux avant-premières, le responsable reprend son bâton de pèlerin pour chasser les conceptions – heureusement de moins en moins fréquentes – qui voudraient réduire le cinéma du réel à la forme figée d’un documentaire neutralisé par des précautions journalistiques, pseudo-objectivantes. Car si tout le monde s’arrête sur le terme de «réel», se demandant ce qui l’est et ce qui ne l’est pas, le responsable de la programmation pense plutôt aux «visions», conscient des échappées qu’ouvre le cinéma dont il rêve.

«La poésie est fondamentale, encore plus que le cinéma, même le plus pauvre, car elle est complètement gratuite – je n’ai jamais connu de poète devenu riche ou qui puisse même vivre de ses écrits. Le plus important étant cette volonté de partager leurs intuitions, leurs illuminations avec les autres.» Pas d’angélisme dans cette déclaration de foi puisqu’il assure aussi que cette nouvelle cuvée s’avère plus politique que jamais. «Politique, oui. Mais pas de celle des partis. Il s’agit de prendre position, dans une visée humaniste.»

Les films contre l’exclusion

Si Visions du Réel, au moment d’annoncer son programme, s’était réclamé de la notion de famille, ce n’est pas pour s’adonner au jeu du même nom, mais pour revendiquer une résistance au courant de fond des dérives actuelles. «Aujourd’hui, la constante des situations politiques et sociales est basée sur l’exclusion. Il suffit de se pencher sur les discours de Marine Le Pen en France ou d’Erdogan en Turquie. Mais la majorité des films et des cinéastes que nous présentons relèvent d’un élan vers l’inclusion, qu’elle soit sociale, ethnique, religieuse ou de genre, pour retrouver des formes de communauté et de solidarité.»

Jamais avare en exemple – et il faut évidemment aimer les situations concrètes quand on milite pour un cinéma du réel –, Luciano Barisone cite le film d’ouverture Grown ups et ses trisomiques qui aimeraient fonder une famille, au mécontentement de leurs parents. «Mais le cinéaste ne se prononce pas contre ces désirs.» Ou Meu corpo é político («Mon corps est politique»), film brésilien qui raconte le destin d’une personne transgenre. «En Italie, on serait regardé comme un freak. Là, on voit un directeur d’école qui fait son travail et qui ne se retrouve pas socialement identifié comme un monstre ou un ennemi: inclusion.»

Les dizaines de vies qui se bousculent sur les écrans de Visions du Réel frôlent souvent l’enfer, parfois le paradis. De ces tensions qui génèrent leur lot d’absurdités, le cinéma cherche à trouver des sens possibles. «Chaque moment de vie est une porte qui s’ouvre sur le monde. Une fois rassemblées, ces bribes – par exemple le travail sur les détails d’Alain Cavalier, honoré Maître du Réel – finissent par former un discours.» Il y a des épiphanies qui se dispensent de signification, comme «cette grenouille verte apparaissant au bout du doigt d’une femme dans le Thérèse de Cavalier». Mais la plupart des films de Nyon ouvrent des débats qu’il appartient au public de poursuivre, et de clore. «C’est une façon de respecter le spectateur, trop souvent utilisé par un cinéma commercial qui le perçoit comme incapable de penser. Cela crée de la peur, alors que d’un esprit ouvert au dialogue sortent des choses rassurantes.»

Au moment de conclure, le directeur se replonge dans le travail concret avant l’ouverture du festival. «Il faut que je colmate les trous du bateau, en espérant qu’il ne fera ni trop beau ni trop mauvais pour attirer le public dans nos salles!» Bon cap sur les illuminations du réel. (24 heures)

Créé: 19.04.2017, 21h11

Infos

Nyon et région, divers lieux
Du ve 21 au sa 29 avril (avant-premières jeudi soir)
Rens.: 022 365 44 55
www.visionsdureel.ch

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