Générations sacrifiées, générations enfumées

CritiqueDans la fumée et les décibels, Vincent Macaigne donnait la première d’«En Manque», mardi à Vidy

Dans En Manque, le brouillard est sur le plateau, mais aussi dans les têtes.

Dans En Manque, le brouillard est sur le plateau, mais aussi dans les têtes. Image: DR

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«C’est plus facile d’aimer ses enfants quand ils sont morts.» Cette phrase jetée à mi-parcours d’En Manque, dernière pièce de Vincent Macaigne présentée mardi à Vidy, porte un amour violent, désespéré et d’une lâcheté à l’infamie assumée. Elle résume aussi de façon intrépide le propos.

L’avenir est barré, interdit, et les parents, habitués à se réfugier dans les valeurs rassurantes du passé, en sont réduits à accepter le sacrifice de leur descendance dans un monde qui a perdu le fil de l’histoire. La nouvelle génération bouffe un brouet idéologique où se mixent anarchisme et bouddhisme, Gandhi et Kurt Cobain, dans le supermarché d’une pensée vaguement hédoniste où erre une jeunesse amnésique, si ce n’est «confusionnée» par trop de références. Paint It Black des Stones vaut bien un Caravage...

Le dramaturge place ses enjeux sur le terrain de l’art. Une femme à la tête d’une fondation ayant capitalisé tout le patrimoine artistique européen assiste à l’échec d’une redistribution de ces trésors à la «populace». Le fracas de sa propre utopie (en résonance avec sa vie amoureuse) se heurte à la «révolutionnite» aiguë de sa fille et de ses amis, embarqués dans le terrorisme comme on va en boîte de nuit. Quand il «n’y a plus d’histoire à raconter», la mort devient en effet la meilleure sortie de scène.

Pour traduire scéniquement et visuellement ce chaos, ce tunnel qui ne mène nulle part mais où il faut bien continuer à vivre, le metteur en scène saccage son plateau de fondation-galerie à grands jets de liquide et de fumée claustrophobique – créant des tableaux saisissants – et lâche les décibels, faisant à l’occasion chanter la nostalgie de Yesterday. L’ère du vide s’agite: le degré zéro de la résistance. Mais il faut bien commencer quelque part.

(24 heures)

Créé: 14.12.2016, 12h52

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La pièce

Lausanne, Théâtre de Vidy
Jusqu’au me 21 décembre (19h30, horaire modifié jeudi 15: 20h)
Rens.: 021 619 45 45
www.vidy.ch

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