-M- affine sa pop dans le creuset africain

InterviewMatthieu Chedid joue samedi à Montreux en arborant les couleurs africaines du récent album «Lamomali», concocté entre amis depuis son salon.

Le chanteur et guitariste - M - débarque samedi au Montreux Jazz pour conclure la fête sous la bannière africaine, avec un dernier album, «Lamomali», concocté avec toute une tribu d’amis artistes.

Le chanteur et guitariste - M - débarque samedi au Montreux Jazz pour conclure la fête sous la bannière africaine, avec un dernier album, «Lamomali», concocté avec toute une tribu d’amis artistes.

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En musicien affectionnant les pas de côtés, Matthieu Chedid – plus connu sous son pseudo de -M- – se fait plaisir ces dernières années. En 2015, il collaborait avec le photographe Martin Parr pour une expo et une soirée aux Rencontres d’Arles. Ces jours, on le retrouve sur la B.O. de Visages Villages, le film d’Agnès Varda et de JR. Et il arrive samedi à Montreux avec la clique africaine de son dernier album collectif, Lamomali, avec notamment le prestigieux joueur de kora Toumani Diabaté et la chanteuse Fatoumata Diawara.

Conclusion de l’Auditorium Stravinski des réjouissances du Festival, la soirée compte aussi un concert de Youssou N’Dour, autre contributeur à cet album au casting impressionnant (Amadou et Mariam, Philippe Jaroussky, Ibrahim Maalouf, Seu Jorge, Jain, Oxmo Puccino, Santigold, Nekfeu…) et qui devrait logiquement rejoindre la troupe sur le titre Solidarité. Interview d’un Français plus tout à fait rose, qui chasse les couleurs.

– Qu’est-ce qui vous a à nouveau poussé du côté de l’univers africain?
– Il y a d’abord eu l’aspect humain, des histoires d’amitié, avec Amadou et Mariam et, pour ce projet, surtout Toumani Diabaté avec lequel j’ai une connection particulière. Nous avons déjà plusieurs fois partagé la scène, que ce soit lui qui vienne à mes concerts ou moi aux siens. Depuis des années, nous cultivons une amitié musicale avec l’envie de partager plus que quelques morceaux de temps en temps.

– Qui a pris l’initiative?
– Toumani m’a bien motivé. Il était de passage à Paris avec son fils et je l’ai invité chez moi, dans mon salon où j’ai posé des micros avec des raccords à mon studio qui est juste en dessous, et nous avons enregistré la base de l’album à la kora et à la guitare acoustique. J’avais presque envie de rester sur une version très épurée, mais Toumani avait très envie de quelque chose de plus pop, de plus électrique.

–Les noms au générique de «Lamomali» sont aussi nombreux que connus. Ces collaborations ont été faciles à susciter?
– La plupart sont des amis, des connaissances, avec une envie commune de partager. Le projet était un bon prétexte pour le faire. Des albums comme ça, je pourrais en faire vingt! J’ai la chance de croiser beaucoup de gens talentueux: autant que ça serve à inventer des mondes ensemble. Lamomali est ainsi devenu une maison presque rêvée d’artistes qui s’expriment simplement.

–Tout a été réalisé «à la maison»?
– Oui, tout a été fait chez moi dans mon petit studio. Il y a juste eu quelques collaborations plus virtuelles, des fichiers échangés depuis Bamako, de Dakar pour Youssou N’Dour et de New York pour Santigold.

– A part Toumani Diabaté, d’autres artistes sont devenus centraux?
– Fatoumata Diawara était la femme dans ce monde d’hommes. C’est devenu la voix féminine du projet. Je l’avais rencontrée avec Damon Albarn (ndlr: chanteur de Blur et de Gorillaz) au Festival Africa Express. Un vrai coup de cœur. On avait partagé un morceau sur scène – c’était très fort – et quand elle est venue à la maison nous avons beaucoup improvisé en direct. De l’écriture dans l’instant.

– Vous connaissez bien les musiques africaines?
– Je ne suis pas un spécialiste, mais j’aime la bonne musique donc j’aime la musique africaine! Le Mali a pour ainsi dire inventé le blues et c’est un pays qui a une vaste culture très ouverte où s’épanouissent beaucoup de musiques et de styles.

– Aujourd’hui, l’Afrique semble opérer un certain retour, plus en vue dans le domaine musical, non?
– Il y a quelque chose dans l’air, mais je n’en avais pas conscience quand nous nous sommes lancés, portés par l’amitié. Au début, je pensais même que nous faisions cela pour nous, qu’il n’y aurait pas de sortie d’album. Toumani m’a convaincu, m’assurant que le Mali avait besoin de ce genre de ponts artistiques. Mon intérêt était de parvenir à fusionner la chanson, la pop, avec l’Afrique, là où souvent les tentatives sont plutôt du côté de l’electro. Mais je pense que cette alchimie est encore plus palpable sur scène.

– Le résultat est en tout cas pétillant, cultivant la légèreté…
– Si l’on creuse, je crois que l’on découvre des arrière-goûts assez mélancoliques derrière cette légèreté qui est aussi une pudeur solaire.

– En France, l’album a parfois été critiqué durement pour sa candeur et ses supposés clichés?
– J’ai lu cet article de Libération, mais je ne me suis pas senti concerné. Je crois que cette réaction est emblématique du cynisme intellectuel et mental qui nous tue parfois dans nos sociétés. Disons que cela génère une sélection naturelle. Nous n’attirons pas les gens qui portent ces valeurs. (24 heures)

Créé: 14.07.2017, 20h32

Un concert, un album

Lamomali
- M -, Toumani et Sidiki Diabaté, Fatoumata Diawara, divers invités
Labo M

Montreux Jazz Festival, Auditorium Stravinski
Samedi 15 juillet (dès 20 h)
www.montreuxjazz.ch

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