La psychanalyse, à quoi ça sert?

RécitDans "Et toujours elle m'écrivait", Jean-Marc Savoye raconte avec pudeur et élégance ses trois cures analytiques.

Jean-Marc Savoye parvient au sommet du Mont-Blanc le 27 juin 2014.

Jean-Marc Savoye parvient au sommet du Mont-Blanc le 27 juin 2014. Image: DR

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Autant je suis convaincue par l’approche psychanalytique, son intérêt et son utilité, par le pouvoir guérisseur des mots, autant cette démarche me semble intime. Impossible à raconter, difficile à partager. Et, il faut bien le dire, parfaitement rasoir pour qui reste en dehors de l’espace occupé par le divan.

Pourtant, dès la première page, je n’ai pas pu lâcher Et toujours elle m’écrivait. Jean-Marc Savoye, éditeur parisien chez Gallimard puis Hachette, fondateur des éditions en ligne Le Publieur, y raconte ses trois psychanalyses successives. Trois cures aux tonalités bien différentes en raison de son avancée, mais aussi de la personnalité de chacun de ses analystes. Son parcours initiatique se termine par une thérapie à laquelle il ne croit pas au départ, l’EMDR, qui nouera pourtant la gerbe de ses traitements et lui permettra de parvenir, enfin, où il espérait arriver.

Inserts de son analyste Philippe Grimbert

A chaque page, on veut connaître la suite. Apprendre son histoire, découvrir les nœuds serrés autour de sa vie, comprendre avec lui les arrêts sur image et les mots qui tuent. Analyser et essayer de débloquer les mécanismes grippés. Elément inédit, on y est aidé par Philippe Grimbert. Le psychanalyste – célèbre pour son roman Un secret et son adaptation au cinéma avec Patrick Bruel et Cécile de France – est le troisième thérapeute de Jean-Marc Savoye. Il intervient dans le texte pour souligner tel ou tel palier de l’analyse, en pointillé, sans du tout voler la vedette à son patient. En éclairant au contraire sa démarche, parfois vacillante, souvent douloureuse.

Car c’est bien de douleur dont il s’agit, au singulier et au pluriel. A première vue, Jean-Marc Savoye a tout pour plaire: il est intelligent, drôle, beau, charmant, élégant, riche. Evidemment, rien n’est si simple. Jean-Marc perd son père à 6 ans, quelques jours après que le petit garçon a pris la parole en public, pour la première fois, lors du mariage de sa sœur aînée. Devenu grand, il se rêve avocat. Passe quatre fois l’examen, échoue quatre fois. Pourquoi? Rapidement, l’analysé comprend.

L'échec, toujours l'échec...

Il comprend pourquoi l’échec surgit toujours sous ses pas: «Il y avait dans ce sentiment de ne pas atteindre mes rêves quelque chose de familier. Une fois encore, je passais tout près. Le bonheur était à portée de main. Le sommet était là. Je le voyais. Une fois encore, il n’était pas pour moi.» Un poste enviable chez Gallimard? Jean-Marc Savoye constate: «(…) Je passais le plus clair de mon temps à contempler mon imperméable accroché à une patère fixée près de la porte. Je restais là des heures, les yeux rivés à ce machin mastic sans forme qui pendait là, aussi vide et mou que mon esprit.»

Une belle histoire d’amour? Il la saborde, cherchant le bonheur de midi à 14 heures: «Des enfants, j’en voulais et j’en aurais. Mais jusqu’à preuve du contraire, les enfants, ça se fait avec une femme. Impossible d’y échapper. Et la relation avec une femme, ça se termine par une rupture. Impossible d’y échapper non plus.»

Et puis il y a ces secrets toxiques: «J’étais donc bien le fils de mon père (…), mais elle (ma mère) refusait d’oublier que je fus conçu contre son désir. Elle tenait à ce que je le sache et que je m’en souvienne.» Revient donc inlassablement la phrase rituelle maternelle: «Tu es le portrait craché de ton père.» Ce crachat-là, on s’en doute, n’a rien d’innocent.

Gravir le Mont-Blanc

L’auteur se dévoile mais ne s’exhibe jamais. La pudeur est partout dans ce beau récit autobiographique, bien écrit, sans pédanterie, sensible et généreux. Oui, généreux. Car en nous offrant son histoire, en nous montrant sa voie, Jean-Marc Savoye allume des balises lumineuses le long du chemin. Il trace sa route et prépare celle de ceux qui auront envie d’emprunter un chemin similaire. Il part en éclaireur, comme ces sherpas qui quittent le confort factice du camp de base et montent devant préparer le bivouac. Il y est arrivé, lui, au sommet. Il a gravi le Mont-Blanc, son rêve. Enfin. Et il connaît aujourd’hui sa plus grande victoire sur lui-même: ce livre que l’on tient en main.

«Et toujours elle m’écrivait» Jean-Marc Savoye, avec le regard de Philippe Grimbert, Albin Michel, 265 pages.

(24 heures)

Créé: 17.03.2017, 16h25

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