L’orchestre qui ressemble à un miracle

ClassiqueLe festival de musique de Montreux-Vevey réinvite le Youth Orchestra of Bahia. Son fondateur, Ricardo Castro, témoigne.

Ricardo Castro avait déjà fait sensation à Montreux avec le Youth Orchestra of Bahia en 2014.

Ricardo Castro avait déjà fait sensation à Montreux avec le Youth Orchestra of Bahia en 2014. Image: Yunus Durukan/Septmus/LDD

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Le Septembre Musical 2016 voit-il le passage de témoin de deux mondes musicaux? L’ancien monde serait représenté par le Royal Philharmonic Orchestra (RPO), phalange prestigieuse fondée à Londres en 1946, l’année même de la première édition du Septembre Musical à Montreux. Le RPO illustre à merveille le degré d’accomplissement qualitatif que peuvent atteindre les meilleurs orchestres professionnels. De retour ce week-end pour l’ouverture du festival, l’orchestre britannique est en résidence à l’Auditorium Stravinski et donne trois concerts luxueux placés sous la baguette de son chef titulaire Charles Dutoit, qui souffle cette année avec panache ses 80 bougies. Le nouveau monde qui émerge aujourd’hui serait incarné par le Youth Orchestra of Bahia (YOBA), fondé au Brésil par Ricardo Castro. Une formation bien moins virtuose que le RPO mais colorée et gourmande, avec ses musiciens âgés de 13 à 29 ans, et qui revient à Montreux après son succès mémorable en 2014.

Sans vouloir schématiser à outrance (Charles Dutoit est aussi à la tête d’un magnifique orchestre de jeunes à Verbier), le modèle européen est, aux yeux de Ricardo Castro, en perte de vitesse: «On constate que le développement des orchestres stagne en Europe alors qu’au Brésil tout est à faire et la demande y est énorme. Si l’on a que des cheveux blancs dans le public des concerts classiques en Europe, c’est que les jeunes ne jouent plus. A Bahia, nous offrons aux jeunes des quartiers défavorisés un instrument, un accompagnement pédagogique, une collation et des répétitions collectives chaque jour. Nous avons montré la puissance de l’enseignement collectif, alors que l’Occident a trop investi dans les carrières individuelles. C’est en jouant ensemble que l’on comprend la force de la musique. Et que l’on crée l’envie d’aller au concert.»

«A Bahia, nous offrons aux jeunes des quartiers défavorisés un instrument, un accompagnement pédagogique, une collation et des répétitions collectives chaque jour»

L’expérience menée par le pianiste et chef d’orchestre dans sa ville natale puis dans tout l’Etat de Bahia est désormais bien établie. Elle s’inspire du modèle vénézuélien El Sistema. L’orchestre qui fait escale pour cinq concerts à Montreux est la vitrine du programme d’Etat NEOJIBA (Centres pour orchestres juvéniles et infantiles de Bahia), dont le but est le développement social à travers la pratique musicale. «Nous avons installé une chaîne de services sociaux et d’accompagnement pédagogique qui nous rend intouchables, affirme Ricardo Castro. A un coût finalement très raisonnable, nous avons un fort impact social au niveau local et une visibilité internationale.» Cette combinaison gagnante a permis au NEOJIBA de s’étendre malgré un contexte politique et économique tendu. «Alors que tous les programmes culturels au Brésil ont dû couper dans la chair, nous avons pu augmenter le nombre de participants, poursuit Ricardo Castro. Ces deux dernières années, nous avons beaucoup investi dans la formation des formateurs car, chez nous, les jeunes enseignent très vite aux nouveaux venus.»

Compétences multiples

C’est là que réside le miracle de la démarche. La plupart des musiciens désirent rester dans la structure, en devenant professeurs à leur tour, ou en développant des compétences au service des musiciens (luthier, bibliothécaire, régisseur, éclairagiste). «Comme à la Silicon Valley, nous croyons qu’un monde s’ouvre devant nous et nous avons un programme de croissance très ambitieux en termes de places de travail. Mais nous ne vendons rien: nous produisons de la beauté, nous augmentons la sensibilité et l’harmonie des êtres humains.»

Au-delà des vertus pédagogiques évidentes, le mouvement initié en Amérique du Sud pourrait même servir d’antidote au mal-être européen. Ricardo Castro y croit fermement: «L’orchestre est un formidable outil de développement et de promotion de la paix sociale. Dans les zones à risques et les périphéries délaissées, c’est une des solutions aux conflits interethniques et religieux. Quand des gens de toute croyance ou de tout niveau social jouent ensemble, on recrée une capacité de dialogue.»

Après Montreux, le YOBA achèvera sa tournée à la Philharmonie de Paris: les billets se sont envolés en moins d’une journée. (24 heures)

Créé: 24.08.2016, 11h20

Le programme

Septembre Musical de Montreux-Vevey, du 26 août au 4 septembre

Montreux, Auditorium Stravinski
Ve 26 et sa 27 (20 h), di 28 (18 h):
Royal Philharmonic Orchestra London,
dir. Charles Dutoit
Ma 30 (20 h), je 1er (10 h), ve 2 (20 h), di 4 (16 h): Youth Orchestra of Bahia,
dir. Ricardo Castro
Sa 3 (20 h): MusicAeterna Perm,
dir. Teodor Currentzis – Rameau
Vevey, temple Saint-Martin
Lu 29 (17 h 30 et 20 h): James Ehnes, violon – Sonates et Partita de Bach
Vevey, le Reflet
Me 31 (20 h): Mikhail Pletnev, piano – Bach, Grieg, Mozart
Vevey, Hôtel des Trois Couronnes
Je 1er (20 h): George Li, piano – Chopin, Rachmaninov, Liszt
Château de Chillon
Di 4 (20 h): Andrei Ionita, violoncelle, Naoko Sonoada, piano – Locatelli, Brahms, Tchaïkovski, Debussy, Franck
Festival off
Sa 3: dès 10 h à Vevey, à Montreux et à Territet
Di 4: dès 11 h à Montreux
Rens.: 021 962 80 05
Rés.: ticketcorner.ch, 0900 800 800
www.septmus.ch

Publication

Le Septembre Musical a connu un passé prestigieux et tourmenté

«Créer est une chose, mais subsister en est une autre.»
A l’heure de raconter l’histoire mouvementée de sept décennies du Septembre Musical, le chef d’orchestre et musicologue vaudois Jean-François Monnard aime bien citer cette phrase de Manuel Roth, fondateur du festival montreusien en 1946.

L’histoire de la manifestation en est l’illustration, avec ses premières années glorieuses où la Riviera attirait les plus grands solistes et les meilleurs orchestres d’Europe et d’Amérique. A l’époque, elle ne comptait que Lucerne comme concurrent direct. Mais, tout au long de son existence, le Septembre Musical a connu des difficultés financières épuisantes, la frilosité du public ainsi que les vicissitudes d’une programmation pas toujours adaptée à ses attentes, du temps de Christian Chorier.

A l’occasion des 70 ans de la manifestation, Jean-François Monnard, qui fut directeur adjoint aux côtés de Tobias Richter (2007-2012), s’est replongé non pas dans les archives du festival, puisqu’elles ont disparu lors de la faillite de 2002, mais dans les coupures de la presse locale. Et dans ses propres souvenirs d’enfance quand ses parents l’emmenaient écouter des musiciens d’exception comme Clara Haskil, Carl Schuricht ou Arthur Rubinstein.

Depuis le sauvetage du festival en 2002 avec Karl Anton Rickenbacher et l’ère Richter dès 2005, le Septembre Musical reste une entreprise fragile et qui se cherche encore, d’où l’idée émise par Jean-François Monnard d’orienter le Septembre Musical vers un rendez-vous international des orchestres juvéniles. Une piste assurément à creuser, et un livre riche en images et en réflexions sur l’évolution du monde musical.

«Septembre Musical, 70 ans de festival»

Jean-François Monnard

Ed. InFolio, 2016

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