Jean Rondeau raconte son clavecin animal

ClassiqueLe jeune musicien français est l’une des vedettes des Folles Journées Bach de Lutry, à suivre du 19 au 22 mai.

Jean Rondeau jouera Bach samedi à 17h au Temple de Lutry.

Jean Rondeau jouera Bach samedi à 17h au Temple de Lutry. Image: Edouard Bressy, Warner

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Bach et Lutry, c’est une longue histoire d’amour. Outre le cycle des Concerts Bach, ininterrompus depuis 1957, le comité organise depuis 2008 un minifestival printanier: les Folles Journées Bach de Lutry, dont la 4e édition débute ce soir. La directrice artistique, Bernadette Elöd, ne limite pas sa programmation à la seule musique de Jean-Sébastien Bach, fonctionnant ici davantage encore aux coups de cœur. L’occasion est surtout précieuse pour mélanger des artistes de la région, en particulier de la jeune génération, et des pointures internationales, à l’image du claveciniste Jean Rondeau.

Un instrument du présent

En une Victoire de la musique en 2015 et deux disques en solo parus chez Erato (le deuxième, Vertigo, n’est pas encore disponible en Suisse), le Parisien de 25 ans s’est imposé comme la nouvelle figure du clavecin français. Avec son premier album Bach, intitulé Imagine, Jean Rondeau a montré l’étendue de ses dons, qui vont bien au-delà de la technique de jeu et de la plasticité de son toucher. Il déploie déjà un sens très sûr de la mise en scène et de la narration. La pilosité en bataille et les tenues vestimentaires très décontractées du jeune homme n’en sont que l’aspect le plus superficiel. C’est son style, il l’assume, a priori sans arrière-pensée. Mais cette douce insolence participe assurément à son succès. A l’écoute et en conversation, on sent une envie de jouer et de partager, doublée d’une réflexion stimulante sur son instrument.

Encore tout jeune, Jean Rondeau ne se souvient pas qui jouait lorsqu’il a entendu du clavecin à la radio. «Le clavecin ne laisse personne indifférent et c’est une chance. Je ne connaissais rien de son apparence, mais j’ai été attiré par ce flux, ce bruit, ce son qui m’a parlé. Au départ, c’est une attirance presque animale!»

L’élève de Blandine Verlet découvrira très vite toute la richesse de cet instrument, sa gloire durant deux siècles et demi, son absence pendant tout le XIXe siècle et sa redécouverte progressive au XXe. «Le clavecin a longtemps souffert d’une image erronée et d’une difficulté à assumer son histoire en France, parce qu’il était un symbole politique de l’Ancien Régime, poursuit le musicien. Cela fait seulement cinquante ans qu’on est revenu aux formes d’origine. Aujourd’hui, il est en bonne voie et, pour moi, ce n’est pas un instrument du passé, mais du présent.»

Affinité avec l'enfance

Sans surprise, Bach est essentiel dans son travail, mais il refuse d’en faire, comme certains, un monument inaccessible: «Sa musique est tellement pleine d’humilité et généreuse qu’on a le droit et le devoir de la jouer, de la partager, d’attraper la main qu’il nous tend.» Retour à l’enfance: «J’avais peut-être 8 ou 9 ans et je tournais les pages pour Blandine Verlet quand elle a joué la transcription de la Chaconne pour violon seul. J’ai été tellement foudroyé par cette pièce qu’aussitôt après le concert je suis retourné au clavecin pour l’essayer moi-même.» Elle est au cœur de son disque Imagine. Et très probablement de son récital de samedi, qui s’arrêtera sur plusieurs pièces de jeunesse de Bach.

Paradoxalement, alors que le clavecin véhicule une image de musique savante et complexe, Jean Rondeau ressent une affinité particulière de son instrument avec l’enfance. «Il y a dans le répertoire quantité de pièces qui sont pensées pour les enfants, y compris chez Bach, et je suis convaincu qu’il est particulièrement adapté à la sensibilité enfantine, par sa taille et par le rendu sonore immédiat dès le plus jeune âge. Au début, le piano ne me correspondait pas et j’ai dû grandir pour appréhender sa sonorité et son répertoire.» Il en joue d’ail­leurs surtout pour composer, improviser et jouer du jazz! (24 heures)

Créé: 19.05.2016, 09h20

A l'affiche

Jeu 19, 18h «L’héritage de J.-S. Bach», conférence de Gilles Cantagrel à l’Hôtel Le Rivage, réservation au 021 616 92 09.

Ve 20, 20h Ensemble à cordes Gyula Stuller.

Sa 21, 11h Camerata de Lausanne, Pierre Amoyal, Mauro Lo Conte, piano.

17h Jean Rondeau, clavecin.

20h30 Concerto Armonico de Budapest.

Di 22, 10h Célébration œcuménique, Chapelle vocale de Lutry, dir. Sébastien Vonlanthen.

12h30 Podium des jeunes artistes.

17h Quatuor Rosamonde, Istvàn Vàrdai, violoncelle.

Lutry, temple
Rens.: 021 791 47 65
concerts-bach.lutry.ch

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