Sons et lumières, Jarre et la manière

Montreux JazzLundi soir, la sarabande électronique du Lyonnais a transformé le Strav' en stroboscope. Critique

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Le déluge était annoncé sur Montreux lundi tard dans la soirée. Il est arrivé un peu plus tôt que prévu, sons et lumières synthétiques et pas naturels, à l'intérieur d'un Auditorium Stravinski transformé en vaisseau spatial. «Beam me up, Jean-Michel», aurait pu dire Spock s'il avait été dans la salle. Le voyage interstellaire proposé à une foule compacte et conquise a scanné quarante ans de musique électronique. Et au-delà du caractère purement impressionnant du show, voir en chair et en os l'homme qui a inventé le genre et testé son armada de lasers avant les autres ajoutait un aspect documentaire à la performance.

La nostalgie? Juste ce qu'il fallait pour ne pas dérouter totalement les cohortes de VIP qui en étaient restés à Oxygène ou Equinoxe. Sinon, Jarre et ses deux acolytes, Claude Samard et Stéphane Gervais, manipulateurs de claviers et frappeurs de peaux connectées, ont fait la part belle aux deux derniers opus du maître, réunis sous le titre Electronica.

L'intro du concert, «The Heart of Noise», installe l'ambiance et permet de découvrir une scène barrée de lignes verticales rouges pulsantes sur des rideaux amovibles de LED, créant des effets 3D saisissants. Beat techno appuyé, gros sons râpeux sur les nappes, le ton est donné. Puis, très vite, première icône sonore, Oxygène part. 2, son arpège obsédant, ses bombardements modulaires caractéristiques, et cette mélodie en staccato que personne n'a oublié.

Est-ce parce que le public en a plein les yeux et les oreilles qu'il reste peu réactif aux tentatives de Jarre de le faire bouger? C'est l'un des hiatus de ce spectacle total: la technologie, aussi maîtrisée soit-elle, stérilise les émotions, et le (vieux) beau des synthés a, parfois, un air de sous-Guetta qui ne rend pas hommage à sa maestria.

Pourtant, ça déménage. «Zero Gravity», le titre composé avec Tangerine Dream, envoie du très lourd, soutenu par des faisceaux lasers qui arrosent la salle de mille nuances. Sur «Exit», morceau qui dialogue avec Edward Snowden récitant en boucle quelques pensées autour de la «privacy», la sarabande devient paroxystique. Épileptiques s'abstenir.

A défaut de partager la scène, les Pet Shop Boys s'affichent en silhouettes géantes sur le tubesque «Brick England». Les vrais tubes suivent, retravaillés à la sauce 2016 pour l'occasion: Oxygène part. 4, puis Equinoxe part. 4, ou encore The Time Machine (à la harpe laser). Tout y est. La vraie fausse note - car il y en a une: pourquoi diable Jarre s'est-il entêté à parler un anglais qu'il maîtrise nettement moins bien que ses synthés? Franchement, dat was euh bit ridiculousse, Jean-Michel! (24 heures)

Créé: 12.07.2016, 11h48

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