Montreux Jazz Festival
Nightwish: un soir de fête chez Tolkien
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«Pour un peu, on jurerait que le bassiste est le frère cadet de Gandalf.» Avec un sourire, un ado plante le décor: pour un soir, Montreux s’était déplacé dans la Terre du Milieu chère à J. R. R. Tolkien – dans tous les cas, au Nord, là où batifolent elfes et trolls, et où poussent les cheveux des musiciens de Nightwish.
Les cinq musiciens scandinaves (le groupe est finlandais, la chanteuse suédoise) ont pour eux de sérieux atouts: une maîtrise instrumentale impressionnante, une cohésion scénique sans défaut et, élément appréciable dans la grandiloquence de leur style, une bonne dose d’humour et de joie de vivre.
Ainsi, Marco Hietala, hiératique bassiste et chanteur à la capillarité exubérante, pousse quelques grimaces de serial killer ponctuées d’œillades ironiques. A ses côtés, perché derrière un décor en foison de tuyaux d’orgue, le leader du groupe Tuomas Holopainen (claviers) fait tourbillonner sa tignasse noire avant d’esquisser une moue de contentement. L’efficace Emppu Vuorinen aligne ses solos de guitare en saluant le public de sourires renouvelés. Et la chanteuse Annette Olzon, radieuse, dit plein de gentilles choses sur ce «vieux festival» auquel les adeptes de l’heroic fantasy ont eu l’honneur d’être conviés. Du hard suomi, mais poli.
Avec Slow Love Slow, on a même droit à une ballade jazzy. Moins emblématique que l’instrumental Last Of The Wilds, où le soliste britannique Troy Donockley (uillean pipes et autres instruments celtiques) donne au concert des airs de sarabande païenne un soir de solstice d’été.
A l’origine de Nightwish, Holopainen rêvait de raconter des histoires épiques sur une musique qui lui rappellerait les longues veillées autour du feu de camp. La puissance de la voix soprano de la première chanteuse du groupe, Tarja Turunen?–?virée il y a cinq ans pour «différends commerciaux»?–, l’a incité à ajouter une pincée salée de riffs hard et de batterie à double grosse caisse.
A la limite du kitsch, très «musique de film», c’est ce mélange revendiqué comme «métal symphonique», avatar du prog-rock des années 70, qui a fait la marque de fabrique d’un groupe dont le succès auprès de la gent féminine ne se dément pas: jeudi soir à l’Auditorium Stravinski, une cohorte de jeunes filles, parfois émues aux larmes de toucher au Graal, récitaient religieusement les paroles de Nemo, d’Amaranth ou de Last Ride Of The Day.
Et même si le show, propre et condensé, n’a duré qu’une heure et quart, la déception de certains à n’être pas gratifiés du moindre rappel a été largement compensée par la générosité intrinsèque de ces gentils monstres, qui reprenaient leur route vers la République tchèque, où ils jouent samedi soir. (24 heures)
Créé: 13.07.2012, 16h42
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