«L'innocence des Mummenschanz est universelle»

ScènesLe nouveau spectacle muet, «You & Me», arrive sur les bords du Léman. Entretien avec la cofondatrice Floriana Frassetto.

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Sur scène, Floriana Frassetto aime disparaître dans son costume de velours noir, le visage masqué par un carton couvert de velours magique sur lequel elle invite les spectateurs à dessiner ses traits. En dehors, la cofondatrice des Mummenschanz (en 1972, avec son amoureux de l’époque Bernie Schürch et le «frère que je n’ai jamais eu», le regretté Andres Bossard) affiche la plupart du temps un sourire chaleureux. Elle évoque volontiers leur passé de saltimbanques, les rencontres sur la route, les bricolages de dernière minute en coulisses et ses éclats de rire avec les jeunes membres qui ont rejoint la troupe depuis 2015. Son plaisir est communicatif et l’on comprend aisément pourquoi elle a décidé de monter un troisième spectacle muet, You & Me, et de perpétuer ainsi cette tradition suisse unique, contre vents et marées.

L’origine des Mummenschanz est à Rome, non?
Tout à fait! C’est là que j’ai rencontré Andres et Bernie en 1971, qui y jouaient Jeux de fous et de masques. J’étais dans le public, totalement fascinée par ce qu’ils faisaient. Je devais rejoindre une prestigieuse école parisienne, j’avais des projets… Et un jour, la fille qui s’occupait de la technique leur a fait faux bond et je l’ai remplacée. J’ai vite fait d’oublier Paris. Plus jeune, dans mon école de nonnes de Barcelone, je n’avais pas seulement appris à prier mais aussi à coudre. Rapidement, je me suis mise à réparer puis à améliorer les costumes et j’ai trouvé ma place de pacificatrice entre ces deux forces créatrices. Je suis rentrée en Suisse avec eux.

C’est ainsi que sont nés les Mummenschanz…
Exactement, dans un minuscule bureau de trois mètres sur trois où nous improvisions sans cesse avant de traduire nos numéros parlés dans ce langage merveilleux qu’est le silence.

Le succès a-t-il été immédiat?
Oh non. Nous savions que nous risquions de crever de faim en nous contentant de jouer dans les petits théâtres: il fallait viser haut. Alors on remettait l’ouvrage sur le métier, on améliorait les masques, on créait de nouvelles formes, comme cette bouche verte sans langue, avant de partir pour Avignon. Nous n’avions même pas de rideau noir, juste quelques torchons, mais le public a aimé ce spectacle sans paroles qui leur parlait beaucoup. C’était une période difficile, mais fantastique. Je vendais les billets puis je courais me changer. Après la représentation, nous allions coller les affiches des suivantes.

Après les petites tournées suisses, l’Amérique!
Oui! Un agent est venu nous voir à Zurich et nous a engagés pour 10 spectacles. Nous y sommes allés la peur au ventre, sommes montés sur scène les genoux tremblants et avons connu un grand succès. C’est là que nous avons compris qu’il y avait un avenir pour les comiques clownesques mais aussi esthétiques que nous étions, que ce public américain habitué aux dessins animés nous adorait.

Puis la reconnaissance du New York Times
Oui, la plus belle critique que nous ayons eue. Elle a fait beaucoup pour notre succès outre-Atlantique. Cela dit, l’innocence est universelle; l’esprit Mummenschanz touche les gens où qu’ils soient. Nous avons tourné trois mois, sommes rentrés, puis repartis tourner cinq mois. Nous visions Broadway et y sommes parvenus, mais seulement parce que Bernie et moi avons trouvé un théâtre qui allait être détruit. Nous avons pu y rester trois ans (de 1977 à 1979), toujours avec le même spectacle.

Un boulot énorme et épuisant pour trois personnes, non?
Et comment! C’est à ce moment-là que nous avons créé une troupe avec trois comédiens de plus, dont une Vaudoise. C’était super d’enseigner aux autres ce que nous faisions instinctivement.

Et la Suisse dans tout ça?
Elle a été lente. Genève nous a accueillis en 1977, puis nous avons tourné avec Knie en 1988. Nos spectacles ont évolué en passant des animaux aux malentendus de la communication. Bernie et moi faisions tous les costumes en sculptant de la mousse, Andres sculptait les mots avec les journalistes. Malgré notre longévité, nous n’avons jamais roulé sur l’or. Les applaudissements du public étaient notre salaire émotionnel, les recettes des entrées payaient le loyer. Andres est décédé, Bernie est passé à autre chose et moi je m’ennuyais à parler toute seule avec mes costumes en mousse, alors voici You & Me!


Genève, Théâtre du Léman Du ma 25 au di 30 avril (20 h 30), sa et di aussi 15 h Mézières, Théâtre du Jorat Du ma 30 mai au di 4 juin (20 h), sa 15 h, di 17 h www.mummenschanz.com

(24 heures)

Créé: 20.04.2017, 22h19

Critique

Toujours poétique, toujours unique, toujours silencieux, l’univers des Mummenschanz happe à chaque fois le spectateur avec une facilité déconcertante. Cela fait 45 ans que ces drôles de formes racontent des histoires, dessinent des tableaux, déclenchent des sourires ou font couler des larmes avec pour seule bande-son quelques bruitages. Pas facile, dès lors, de se renouveler? Au contraire, Floriana Frassetto puise son inspiration non seulement dans le monde qui l’entoure – comme cette scène où des jeunes en pulls à capuche font des selfies avec leur tablette – mais aussi dans les innovations technologiques au niveau des matériaux. Des tissus qui flottent avec un bruissement évoquant le large ou qui captent la lumière et se transforment en insectes… Tout est propice à la rencontre, au dialogue, à l’interrogation. Les mondes aériens et sous-marins se prêtent idéalement à la poésie, mais You & Me surprend aussi, notamment avec ces violons qui deviennent humains. On retrouve avec plaisir les énormes mains et les tubes qui jouent au ballon, comme on fredonnerait les hits de son chanteur favori, devenus incontournables dans tout spectacle à l’ADN immédiatement identifiable.

Ses jeunes protégés

Sara Hermann

Dans la troupe des Mummenschanz depuis mai 2015.

«Sara était déjà avec nous lors de l’ancien spectacle. Je l’ai découverte lors du concours du Pour-cent culturel de la Migros. J’ai aimé son assurance, sa confiance en elle et son courage à se lancer. Cette fille a la force d’une montagne! Une montagne joyeuse, positive et disponible.»

Christa Barrett


Dans la troupe des Mummenschanz depuis août 2016.

«C’est la dernière arrivée. Christa nous a été amenée par Kevin (ndlr: ci-dessous). Tous les deux ont suivi l’école Dimitri. Elle sait se faire toute petite et aime transformer chaque objet en quelque chose de drôle. C’est aussi une acrobate à la gestuelle généreuse qui passe son temps à faire le clown.»

Oliver Pfulg

Dans la troupe des Mummenschanz depuis mai 2015.

«Oliver aussi est avec nous depuis deux ans. C’est un grand poète bourré de talent, prêt à répéter jusqu’au bout de la nuit pour me donner satisfaction. Il s’adapte avec facilité aux changements, qui sont minimes mais nombreux. C’est quelqu’un de très doux et délicat.»

Kevin Blaser

Dans la troupe des Mummenschanz depuis juillet 2016.

«Kevin est plus physique qu’Oliver, c’est le meilleur acrobate de la troupe. C’est intéressant de pouvoir utiliser quelqu’un qui sait marcher sur ses mains. C’est un garçon très joueur, mais son esprit analytique le pousse à toujours tout remettre en question.»

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