Événement
Fersen joue au soldat
«Il fallait un poète, un artiste qui porte la poésie sur la route avec une identité forte. Une patte, un son, une approche personnelle des mots et des images qui résistent aux modes.» Pour sa mise en scène de L’histoire du soldat, de Charles Ferdinand Ramuz, Roland Auzet a trouvé sa muse. «Qui mieux que Thomas Fersen pouvait se faufiler entre les mots et les notes afin de restituer la force et la symbolique de cette histoire?» ajoute le metteur en scène et directeur du Théâtre de la Renaissance, à Oullins, près de Lyon.
En voisins français, les deux artistes ont approché cette pièce majeure du répertoire théâtral musical suisse en étant «dénués de charge patrimoniale», relevait récemment René Gonzalez à Vidy. Il en résulte une mise en scène novatrice et moderne recourant aux projections vidéo. Les sept musiciens – tous élèves de la Haute Ecole de musique de Lausanne (à l’exception de la violoniste professionnelle Isabelle Magnenat) – nichent sur de petites plates-formes accrochées de manière aléatoire en fond de scène. Mais cette proposition ne s’est pas concentrée uniquement sur l’esthétique.
«L’approche est spontanée et pleine de fraîcheur, relève le chanteur Thomas Fersen, révélation aux Victoires de la musique 1994. De nouvelles allégories ressortent de la mise en scène. Cela confère au texte un relief inédit.» Interprète de tous les rôles, il a en outre choisi d’impliquer le public. Les questions que posent le diable et le soldat, l’artiste les lance aux spectateurs. «Ça peut être assez troublant», reconnaît-il. Thomas Fersen incarne donc seul les cinq personnages que compte la distribution.
«Quand Roland Auzet m’a approché, il m’a proposé de partager la scène avec un comédien, raconte-t-il. C’est moi qui lui ai suggéré de tout faire moi-même car je me sentais plus à l’aise ainsi. Je ne suis pas comédien. Ça m’inquiétait de devoir donner la réplique à quelqu’un.» Le musicien, 49?ans, n’a pas hésité longtemps avant de foncer dans le projet. Non seulement il connaissait Ramuz à travers plusieurs de ses textes, dont Aline ou Derborence, mais, en plus, il a découvert dans L’histoire du soldat «une imagerie» proche de la sienne. «J’ai tout de suite senti une certaine familiarité avec cette langue singulière et attachante.» Son accord, il l’a toutefois donné à la condition qu’il puisse bénéficier de la même liberté que dans ses projets personnels. «Nous avons commencé à travailler très tôt, et je n’ai jamais eu envie d’arrêter.»
Comble du hasard, le projet tombe au moment où Thomas Fersen travaille «secrètement» ses talents de conteur. «C’est la continuité d’un chemin que j’ai commencé en narrant des textes sur scène. Le travail avec Roland Auzet m’a permis de faire un grand pas. Un grand pas de soldat.» Sans délaisser la chanson qui voit cet enfant de Prévert s’épanouir, Thomas Fersen se voit bien approfondir son rôle de narrateur dans ses futures productions. «A chaque représentation, je ressens davantage de plaisir. Il n’est pas exclu que j’utilise ce nouvel élément scénique de manière plus radicale dans mes futurs spectacles.» Le texte de Ramuz débute ainsi: «Entre Denges et Denezy…» Thomas Fersen pourrait profiter de son séjour en terres vaudoises pour faire un tour dans les villages. «J’aurai peut-être la curiosité d’y aller, s’amuse-t-il. Mais ça dépend: c’est loin de Lausanne?»
Lausanne, Théâtre de VidyDu mardi 14 au jeudi 23 févrierRens.: 021?619?45?45www.vidy.ch En concert: Genève, Voix de Fête samedi 17 mars Rens.: 022 307 10 46 www.voixdefete.com (24 heures)
Créé: 07.02.2012, 14h39
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