Black Movie scrute l’obscur objet du pouvoir et du désir

Cinéma Sexualité, argent, guerre, racisme: du 20 au 29 janvier, le festival projette 116 films forts en gueule, autant de visions du monde actuel.

«Amerika Square», du réalisateur grec Yannis Sakaridis, questionne la xénophobie au quotidien, à grand renfort d’humour noir.

«Amerika Square», du réalisateur grec Yannis Sakaridis, questionne la xénophobie au quotidien, à grand renfort d’humour noir. Image: DR

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Black Movie, 18e édition. Ce sont, en premier lieu, ces images placardées dans la ville annonçant la tenue du 20 au 29 janvier du festival international de films indépendants: des palmiers fantomatiques, couleur argent sur fond anthracite. Noire, l’affiche. Les films ensuite, 48 longs métrages et 68 courts, présentés mardi par les programmatrices, Kate Reidy et Marta Watzlawick. Les thèmes dominants? Corruption, censure, exil, racisme, homophobie, djihad, guerre, deuil. Noir, les films.

Noir, c’est ainsi qu’on aime le cinéma chez Black Movie. Pourtant, il y a (un peu) de rose au menu, sexualité, amour, rêve, voyage, musique aussi… Où la mort d’un fils mérite que l’on fume un petit joint (Une semaine et un jour de l’Israélien Asaph Polonsky), où les affres de la puberté suggèrent des délires surréalistes (Baby Bump, du Polonais Kuba Czekaj). Là où va Black Movie, scrutant cet obscur objet du pouvoir, il y a aussi, comme planche de salut, le désir et son corollaire, le plaisir.

Documentaire de Littell

Hors des sentiers battus, le festival Black Movie l’est assurément. En 2017 encore. La manifestation tient haut la main son rôle d’empêcheur de filmer en rond. En quête des bobines à rebours du mainstream, le festival fait toujours autant de place pour les œuvres critiques. Dans la section A suivre, celle des vedettes: retrouvailles attendues avec le Sud-coréen Hong Sangsoo et son Yourself and Yours; haie d’honneur pour le Portugais João Pedro Rodrigues et son intrigue homo érotique mêlée d’iconographie Renaissance, L’ornithologue; cohue probable pour le dernier Kiyoshi Kurosawa, Creepy. Thème phare de ce sombre cru festivalier, l’«Abus de pouvoir» vaut une section a lui tout seul. Point tant de grands noms ici, mais des francs-tireurs: le film coup-de-poing du Grec Yannis Sakaridis, Amerika Square, sur la xénophobie ordinaire, en première européenne. Egalement Radio Dreams de l’Iranien Babak Jalali, l’histoire d’une radio de San Francisco dirigée par un Perse aux manières dictatoriales…

Si le pouvoir rend méchant, heureusement Black Movie sait où chercher des antidotes. Voir pour cela la section «Black Power», nourrie de films documentaires. Celui de l’écrivain Jonathan Littell, Wrong Elements, quatre enfants soldats revenus du néant affectif, tentant l’impossible digestion du mal. Et le bien nommé Contre-pouvoirs de l’Algérien Malek Bensmaïl: lorsque la presse se censure elle-même, que faire pour résister? Se brancher sur Internet? A la section «Post-Millénials», Black Movie l’affirme: tous les enfants des années 1980-2000 ne sont pas des «digital natives» bouffés par le virtuel. Si Layla M (Mike de Jong, Pays-Bas) veut faire la guerre sainte, elle n’avait rien d’une conne à l’origine. Ni Los Nadie, ces «nobodies» qui ne rêvent que d’une chose, voyager sur la terre ferme (Juan Sebastián Mesa, Colombie).

Petit Black Movie et fiesta

Notons encore la section «Sexualités, Etc.» qui servira une rareté, La Belladone de la tristesse, film animé tâtant de l’éros et du thanatos, réalisé en 1973 par Eiichi Yamamoto. De même que le Petit Black Movie: pour les enfants, ce sont une flopée de courts-métrages d’animations; pour les adultes, tous ceux que l’on ne montre pas aux enfants… Dernière chose: après avoir parcouru Grütli, Spoutnik, Cinélux, Empire et Auditorium Arditi pour s’en mettre plein la vue, le curieux pourra épancher ses envies de fiesta à l’Usine tous les soirs chez Kalvingrad.

18e Festival Black Movie du 20 au 29 janvier. Infos: blackmovie.ch

(24 heures)

(Créé: 10.01.2017, 19h09)
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